L’Europe contemporaine est traversée par un sentiment diffus, mais croissant, de dépaysement culturel au sein de ses propres frontières. Ce qui relevait autrefois d’une inquiétude informelle s’est désormais cristallisé autour d’un concept théorisé, autrefois tabou, aujourd’hui au cœur du débat métapolitique : la « rémigration ». Pour appréhender la grammaire de ce basculement, il convient d’analyser les piliers doctrinaux qui soutiennent cette logique. Loin d’être un simple slogan incantatoire, la rémigration est présentée par ses théoriciens comme une réponse structurée à un défi qu’ils qualifient d’existentiel. S’agit-il d’une simple gestion technique des flux ou d’un projet de civilisation global visant à restaurer une homogénéité perdue ?

Le présent article se propose de disséquer ce concept à travers le prisme de la pensée identitaire et sociopolitique actuelle, en s’appuyant particulièrement sur deux ouvrages parus récemment sous le même titre, Remigration, l’un rédigé par l’essayiste français Jean-Yves Le Gallou, fondateur de l’Institut Iliade, cercle de réflexion français fondé en 2014 de la mouvance identitaire, et l’autre constituant le manifeste programmatique de l’Autrichien Martin Sellner, cofondateur du Mouvement identitaire d’Autriche, branche autrichienne de l’organisation française Génération identitaire. En analysant la convergence de ces pensées, nous dégagerons les six clés de lecture fondamentales qui structurent désormais la doctrine de la droite identitaire européenne.

Part I : Généalogie et Sémantique du Concept – Du Lexique Administratif au Projet Politique

Il est crucial de noter que le terme de « rémigration » n’est pas une invention ex nihilo des cercles rupturistes ou de l’extrême droite radicale. Il possède une origine institutionnelle et académique parfaitement neutre. En Allemagne, la Bundeszentrale für politische Bildung (Agence fédérale pour l’éducation politique) définit classiquement la rémigration comme le retour de migrants dans leur pays d’origine, consécutif au succès ou à l’échec de leur projet migratoire. L’État allemand encadre d’ailleurs techniquement ce processus depuis plusieurs décennies via des programmes d’aide au retour, tels que le dispositif REAG/GARP, favorisant le retour volontaire par des incitations logistiques et financières.

L’apport de théoriciens contemporains comme Martin Sellner et Jean-Yves Le Gallou réside dans le détournement et la reconfiguration de cet outil technique pour en faire un « concept politique global ». Dans cette perspective révisée, la rémigration n’est plus une option individuelle ou une variable d’ajustement administrative, mais l’axe central d’une politique globale de préservation identitaire et de restauration démographique.

« La rémigration est le mot-clé du 21e siècle. Elle deviendra soit l’agenda central de la politique allemande, soit il n’y aura plus de politique allemande à l’avenir. » – Martin Sellner

Pour Jean-Yves Le Gallou, ce basculement sémantique représente une véritable « révolution copernicienne ». Il s’agit de cesser d’envisager les mouvements de population du point de vue exclusif du migrant (ses droits, ses aspirations, son parcours) pour les placer systématiquement du point de vue du peuple d’accueil. La rémigration s’érige ainsi en un « mythe mobilisateur », un horizon politique destiné à restaurer l’espoir des peuples autochtones d’Europe en affirmant leur droit à la continuité historique et culturelle sur leur terre ancestrale.

Part II : L’Anatomie des Six Piliers Doctrinaux

L’appareil idéologique de la rémigration repose sur six piliers intellectuels et empiriques interconnectés, qui prétendent transformer une intuition réactive en un système doctrinal cohérent.

1. L’« Immigration de Remplacement » : Une Réalité Statistique Érigée en Dogme

Le socle de l’argumentaire rémigrationniste s’appuie sur un constat démographique initialement formulé par les instances internationales elles-mêmes. Dès l’an 2000, la Division de la population de l’ONU a formalisé le terme de Replacement Migration (immigration de remplacement) comme une réponse technique et économique incontournable au déclin de la natalité et au vieillissement de la population en Occident. Les théoriciens identitaires soulignent que cette politique de comblement des vides démographiques a en réalité été amorcée dès les années 1970, juste après le Pillenknick (la chute brutale de la natalité liée à la démocratisation de la pilule contraceptive).

L’analyse clinique des données empiriques montre que sans cet apport migratoire continu, la population de l’Allemagne s’élèverait aujourd’hui à environ 70 millions d’habitants, contre 83 millions en réalité. Pour les analystes de la rémigration, ce constat n’est pas une simple évolution mécanique ou positive ; ils dénoncent un « dogme politique » dont la critique est criminalisée, menant à ce que la Nouvelle Droite qualifie de « Grand Remplacement », concept désormais bien connu de Renaud Camus. Ils y voient une expérience historique unique et risquée, visant à transformer des nations historiquement monoculturelles en sociétés multiethniques sans le consentement explicite et référendaire des populations d’accueil.

2. L’Aporie de l’Assimilation : La Constante de Dunbar et le Taux d’Absorption

L’un des arguments les plus techniques et anthropologiques avancés en faveur de la rémigration repose sur l’impossibilité cognitive et sociale de l’assimilation lorsqu’elle s’applique à des masses critiques de populations. Les sources théoriques invoquent ici la « Constante de Dunbar », un concept issu de l’anthropologie et de la biologie évolutive qui fixe à environ 150 le nombre maximal de relations sociales stables et significatives qu’un individu peut simultanément entretenir.

Selon cette thèse, le succès de l’assimilation dépend directement de la taille des groupes en présence :

ConceptNature du ProcessusExigence IdentitaireFinalité Sociétale
IntégrationÉconomique, juridique et fonctionnelle.Respecter les règles du jeu social, travailler et payer ses impôts.Coexistence pacifique de communautés distinctes au sein d’un même espace.
AssimilationCulturelle, identitaire, psychologique et émotionnelle.Se sentir autochtone, rompre avec les loyautés d’origine (devenir l’autre).Fusion complète et définitive dans l’histoire et le destin de la nation.

Lorsque les enclaves ethniques et culturelles se développent dans les centres urbains et dépassent largement le seuil critique de Dunbar, le migrant n’a plus le besoin cognitif ni l’obligation sociale de se lier à la société d’accueil. Il peut se replier entièrement sur sa communauté d’origine où il trouve ses codes, sa langue et ses structures de solidarité. L’assimilation échoue alors mécaniquement au profit d’une simple intégration fonctionnelle.

Les conditions d’une assimilation réussie sont strictement hiérarchisées par Le Gallou et Sellner :

  • Identification totale : Le nouveau venu doit s’approprier intimement l’histoire, les héros, les traditions et le destin tragique ou glorieux du pays d’accueil.
  • Rupture de loyauté : Un renoncement explicite et public aux allégeances politiques, juridiques et culturelles avec le pays d’origine.
  • Société majoritaire confiante : L’assimilation nécessite une Mehrheitsgesellschaft (société majoritaire) fière et sûre de son identité. On ne s’assimile pas à un vide culturel, à une nation en crise de sens ou à une identité honteuse.
  • Le Taux d’absorption : Reprenant les thèses de l’économiste Paul Collier, les auteurs rappellent que la capacité d’absorption culturelle d’une nation décroît de manière exponentielle à mesure que la taille et la densité des communautés étrangères augmentent.

3. Le « Vote Ethnique » et le Seuil d’Irréversibilité Démocratique

L’analyse sociopolitique de la rémigration intègre une dimension électorale capitale : la transformation structurelle de la démocratie par la démographie. Le concept de « vote ethnique » décrit une dynamique par laquelle les populations issues de l’immigration, non assimilées à la culture historique de la nation d’accueil, votent de manière homogène et massive pour des formations politiques de gauche ou progressistes qui favorisent le maintien des flux migratoires, l’extension des droits sociaux et la reconnaissance des structures communautaires.

Cette dynamique conduirait inévitablement à un « point de bascule » arithmétique : dès lors qu’un tiers environ du corps électoral est issu de cette immigration, le changement démographique et culturel devient « démocratiquement irréversible ». Les partis traditionnels se retrouvent structurellement dépendants de cet électorat pour obtenir ou conserver le pouvoir. Les données électorales allemandes de 2021 sont fréquemment citées pour illustrer cette urgence : les électeurs issus de l’immigration déterminaient déjà le mandat direct dans 167 des 299 circonscriptions du Bundestag (soit 56 %). À ce stade, les théoriciens préviennent que l’État risque de devenir l’instrument de négociation entre blocs ethniques rivaux, entraînant la perte définitive de l’autodétermination pour la population autochtone.

4. De l’Immigration Zéro à l’« Immigration Négative »

Si la théorie pure est portée par des figures métapolitiques comme Sellner, sa traduction dans l’arène politique électorale s’incarne dans des propositions radicales, à l’instar de celles formulées par Éric Zemmour en France, qui prône le passage d’un conservatisme défensif (l’immigration zéro) à une stratégie offensive : « l’immigration négative ». L’objectif affiché n’est plus de stabiliser les stocks de population, mais d’inverser activement le solde migratoire par une batterie de mesures administratives, juridiques et diplomatiques.

Ce programme s’articule autour de quatre leviers de rupture :

  • Réduction drastique des visas légaux : Réduire par exemple le contingent des visas étudiants annuels de 118 000 à seulement 10 000, en ciblant prioritairement les filières académiques à faible valeur ajoutée ou les « faux étudiants » dont le taux de réussite est marginal et qui utilisent ce statut comme filière d’immigration clandestine.
  • Réforme radicale du droit d’asile : Revenir à une définition restrictive et historique de l’asile (réservé aux combattants de la liberté et opposants politiques individualisés et menacés) et supprimer l’octroi de l’asile pour des motifs liés à des phénomènes sociétaux globaux ou aux orientations sexuelles.
  • Leviers de pression diplomatique internationale : Face aux États du Sud (comme l’Algérie) qui refusent de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires à la reconduite de leurs ressortissants, appliquer un chantage financier et douanier : blocage des transferts de fonds privés (remittances), gel des visas pour les élites dirigeantes, et saisie des biens immobiliers et des avoirs financiers des dignitaires étrangers sur le sol national.
  • Non-renouvellement et expulsion systématique : Cibler de manière systématique les étrangers en situation de chômage de longue durée (sur le modèle éprouvé de la législation suisse), les délinquants multirécidivistes et les individus qualifiés d’« ennemis intérieurs », manifestant une hostilité active ou idéologique envers la nation d’accueil.

5. Le « Culte de la Culpabilité » : Le Verrou Psychologique de l’Occident

Pour Le Gallou comme pour Sellner, l’obstacle majeur à la mise en œuvre pratique de ces politiques de retour n’est ni d’ordre technique, ni d’ordre logistique, mais purement d’ordre moral et psychologique. C’est le concept allemand de Schuldkult (culte de la culpabilité) ou d’« ethnomasochisme ». En Allemagne, l’éducation et la mémoire collective centrées sur l’Holocauste, et en France, celles liées au passé colonial et à la traite négrière, agiraient comme un mécanisme de blocage mental inconscient.

Cette « politique de la culpabilité » institutionnalisée transforme, selon eux, toute volonté de préservation identitaire ou de défense ethnoculturelle en un tabou moral absolu, assimilé au fascisme. La solution doctrinale avancée est celle d’une « renaissance patriotique » passant impérativement par une « inversion mémorielle » (erinnerungspolitische Wende). Il s’agit d’extraire la nation d’une identité fondée sur la repentance et la honte historique pour restaurer un rapport positif, charnel et décomplexé à l’histoire nationale. Sans cette révolution culturelle et psychologique préalable, aucune mesure technique de rémigration ne pourra être acceptée par les populations, car elles la percevront comme moralement illégitime.

6. La Survie de la « High Trust Society »

Au-delà de la polémique politicienne, les enjeux soulevés par la théorie de la rémigration interrogent directement la viabilité anthropologique à long terme des démocraties libérales occidentales. Les auteurs opposent la fragmentation communautaire actuelle au modèle de la High Trust Society (société de haute confiance). En s’appuyant sur les thèses du juriste Carl Schmitt, ils rappellent que le contrat social, la solidarité nationale (notamment l’État-providence et la redistribution fiscale) et la démocratie participative exigent une « congruence ethnoculturelle » ou une « substantielle égalité » (substantielle Gleichheit) pour fonctionner correctement.

Lorsque la confiance mutuelle s’effondre en raison d’une hétérogénéité culturelle trop radicale, la société bascule dans ce que la Nouvelle Droite nomme l’anarcho-tyrannie : une situation où l’État se montre incapable de briser la criminalité des clans et le communautarisme (anarchie), tout en devenant de plus en plus répressif, policier et bureaucratique envers les citoyens ordinaires pour maintenir artificiellement l’ordre social (tyrannie).

Part III : Portraits des Théoriciens et Convergence Métapolitique

L’unification doctrinale autour du concept de rémigration est le fruit d’une synergie intellectuelle entre deux figures aux parcours et aux méthodes distinctes, mais dont les conclusions convergent totalement.

Martin Sellner : L’Activiste de la Nouvelle Droite Germano-Autrichienne

Né en 1989 à Vienne, Martin Sellner incarne la jeune génération des militants métapolitiques européens. Après un engagement adolescent dans la mouvance néo-nazie autrichienne classique – marquée par des actions radicales dont il a publiquement rompu le cadre en 2011 –, il cofonde en 2012 le Mouvement identitaire autrichien (Identitäre Bewegung Österreich, IBÖ), directement inspiré des modes d’action de l’organisation française Génération Identitaire.

Sellner théorise son action à travers le prisme de la « guerre de l’information » et de l’agit-prop non-violente. Il acquiert une influence considérable via ses ouvrages théoriques, notamment Remigration: ein Vorschlag (2024) et Regime Change from the Right (2025). En novembre 2023, c’est lui qui présente le plan stratégique de la rémigration lors d’une réunion confidentielle à Potsdam, à laquelle participaient des cadres du parti AfD, déclenchant une vague de manifestations massives à travers toute l’Allemagne. Cible de nombreuses sanctions administratives, interdit temporairement d’entrée sur plusieurs territoires (Royaume-Uni, États-Unis, Suisse), il demeure le principal architecte de la conceptualisation germanophone du retour des populations non assimilées.

Dans son livre Regime Change from the Right, Sellner expose sa vision du pouvoir. Il rejette le « patriotisme parlementaire » pur, qu’il juge superficiel et condamné à la dérive vers le centre-gauche par opportunisme électoral, tout comme il condamne le militantisme violent ou terroriste qui ne fait que légitimer la répression de l’État. Sa stratégie, baptisée Reconquista, repose sur l’action complémentaire de cinq domaines organiques du camp patriotique.

Carte de l’Europe avec flèche remigration

2024

Remigration

Martin Sellner

Ce texte de Martin Sellner présente une proposition stratégique pour une politique migratoire identitaire centrée sur le concept de rémigration, défini comme le retour volontaire ou forcé des immigrés dans leur pays d'origine. L'auteur soutient que l'Allemagne subit une immigration de remplacement qui menace de transformer le peuple autochtone en minorité, entraînant ainsi une perte de souveraineté démocratique et une instabilité sociale. Pour remédier à ce qu'il décrit comme un « échec collectif du projet migratoire », il appelle à une inversion des flux migratoires par des réformes juridiques strictes et une remise en question du culte de la culpabilité historique. Selon Sellner, la restauration d'une majorité culturelle stable est la condition préalable indispensable à toute forme d'assimilation réussie et à la survie de l'identité nationale. L'ouvrage se veut ainsi un manifeste politique visant à remplacer le multiculturalisme actuel par une gestion démographique qui privilégie la continuité ethnoculturelle européenne.

Jean-Yves Le Gallou : Le Haut Fonctionnaire et Idéologue de la Droite Nationale Française

À l’inverse de Sellner, Jean-Yves Le Gallou (né en 1948) représente l’aile haute et technocratique de la doctrine française. Ancien élève de l’ENA (promotion Simone-Weil, 1974) et Inspecteur général de l’administration, il commence son parcours doctrinal dès 1969 au sein du GRECE (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne) avant de cofonder en 1974 le Club de l’horloge. Ce laboratoire d’idées avait pour but d’infuser les concepts de la droite nationale au sein des partis de la droite parlementaire classique.

Grand architecte conceptuel, Le Gallou est l’homme qui a forgé et popularisé le concept de « préférence nationale » (priorité d’accès aux emplois, logements et aides sociales pour les citoyens sur les étrangers) au sein du Front National qu’il rejoint en 1985. Après avoir suivi Bruno Mégret lors de la scission de 1998, il se retire de la politique électorale pour se consacrer exclusivement au combat culturel via la création de la Fondation Polémia, de l’Institut Iliade et de l’Observatoire du journalisme (OJIM). Proche conseiller d’Éric Zemmour en 2022, Le Gallou définit l’identité européenne selon des critères stricts, à la fois ethniques, historiques et religieux, affirmant que les Européens authentiques sont des « Chrétiens blancs européens ».

Couverture du livre Remigration de Jean-Yves Le Gallou

2026

Remigration

Jean-Yves Le Gallou

Cet essai est un manifeste à caractère politique et historique qui théorise le retour des populations extra-européennes vers leurs pays d'origine. À travers un avant-propos de Martin Sellner et une préface de l’auteur, le texte présente ce concept non seulement comme un programme concret de protection de l'identité européenne, mais aussi comme un mythe mobilisateur destiné à contrer le « Grand Remplacement ». L'auteur s'appuie sur une perspective de longue durée, affirmant que les Européens sont les peuples autochtones du continent avec un droit à la continuité historique remontant à 40,000 ans. En examinant des précédents historiques comme la Reconquista ou les échanges de populations du XXe siècle, le livre cherche à démontrer la faisabilité de son projet tout en dénonçant le « gouvernement des juges » et le cadre juridique actuel qui ferait obstacle à la souveraineté nationale. Enfin, l'ouvrage propose des mesures graduées, allant de l'arrêt total de l'immigration à la déchéance de nationalité pour les éléments jugés inassimilables, afin d'assurer la survie biologique et culturelle des nations d'Europe.

Une Convergence Totale constatée dans la Préface

Dans la préface qu’il signe pour l’ouvrage de Jean-Yves Le Gallou, Martin Sellner confirme que leurs visions « coïncident pleinement » sur les aspects décisifs. L’approche de Le Gallou apporte la rigueur administrative et le sens de l’État propre à la tradition jacobine française, tandis que Sellner apporte la structure systémique et métapolitique de la Neue Rechte allemande. Tous deux s’accordent sur le fait que la rémigration n’est pas une simple mesure policière, mais une exigence de survie civilisationnelle, et que le processus, s’il est vécu comme une « rémigration » nécessaire par les autochtones, doit être présenté et structuré comme un « rapatriement » légitime du point de vue des pays d’origine.

Part IV : Le Programme Opérationnel de la Rémigration

L’intérêt des deux livres réside dans leur volonté de dépasser le stade de l’incantation pour proposer un plan d’action concret, différencié et juridiquement étayé.

La Classification des Populations Cibles

Les deux auteurs s’accordent sur la nécessité de ne pas traiter la population issue de l’immigration comme un bloc monolithique, mais d’opérer des distinctions juridiques et comportementales strictes.

Les Trois Catégories de Naturalisés selon Le Gallou

Pour le théoricien français, l’acquisition formelle de la nationalité (le passeport) ne garantit pas l’appartenance réelle à la cité. Il classe les binationaux et naturalisés en trois groupes :

  1. Les assimilés : Individus ayant pleinement épousé la culture, les mœurs et l’identité européenne. Ils « méritent leur nationalité » et n’ont aucune raison d’être inquiétés par les politiques de rémigration.
  2. Les mal-assimilés : Zone grise de la population qui respecte superficiellement les lois et ne commet pas de délits majeurs, mais conserve des codes culturels, vestimentaires ou linguistiques exogènes. Leur présence à long terme n’est « pas désirable » mais n’est pas « immédiatement problématique ». Ils doivent faire l’objet de politiques d’incitation financière au retour volontaire.
  3. Les inassimilés et hostiles : Individus manifestant une agressivité culturelle, religieuse ou physique envers le pays d’accueil, ainsi que les criminels. Qualifiés par Le Gallou de « soldats du colonisateur », ils constituent la cible prioritaire absolue de la rémigration forcée après déchéance de nationalité.

Les Trois Groupes Juridiques de Martin Sellner

De son côté, Sellner décline son plan d’action selon une typologie strictement juridique :

  • Groupe A : Les demandeurs d’asile et réfugiés. Statut par nature précaire qui doit être révoqué dès que la crise dans le pays d’origine s’estompe.
  • Groupe B : Les étrangers non-citoyens (résidents). Titulaires de permis de séjour temporaires ou de travail dont le renouvellement doit être soumis à des critères stricts d’utilité économique et d’absence de casier judiciaire.
  • Groupe C : Les citoyens naturalisés non assimilés. Catégorie la plus complexe, visée par des mesures de pression sociale et d’incitation financière pour encourager le renoncement volontaire à la citoyenneté.

Les Mesures Concrètes de Rupture

Le programme de rémigration développé par Martin Sellner s’articule autour d’innovations institutionnelles majeures destinées à inverser les flux :

Le « Contrat d’Assimilation » (Assimilationsvertrag) et Révocation de la Citoyenneté

Pour tarir les naturalisations de masse et s’assurer de la loyauté indéfectible des futurs citoyens, Sellner propose de rompre avec l’automatisation du droit de la nationalité. Il préconise l’abolition pure et simple du droit du sol (jus soli), qualifié d’« héritage empoisonné » (Erblast) de l’ère multiculturelle, pour revenir exclusivement au droit du sang (jus sanguinis).

Toute naturalisation future serait conditionnée par la signature d’un Contrat d’Assimilation hautement contraignant :

Infographie critères d’entrée et contrat révocable

Ce contrat introduit une modification juridique révolutionnaire : la citoyenneté devient conditionnelle et révocable ex post. Si le comportement ultérieur de l’individu démontre que son engagement était feint (participation à la criminalité clanique, délits sexuels graves, activisme islamiste ou manifestations d’hostilité envers l’ordre démocratique et la culture de référence), la nationalité peut être annulée de manière rétroactive. L’individu bascule alors du Groupe C (citoyen) au Groupe B (étranger), ce qui permet juridiquement son expulsion sans créer d’apatridie grâce à la déchéance ciblée des binationaux.

L’Abolition de la Double Nationalité comme Outil de Sélection

L’interdiction absolue de détenir deux passeports est présentée comme un puissant levier d’auto-sélection et un « test de loyauté ». En forçant les individus à choisir une seule et unique allégeance, les auteurs estiment qu’un grand nombre de binationaux mal-assimilés préféreront conserver la nationalité de leurs ancêtres plutôt que celle du pays d’accueil.

Les auteurs justifient cette mesure en dénonçant les dérives politiques liées aux allégeances multiples, citant l’exemple des binationaux d’origine turque qui suivent massivement les consignes de vote nationalistes et islamistes d’Ankara, ou les violences urbaines impliquant des binationaux dont l’attachement exclusif aux nations d’origine se manifeste lors de compétitions sportives ou d’émeutes urbaines.

Le Projet de la « Musterstadt » (La Ville Modèle)

Pour résoudre l’impasse juridique et humaine des migrants clandestins ou des déboutés de l’asile qualifiés de « non expulsables » par les tribunaux (parce que leur pays d’origine est en guerre ou refuse de coopérer), Martin Sellner conceptualise le projet de la Musterstadt ou « ville modèle ».

Il s’agit d’une zone économique spéciale et d’une ville nouvelle établie sur un territoire loué par bail de longue durée (au moins 100 ans) par les nations européennes auprès d’un État d’Afrique du Nord. Gérée et sécurisée par une force européenne (type Frontex), la Musterstadt disposerait de ses propres infrastructures hospitalières, scolaires et industrielles. Loin d’être un camp d’enfermement passif, elle accorderait le droit au travail dès le premier jour et encouragerait l’entrepreneuriat local via des microcrédits financés par l’Europe. En garantissant que toute tentative d’entrée illégale en Europe mène invariablement à un transfert vers cette ville modèle nord-africaine, le projet vise à tarir définitivement l’attractivité de l’immigration clandestine et à ruiner le modèle économique des réseaux de passeurs.

Part V : Le Front Juridique et Culturel – JUGEXIT, Leitkultur et Désislamisation

La mise en œuvre pratique de la rémigration impose, selon Le Gallou et Sellner, de mener une bataille frontale sur les terrains juridique et religieux.

Le « JUGEXIT » : Briser le Gouvernement des Juges

Concept forgé par Jean-Yves Le Gallou sur le modèle sémantique du Brexit, le JUGEXIT désigne la volonté politique de retirer aux juridictions suprêmes (nationales et européennes) tout rôle d’arbitrage en matière de souveraineté démographique. Les deux auteurs dénoncent ce qu’ils qualifient de « dictature des juges non élus » (CEDH, Cour de justice de l’UE, Conseil d’État, Conseil constitutionnel). Selon leur analyse, ces instances font prévaloir des droits individuels abstraits et extensifs au profit des étrangers (droit au regroupement familial, interdiction des renvois vers des pays dits à risque) au détriment du droit collectif des peuples autochtones à assurer leur sécurité et leur pérennité historique.

Le JUGEXIT préconise une déconnexion volontaire de ces traités internationaux et le rétablissement en droit public de la notion d’« actes de gouvernement » : des décisions de l’exécutif (comme la fermeture des frontières, le refus massif de visas ou l’expulsion collective) qui ne seraient susceptibles d’aucun recours devant un tribunal administratif ou judiciaire.

L’Imposition de la « Leitkultur » comme Facteur de Répulsion (Push Factor)

La Leitkultur (culture dominante de référence) joue un rôle double. Sur le plan interne, elle sert de filtre d’assimilation. Sur le plan externe, elle est utilisée délibérément comme un outil de pression culturelle inversée. En affirmant la supériorité légitime et exclusive de la culture historique européenne dans l’espace public (langue, esthétique, fêtes chrétiennes, traditions culinaires) et en interdisant le multiculturalisme, elle crée un inconfort psychologique et social pour les populations immigrées fondamentalistes qui souhaitent imposer des modes de vie exogènes. Cette pression culturelle constante doit agir comme un puissant facteur de répulsion (push factor), incitant les éléments inassimilables au retour volontaire.

Les Mesures de « Désislamisation » (Deislamisierung)

Considérant l’islam politique et l’extension de la charia comme des menaces directes pour l’ordre républicain et européen, Martin Sellner formalise un volet de désislamisation structurelle de la société :

  • Contrôle strict des lieux de culte : Interdiction absolue de tout financement étranger pour les mosquées, fermeture définitive des salles de prière radicales et obligation légale de prononcer les prêches exclusivement dans la langue nationale sous peine de dissolution de l’association.
  • Interdictions vestimentaires dans l’espace public : Prohibition totale du port du voile (foulard) dans l’ensemble des services publics, les écoles, les universités et les hôpitaux, doublée d’une interdiction stricte et pénale du voile intégral (burqa, niqab) dans la rue.
  • Fin des accommodements raisonnables : Censure de toute prise en compte des prescriptions alimentaires religieuses (abattage rituel sans étourdissement, menus halal) dans les cantines scolaires, les prisons et la restauration collective d’entreprise.
  • Encadrement du droit de la famille : Surveillance accrue et répression pénale de la polygamie clandestine et des mariages consanguins au sein des communautés fermées.

Part VI : Les Déclinaisons Politiques dans le Débat Français Contemporain

Les théories développées dans les deux ouvrages trouvent un écho direct au sein de la scène politique française à travers deux lignes stratégiques distinctes : celle, de rupture totale, incarnée par Éric Zemmour, et celle, plus institutionnelle, portée par Jordan Bardella et le Rassemblement National.

Comparaison de deux stratégies d’immigration politiques françaises

Éric Zemmour : La Logique de l’Inversion des Flux

La stratégie d’Éric Zemmour épouse fidèlement les thèses de Le Gallou et Sellner. En qualifiant les violences urbaines d’actes de « guérilla » ou de « djihad du quotidien » menés par un « ennemi intérieur », il refuse de situer le débat sur le plan de la simple politique d’intégration sociale. Sa méthode repose sur l’affrontement juridique direct (via un grand référendum sur l’immigration destiné à contourner le Conseil constitutionnel) et sur l’utilisation de leviers diplomatiques agressifs pour forcer les pays d’origine à rapatrier leurs ressortissants indésirables.

Jordan Bardella (RN) : Le Paradigme de l’Arrêt des Flux et de la Responsabilisation

La position exprimée par Jordan Bardella au nom du Rassemblement National privilégie une approche plus institutionnelle et pénale. Tout en établissant un lien direct entre l’immigration de masse, l’explosion de l’insécurité et l’échec de l’assimilation depuis trente ans – créant des situations où des individus sont physiquement présents en France mais dont « l’âme et le cœur sont ailleurs » –, Bardella concentre ses propositions immédiates sur la restauration de l’autorité de l’État :

  • Le tarissement initial : Il affirme qu’on ne peut relancer la machine à assimiler sans avoir préalablement arrêté totalement les flux migratoires entrants.
  • L’expulsion des délinquants : Reconduire systématiquement à la frontière tout étranger ayant commis un crime ou un délit, estimant que quiconque s’en prend aux lois de la République perd son droit de cité.
  • La responsabilisation financière des familles : Pour lutter contre la « tribalisation » des quartiers lors des émeutes, il propose d’étendre le principe du « casseur payeur » aux familles. Si un mineur détruit des biens publics, la facture des réparations est adressée directement aux parents. En cas de récidive ou de carence éducative manifeste, les allocations familiales sont suspendues, l’objectif étant d’obliger les parents à exercer leur autorité parentale.
  • La restauration de l’institution scolaire : Reprendre le contrôle de l’école publique pour « fabriquer des citoyens éclairés » aimant leur pays, par des mesures traditionnelles : vouvoiement obligatoire des enseignants, interdiction stricte des téléphones portables et port d’une tenue uniforme pour gommer les distinctions communautaires.

Le Remigration Summit et le Save Europe Act : vers une remigration européenne coordonnée

Dans un contexte de changement démographique rapide, l’Autrichien Martin Sellner et la Hollandaise Eva Vlaardingerbroek (activiste politique néerlandaise, figure influente du mouvement identitaire) ont lancé au Remigration Summit de 2026 le Save Europe Act, une Initiative Citoyenne Européenne historique.

Le Remigration Summit est une conférence annuelle d’extrême droite consacrée à la « remigration », c’est-à-dire la déportation des immigrés en Europe. La première édition s’est tenue à Milan en mai 2025, organisée par des membres du mouvement identitaire, avec environ 400 participants dont le député européen Lega Roberto Vannacci. L’édition 2026 a eu lieu le 30 mai à Figueira da Foz (Portugal), organisée par Martin Sellner, réunissant 500 à 600 personnes issues de partis et mouvements de droite radicale européens, ainsi que des invités américains comme l’ancien chef de la Border Patrol Greg Bovino et le nationaliste blanc Jared Taylor.

Le Save Europe Act est une Initiative Citoyenne Européenne (ICE) patriotique lancée par Martin Sellner et Eva Vlaardingerbroek (avec d’autres initiateurs) lors du Remigration Summit 2026 à Porto. Il s’agit d’une campagne visant à recueillir un million de signatures pour obliger la Commission européenne à examiner et à répondre à ses propositions. Le projet demande un arrêt complet de l’immigration non-occidentale (légale et illégale), le renforcement des frontières, la préservation de l’identité ethnoculturelle européenne et la mise en place d’un système harmonisé de remigration pour les étrangers non intégrés ou sans droit de séjour. Présenté comme urgent (« deux minutes avant minuit »), il a reçu le soutien de Viktor Orbán et constitue une démarche concrète pour institutionnaliser le débat sur la remigration au niveau européen.

Les signatures se font via la plateforme dédiée (Save-europe-act.com).

Affiche campagne Europe souveraine, 100 000 signatures atteintes
Cap des 100 000 signatures franchi pour une Europe souveraine et sûre. Merci à tous les soutiens déjà mobilisés !

Conclusion

L’analyse comparée des ouvrages Remigration de Jean-Yves Le Gallou et de Martin Sellner démontre que le concept de rémigration a achevé sa mue métapolitique. Il est passé du statut de slogan radical à celui de corps doctrinal structuré, complet et opérationnel. En articulant des arguments démographiques (l’immigration de remplacement), anthropologiques (la constante de Dunbar), juridiques (le JUGEXIT) et institutionnels (le contrat d’assimilation, la Musterstadt), ces théoriciens proposent une alternative globale au modèle de la société multiculturelle qu’ils jugent condamnée à la fragmentation violente.

Que ces propositions soient jugées applicables ou qu’elles soient rejetées comme incompatibles avec les standards actuels des démocraties libérales, elles dessinent désormais la ligne de fracture centrale du débat intellectuel européen : le choix fondamental entre la poursuite de l’hétérogénéité multiethnique ou la tentative de restauration, par des voies légales et administratives, d’une homogénéité civilisationnelle minimale.

Martin Sellner et Eva Vlaardingerbroek au Remigration Summit de 2026
Martin Sellner et Eva Vlaardingerbroek au Remigration Summit de 2026

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