J’ai déjà écris trois articles sur Alain Soral et 3 vidéos sur la chaîne YouTube. J’ai essayé d’en sortir un portrait sans filtre, qui n’est pas une attaque à charge mais qui souligne ses contradictions et sa dérive.
- Alain Soral : Portrait d’un intellectuel dévoyé
- De la sociologie au complotisme : Autopsie de la pensée Soral
- Alain Soral, du Logos au « Siècle Juif » : Analyse d’un système et limites d’une obsession
J’ai reçu beaucoup de commentaires de fans de Soral, ce qui ne m’a pas étonné : Soral attire toujours à sa suite énormément de suiveurs, plus ou moins sur sa ligne, un certain nombre étant bien plus complotistes et antisémites que lui.
Et juste après, sort une émission de débat entre lui et Serge Federbusch – fonctionnaire français d’origine juive, ancien candidat à la mairie de Paris soutenu par le RN – sur la chaîne Géopolitique Profonde, que j’avoue découvrir même si j’en avais entendu parler.
Ça tombe bien, c’est l’occasion pour moi d’une analyse de ce débat et des positions de chacun. Encore une fois, mon propos n’est pas de rédiger un réquisitoire contre Alain Soral, je l’apprécie sur certains aspects et je le suis depuis 25 ans.
En tout cas, Alain Soral est toujours bon en interview, toujours aussi vif. Il y a même une forme d’aveu de sa part dans ce débat : il reconnaît que le sujet l’obsède parce qu’il se sent interdit de le traiter librement. C’est le cercle vicieux qu’il décrit lui-même entre censure, radicalisation verbale, nouvelles censures et obsession renforcée. Il se présente comme réagissant à une persécution plutôt que comme mû par une fixation première.
Federbusch – dont je n’avais jamais entendu parler, mais qui était le bon interlocuteur face à Soral – le met très bien en lumière. Il répond avec des faits auxquels les commentateurs fanboys de Soral ne peuvent rétorquer qu’en les qualifiant de mensonges, souvent dans un bréviaire antisémite imagé qui ne risque pas de rendre crédible leur propos. Certaines choses sont difficiles à entendre quand on est obnubilé.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je précise – pour les commentateurs fanboys de Soral qui ne manqueront pas de le supposer – que je ne suis pas juif. Je n’ai que des ascendants bien français, et d’ailleurs je n’ai pas d’affection particulière pour les juifs. Je ne suis même pas chrétien. Je pourrais même dire comme Soral que je n’aime pas la religion judaïque en elle-même : elle me semble archaïque et aussi néfaste en tant qu’idéologie que toutes les autres religions. Avec une nuance cependant – elle ne concerne qu’une petite minorité et n’a pas vocation à convertir qui que ce soit, ce qui pour moi est déjà un aspect positif par rapport au christianisme et à l’islam.
En revanche, je ne me qualifierais jamais de « judéophobe » comme Soral le fait dans ce débat, parce que je n’ai aucune peur du judaïsme en tant que messianisme eschatologique qui amènerait la fin du monde – je laisse ce genre de croyances farfelues aux chrétiens et aux musulmans, enfin ceux qui persistent à attendre un « retour » de Jésus.
Si je n’ai aucun lien avec « les juifs » en général, j’en ai côtoyé assez au niveau amical comme professionnel, en France mais aussi des Israéliens, pour en parler un peu. De mon vécu, l’immense majorité d’entre eux est aujourd’hui athée ou agnostique, et n’a qu’un rapport éloigné avec la religion. Je ne vois pas pourquoi je ne croirais pas Serge Federbusch quand il indique dans ce débat ne pas être pratiquant du tout. Étant juif, il s’est forcément intéressé à la question, mais il en parle plutôt à distance, comme objet historique et théologique qu’on peut analyser sans y adhérer – par exemple quand il discute du concept de peuple élu et de terre promise. Ce sont précisément les sujets qui obnubilent Soral.
Pour revenir sur les commentateurs sous les vidéos de Soral, j’ai quand même l’impression que la majorité ne côtoie aucun juif, mais se les représente en fonction de ce qu’ils entendent à leur sujet, pour les plus intelligents, de ce qu’ils en lisent, mais sûrement toujours dans les mêmes cercles. Je m’intéresse moi-même au sujet d’Israël et du sionisme depuis longtemps, car j’essaie de m’intéresser aux sujets qui fâchent.
Comment débattre quand on n’est pas d’accord sur les faits ?
Le problème, c’est que la plupart des commentaires ne répondent même pas aux arguments historiques avancés. On essentialise le contradicteur : « il est juif donc il ment forcément ». C’est du procès d’intention permanent, pas un débat. À partir du moment où l’identité de quelqu’un suffit à invalider sa parole avant même d’examiner les faits, toute discussion devient irrésoluble et vouée à l’échec. Qu’on ne me dise pas que ce n’est pas de l’obsession, ni du complotisme.
Sur la majorité des sujets débattus pendant cette émission, il existe pourtant des faits qu’on peut mettre de manière sereine sur la table. Pas tous, bien sûr – tout ce qui touche à l’histoire d’Israël depuis cent ans porte à débat, et les historiens d’obédience Égalité & Réconciliation auront des interprétations totalement différentes de celles communément établies.
Si on se base sur les écrits de Youssef Hindi, par exemple, on aura forcément un point de vue très biaisé. C’est un essayiste sans formation académique, un autodidacte, historien autoproclamé, chercheur indépendant. Tout autant historien que moi, donc. Mon but n’est pas de dire qu’il ne présente aucune source ou n’est pas fiable : il propose une contre-narration géopolitique et historique non-conformiste sur le sionisme. Mais il faut savoir d’où l’on part, et discuter du sujet en ne se basant que sur ses conclusions n’a pour moi aucun sens.
Une grande partie, si ce n’est tous les fans de Soral sont sur une ligne pro-arabe, ou du moins anti-sioniste. Difficile alors d’accepter le débat : ils sont énervés par les faits. Je les engage à croiser leurs sources, comme toujours, à éviter de croire sur parole les auteurs aux positionnements engagés, et à en préférer des plus neutres. J’ai lu par exemple récemment le livre « Israël-Palestine : anatomie d’un conflit, 50 questions pour tout comprendre » (Les Arènes, 2024), écrit par l’historien Vincent Lemire et le journaliste Thomas Snégaroff, propose une approche pédagogique et accessible pour décrypter plus d’un siècle d’histoire complexe.
La problématique principale, c’est que même avec un débat comme celui-là, chacun y verra ce qu’il veut. Le fanboy ultime de Soral ne retiendra que les quelques passages où il a été incisif et prendra en bloc, comme des mensonges (au mieux des demi-vérités), tout ce que répond son interlocuteur. Il n’y a pas de débat possible quand il y a autant de passion et surtout quand on ne s’accorde sur aucun fait.
C’est précisément ce que je voudrais essayer de faire dans ce qui suit : reprendre point par point les éléments contestés du débat et, là où c’est possible, indiquer ce que dit la documentation historique sérieuse – y compris celle qui dérange chacun des deux camps.
Le cadre du débat
L’émission, animée par Mike Borowski sur Géopolitique Profonde, annonce trois parties :
- Israël contrôle-t-il la France ?
- Les Français juifs sont-ils des patriotes français ?
- Le sionisme nous amènera-t-il vers la troisième guerre mondiale ?
Bien sûr, on serait de mauvaise foi de constater une obsession sur la question juive et le sionisme chez Soral quand les trois sujets proposés tournent intégralement autour de ça. On peut quand même se poser la question de savoir pourquoi ce sont les seuls sujets qu’on lui propose – et pourquoi il accepte ce cadre sans le contester. C’est déjà une réponse partielle.
Les deux intervenants :
- Alain Soral intervient à distance depuis la Russie (exil suite à des condamnations judiciaires). Essayiste, éditeur (Kontre Kulture, Égalité & Réconciliation), il se présente non comme « seulement antisioniste » mais comme « judéophobe » au sens étymologique grec (phobos = peur). Il dit avoir peur du judaïsme dans sa lecture littéraliste, fondée selon lui sur deux notions problématiques : le peuple élu (transmission par le sang) et la terre promise (vocation de domination). Il se revendique de la critique gaullienne (discours de novembre 1967 sur le « peuple d’élite sûr de lui-même et dominateur »).
- Serge Federbusch, haut fonctionnaire et juriste, ancien élu parisien du Parti Socialiste dans les années 80 mais également candidat indépendant soutenu par le RN aux municipales de 2020, historien, militant de la cause israélienne, auteur du Sabre et l’esprit. Il accepte le débat par goût et par conviction libérale (il défend la liberté d’expression de Soral et déplore ses condamnations, tout en étant en « opposition frontale » avec lui). Il se déclare juif non pratiquant, son attachement à Israël relevant d’une logique géopolitique (« les ennemis de mes ennemis sont mes amis »), pas religieuse.
Le débat tient ses promesses : tension constante, attaques personnelles, accusations croisées de mensonge et de manipulation. Mais aussi, paradoxalement, un terrain commun retrouvé dans la dernière demi-heure – sur lequel je reviendrai.
Analyse point par point : où la réalité tranche, où elle ne tranche pas
Pour structurer ce qui suit, je reprends les dix ou douze points les plus disputés et confronte les affirmations de chacun à ce que dit la documentation historique mainstream. L’idée n’est pas de désigner un vainqueur à chaque ligne, mais d’établir, là où c’est possible, ce qui relève du fait, ce qui relève de l’interprétation et ce qui relève de la rhétorique pure.
1. Judéophobie ou antisémitisme ?
Soral : il s’agit d’une peur (phobos) du judaïsme comme système théologico-racial, pas d’une haine des juifs. La nuance est essentielle pour lui.
Federbusch : c’est de l’antisémitisme classique habillé d’un mot grec. Il cite la « liste Schindler » établie par Soral en 2020 (uniquement des médecins juifs favorables aux mesures Covid, alors qu’Olivier Véran, Karine Lacombe et d’autres non-juifs portaient les mêmes positions) et la punchline « déchetterie casher » à propos d’un éventuel transfert des cendres de Léon Blum au Panthéon.
Ce qu’on peut en dire : clairement le terme « antisémite » est inadapté, les sémites englobant plus que les Juifs, mais son rejet tient souvent aussi de la mauvaise foi, car le sens d’un mot est déterminé par sa convention d’usage et aujourd’hui on peut l’accepter comme synonyme de « racisme antijuif». Le terme « judéophobie » colle avec le discours de Soral et sa peur de l’escathologie religieuse juive.
Surtout, le critère pertinent n’est pas étymologique mais empirique : qu’est-ce que produit le discours ? Les exemples cités par Federbusch sont précis et documentés ; ils relèvent de l’essentialisation négative d’un groupe – définition courante du racisme. La distinction « judaïsme/juifs » que Soral tente de maintenir s’effondre dès qu’il cible des individus pour leur seule appartenance (la liste de médecins juifs). Quant au terme « déchetterie casher », si Soral défend que le contexte était différent de celui relevé par l’accusation, il ne nie pas l’avoir pronocé en vidéo et le terme en lui-même relève objectivement de l’injure.
2. Le CRIF et l’influence juive sur la France
Soral : le CRIF est un lobby tout-puissant qui dicte la politique française via un chantage à l’antisémitisme. Il représente statutairement « 1/6 de 1 % de la population française » mais exerce une influence disproportionnée, notamment via le dîner annuel.
Federbusch : le CRIF date de 1944 (Conseil Représentatif des Israélites de France, créé pendant la Résistance). Le dîner annuel n’apparaît qu’en 1985, en réaction à des attentas antisémites meurtriers, c’est-à-dire une réponse défensive, pas une stratégie d’emprise. La communauté juive française diminue (5 000 à 20 000 départs par an vers Israël notamment), ce qui contredit l’idée d’un projet de contrôle. Et la politique étrangère française est en réalité plutôt hostile à Israël depuis Macron : reconnaissance de la Palestine pendant que des otages étaient encore à Gaza, obturation des stands d’entreprises israéliennes au Salon du Bourget, etc.
Ce qu’on peut en dire : la chronologie de Federbusch est exacte. Le CRIF existe bien depuis 1944, le dîner depuis 1985, et la démographie juive française est effectivement en repli (l’aliyah depuis la France a battu des records en 2025). L’argument du « lobby tout-puissant » se heurte à la réalité empirique : si le CRIF dictait la politique française, on n’aurait pas eu la reconnaissance française de la Palestine en septembre 2025.
Ceci dit, réduire l’influence du CRIF à zéro serait l’inverse de la vérité. Le CRIF est un acteur d’influence sur certains sujets précis : lois mémorielles, lutte contre l’antisémitisme, qualification d’événements. Le propre de toute association défendant un intérêt communautaire est de le défendre : les cultes ont leurs instances représentatives, il y a des loges maçonniques, des fédérations professionnelles, des associations d’élus – toutes ont vocation à être influentes.
Distinguer le CRIF comme « lobby occulte » relève du fantasme ; nier toute influence relève du déni. La réalité est qu’un lobby représentant moins de 1 % de la population peut obtenir des victoires tactiques et avoir une influence disproportionnée. Mais ce ne peut pas être la cause première de tous les maux actuels, de la désindustrialisation, de la dette à 112 % du PIB, du déficit commercial, de l’échec scolaire massif ou de l’immigration nette de 400 000 personnes par an. Soral fait du CRIF la matrice de tous les maux français, et c’est précisément cette inflation explicative qui rend son discours peu sérieux.
3. Le 7 octobre et son contexte historique
Soral : un pogrom n’arrive pas dans le vide. Le 7 octobre s’inscrit dans 80 ans d’occupation et d’apartheid colonial. Il suggère, suivant des analystes israéliens de gauche, que Netanyahou aurait été au courant mais aurait laissé faire, lui permettant d’accomplir un projet biblique de Grand Israël.
Federbusch : 1 200 morts et 250 otages le 7 octobre. Aucun pays ne resterait sans réaction. Le « Grand Israël » est un fantasme : Israël a rendu le Sinaï (trois fois sa superficie) en 1979 et évacué Gaza en 2005 (21 colonies, 8 500 colons) donc a perdu de la superficie.
Ce qu’on peut en dire : les chiffres du 7 octobre sont avérés et reconnus internationalement. Le retour du Sinaï et le désengagement de Gaza sont des faits historiques que Soral ne peut pas balayer.
Mais les deux récits ne s’excluent pas. On peut tout à fait reconnaître la nature du massacre du 7 octobre et le fait qu’il s’inscrit dans une histoire longue de violences réciproques dans laquelle l’occupation, le blocus et la dépossession territoriale sont des données structurantes – c’est même la lecture que font la plupart des historiens académiques sérieux des deux côtés. La rhétorique soralienne est gênante par sa minimisation du massacre lui-même (« jaquerie compréhensible »), mais le contexte qu’il invoque n’est pas inventé.
Quant à la thèse du « Netanyahou laisse faire » : ce n’est pas une lubie soralienne dans son principe : une partie de la presse israélienne mainstream documente une négligence grave et un déni des avertissements. Federbusch l’écarte trop vite. Cela dit, Soral pousse beaucoup plus loin – il assène l’idée d’une complicité délibérée motivée par un projet de Grand Israël, et c’est bien un cas où le débat se bloque : rien ne démontre que Netanyahou aurait su que l’attaque aurait lieu le 7 octobre 2023, qu’il aurait choisi de la laisser se produire, ni que cette hypothétique décision aurait été motivée par un projet biblique.
Il faut aussi noter le contexte d’apparition du 7 octobre dans ce débat : Soral l’introduit non pour le discuter en soi, mais comme arme rhétorique au moment précis où Federbusch venait de réfuter historiquement sa lecture des textes hébreux antiques. Attaqué sur cette lecture théologique (peuple élu, terre promise, massacre des Cananéens), il pivote vers Netanyahou dont les actions aujourd’hui la prouverait, avec comme argument qu’il aurait laissé faire le 7 octobre. Le mouvement est révélateur d’un dispositif argumentatif récurrent chez Soral : un télescopage de trois mille ans d’histoire juive en un continuum homogène où chaque registre – textes anciens, théologie, politique contemporaine – sert d’alibi aux autres. Quand on l’attaque sur l’un, il replie vers l’autre. C’est précisément ce qui fait basculer sa grille de lecture du registre de l’analyse vers celui de l’essentialisation: la nature des Juifs est inférée à la fois à ses textes anciens et à ses actes actuels, chacun validant l’autre dans un cercle fermé.
4. Y a-t-il un génocide à Gaza ?
Soral : oui, selon les instances internationales héritées de Nuremberg.
Federbusch : non. La CPI parle de crimes de guerre, pas de génocide. La population gazaouie est passée de ~200 000–300 000 en 1948 à 2,2–2,3 millions avant le 7 octobre. Même en acceptant les 70 000 morts revendiqués par le Hamas, la population « reste à peu près stable » – incompatible avec un génocide. Anecdote : marathons et fêtes sur les plages de Gaza encore récemment.
Ce qu’on peut en dire : la qualification juridique est précisément la question pendante. Il n’y a pas de génocide à Gaza au sens juridique du terme, même si la situation est une tragédie humanitaire majeure avec des crimes de guerre probables des deux côtés. Le terme « génocide » est défini par la Convention de 1948 : des actes commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. L’intention spécifique est l’élément clé, pas seulement le nombre de morts ou les souffrances.
Voici l’état des lieux au printemps 2026 :
- Cour internationale de Justice (CIJ): saisie par l’Afrique du Sud en décembre 2023, elle a reconnu en janvier 2024 un « risque plausible » de génocide et ordonné à Israël des mesures provisoires. Israël a déposé son contre-mémoire le 12 mars 2026 après deux extensions de délai. Pas de décision finale sur l’existence d’un génocide.
- Cour pénale internationale (CPI) : mandats d’arrêt émis contre Netanyahou et Yoav Gallant en novembre 2024 – pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité (famine comme méthode de guerre, attaques sur civils, etc.), pas pour génocide. Le procureur Khan a indiqué un manque de preuves pour le génocide.
Des experts/ONG (certains biaisés pro-palestiniens) parlent de génocide ; d’autres (dont associations de génocide scholars divisées, experts israéliens) rejettent, soulignant l’absence d’intention de détruire les Palestiniens en tant que tels. Israël vise le Hamas (qui a lui commis un massacre génocidaire le 7 octobre 2023 car l’intention était de tuer et prendre en otage le plus de Juifs possibles).
Donc Federbusch était partiellement exact en 2024-2025 sur la prudence terminologique de la CPI, la qualification juridique est en cours d’instruction.
Son argument démographique (« population qui croît = pas de génocide ») est scientifiquement faible : la Convention de 1948 ne définit pas le génocide par l’extermination totale d’un groupe, mais par l’intention de le détruire « en tout ou en partie ». L’argument est rhétoriquement efficace mais juridiquement non opérant.
5. Présence juive en Palestine et identité palestinienne
Federbusch : il y a une présence juive continue en Palestine depuis l’Antiquité. Hébron, Safed, Jérusalem (les juifs y étaient majoritaires lors du dernier recensement ottoman). Les Romains ont renommé la Judée « Palestine » d’après les Philistins (disparus au VIᵉ siècle av. J.-C.) après la révolte de Bar Kokhba en 135. Le mouvement « palestinien » n’existait pas comme nation : Haj Amin al-Husseini voulait un État panarabe (projet de « Grande Syrie »). L’OLP n’est créée qu’en 1964.
Soral : les Palestiniens ne sont pas un peuple belliqueux. Pas d’histoire de conquête militaire palestinienne (à la différence des Égyptiens, Assyriens, Babyloniens, Perses).
Ce qu’on peut en dire : Federbusch a raison sur tous ses points factuels. Il existe bien un Yichouv ancien (présence juive ininterrompue), le renommage de la Judée en Syria Palaestina par Hadrien est documenté, l’identité palestinienne comme identité nationale distincte est largement un phénomène du XXᵉ siècle (consensus chez les historiens, y compris Rashid Khalidi qui le dit lui-même dans Palestinian Identity).
Mais cela ne tranche pas la question politique. L’identité palestinienne s’est forgée largement en réaction au sionisme, mais c’est précisément le mécanisme classique de construction nationale. Le fait qu’elle soit jeune ne la disqualifie pas.
De même, l’argument selon lequel les Palestiniens ne seraient pas « belliqueux » par nature est aussi mal posé : les massacres de Hébron en 1929, les émeutes de 1920-1921, l’alliance d’al-Husseini avec Hitler (factuellement avérée) marquent une violence intercommunautaire ancienne.
On peut même retourner l’argument soralien contre lui-même : présenter les Palestiniens comme un peuple « non belliqueux » sans histoire de conquête est anachronique et naïf. Leur identité arabo-musulmane est elle-même le résultat de conquêtes, la conquête arabe du VIIᵉ siècle qui a arabisé la région linguistiquement, et l’islamisation progressive des populations indigènes (cananéennes, juives, chrétiennes) sur plusieurs siècles. Génétiquement d’ailleurs, les études modernes montrent que Palestiniens et juifs partagent l’essentiel de leur ascendance levantine pré-islamique – point que Ben Gourion lui-même reconnaissait dans les années 1920 avant que ce ne devienne politiquement gênant après 1948. La cause palestinienne ne peut pas se légitimer par une indigénéité absolue, mais par la réalité d’une nation moderne, d’une mémoire collective et d’une dépossession contemporaine. Soral s’enferme dans une mythologie indigéniste qui n’a pas plus de fondement historique que les mythologies sionistes les plus essentialistes qu’il dénonce par ailleurs.
En bref, il y a deux récits historiquement attestés, dont aucun n’efface l’autre. Présence juive continue et enracinement arabe ancien. Construction nationale palestinienne et projet sioniste de retour. La sortie du conflit suppose de reconnaître les deux, pas d’en nier un.
6. La création du Hamas et la responsabilité israélienne
Soral : le Hamas a été favorisé par Israël contre les mouvements laïques (OLP, FPLP, George Habache – chrétien). Stratégie israélienne du « golem » : islamisation délibérée de la cause palestinienne, qui se retourne aujourd’hui contre Israël.
Federbusch : c’est faux. Israël a éventuellement financé quelques mosquées il y a une trentaine d’années, mais il n’y a « aucune accointance de long terme » avec le Hamas. Le Hamas a pris le pouvoir par la force en 2007.
Ce qu’on peut en dire : c’est probablement le point où Federbusch est factuellement le plus faible. La thèse selon laquelle Israël a favorisé l’émergence et la pérennité du Hamas comme contrepoids à l’OLP laïque est aujourd’hui largement reconnue par l’establishment israélien lui-même. Le gouvernement israélien a dès les années 80 financé des mosquée et plus récemment permis le transfert de centaines de millions de dollars qataris vers le Hamas à Gaza.
Soral présente cette réalité de manière déformée et chargée (« le golem »), mais le fond est solide et largement reconnu par l’establishment israélien lui-même. Federbusch n’aurait pas dû balayer ce point d’un revers de main.
Mais il faut aussi se garder du miroir inversé du discours soralien. Israël n’a pas inventé l’islamisme palestinien. Les Frères musulmans existent depuis 1928, leur branche palestinienne était active bien avant la création formelle du Hamas en 1987, et la montée du fondamentalisme islamique des années 1970-80 est un phénomène mondial – Iran, Égypte, Afghanistan, Algérie – dont Gaza n’est qu’une zone parmi d’autres. Israël a exploité un terreau existant comme arme tactique contre l’OLP ; il ne l’a pas créé. Et les crimes du Hamas – au premier rang desquels le massacre du 7 octobre – relèvent de la responsabilité pleine et entière du Hamas, pas d’un État israélien qui en serait l’apprenti sorcier. Reconnaître la part israélienne dans le renforcement tactique de l’organisation n’exonère en rien celle-ci de ce qu’elle a choisi de faire.
Soral confond systématiquement les deux registres ; il faut prendre garde à ne pas tomber dans le même travers en sens inverse.
7. Le retrait du Sinaï et le Grand Israël
Federbusch : Israël a rendu le Sinaï à l’Égypte (60 000 km², trois fois la superficie israélienne) après les accords de Camp David, et évacué Gaza unilatéralement en 2005 (8 500 colons délogés). Le « Grand Israël » est un fantasme.
Ce qu’on peut en dire : factuellement exact. Camp David (1978) puis traité de paix israélo-égyptien (1979), retour intégral du Sinaï achevé en 1982. Désengagement de Gaza sous Sharon en 2005, 21 colonies évacuées.
Cela dit, ce n’est pas suffisant pour clore le débat sur les ambitions territoriales israéliennes actuelles. La colonisation continue en Cisjordanie (de 250 000 colons environ en 1993 à plus de 750 000 aujourd’hui), les déclarations récentes de ministres du gouvernement Netanyahou (Smotrich, Ben Gvir) appelant explicitement à l’annexion ou au déplacement des Palestiniens, et la rhétorique biblique mobilisée depuis octobre 2023 (« Amalécites », références au livre de Samuel) sont des données objectives qui méritent qu’on prenne la question au sérieux – sans pour autant accréditer l’idée d’un projet messianique caché.
Encore faut-il préciser ce que « Grand Israël » signifie, car le terme recouvre plusieurs réalités très différentes. La version biblique maximaliste, du Nil à l’Euphrate, selon la promesse de Genèse 15:18, représente un territoire couvrant l’actuel Israël, les territoires palestiniens, la Jordanie, le Sinaï en Egypte, et des portions de Syrie, du Liban et de l’Irak. C’est aujourd’hui une position religieuse marginale, portée par quelques courants messianiques. C’est pourtant celle que Soral mobilise quand il invoque la Bible.
La version opérante dans la droite israélienne au pouvoir est beaucoup plus restreinte : Israël + Cisjordanie (« Judée et Samarie ») + Golan, parfois + Gaza. C’est elle que défend explicitement le « Plan décisif » de Smotrich (2017), qui prévoit l’annexion de la Cisjordanie avec un choix imposé aux Palestiniens entre émigration, citoyenneté de seconde zone ou expulsion. Smotrich est aujourd’hui ministre des Finances et exerce une autorité civile sur la Cisjordanie : ce n’est ni un fantasme ni un projet caché, c’est une politique gouvernementale assumée – mais pas le projet messianique unifié que Soral suggère.
8. Les 800 000 juifs des pays arabes
Federbusch : 800 000 juifs expulsés des pays arabes après 1948 – plus que les réfugiés palestiniens. La communauté séfarade française connaît la persécution musulmane par expérience directe.
Ce qu’on peut en dire : le chiffre (entre 700 000 et 850 000 selon les sources) est largement admis. Le récit unique d’« expulsion » est nuancé par des historiens israéliens sérieux : les départs ont eu lieu sur deux décennies, dans des contextes très différents selon les pays (Irak, Égypte, Maroc, Yémen), avec une combinaison de :
- politiques arabes hostiles bien réelles (loi égyptienne des sociétés de 1947, dépouillements en Irak, Tunisie, Libye, Algérie),
- pressions et recrutement actif du mouvement sioniste (plan Ben Gourion « Tochnit Ha’Million » dès 1942, opérations clandestines en Irak),
- décisions individuelles motivées par le messianisme religieux (Yémen) ou par l’attrait économique d’Israel.
Le terme « expulsion » est partiellement juste, partiellement réducteur. Ce que Federbusch n’a pas tort de souligner, c’est que la souffrance des juifs orientaux est systématiquement effacée du récit dominant, alors qu’elle est aussi massive que celle des réfugiés palestiniens.
Ce point a une conséquence directe sur une autre antienne soralienne – celle qui présente Israël comme un projet purement européen et colonial, des « Polonais, Lituaniens et Russes » plaqués sur une terre arabe. La démographie actuelle d’Israël contredit cette grille frontalement. Sur la population juive israélienne, les Mizrahim et Séfarades (juifs venus du monde arabo-musulman et de Méditerranée orientale) représentent aujourd’hui environ 45 %, contre 30-35 % d’Ashkénazes (en intégrant la grande vague russe des années 1990) et un cinquième de la population issu de mariages mixtes entre les deux. Autrement dit : presque un juif israélien sur deux descend de familles qui vivaient en Irak, en Égypte, au Yémen, au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Iran ou en Turquie avant 1948 – et qui n’ont, concrètement, nulle part où retourner.
Soral s’arrête à la photographie de 1948 ; la société israélienne contemporaine ne lui ressemble plus.
9. Julien Dray, SOS Racisme et la responsabilité juive dans l’immigration
Soral : les principaux adversaires politiques des juifs français aujourd’hui ne sont pas la droite identitaire mais les « juifs de gauche » mitterrandiens (Julien Dray, SOS Racisme), qui auraient organisé l’antiracisme contre le patriotisme représenté par Le Pen. C’est une « stratégie d’apprentis sorciers » qui se retourne contre la communauté.
Federbusch : l’immigration de masse n’a pas été créée par les juifs. Elle est le fait du patronat (charbonnages, Renault, Peugeot), du regroupement familial (jurisprudence du Conseil d’État,1978), et d’associations dont la plus connue, la Cimade, est une association protestante. SOS Racisme n’était pas une émanation juive (« le Français, l’Arabe, le Juif » – distribution des rôles dans le film La Haine).
Ce qu’on peut en dire : Julien Dray est un des fondateurs de SOS Racisme (avec Harlem Désir, Bernard Kouchner, etc.), et il est effectivement juif. Mais réduire SOS Racisme à une « émanation juive » est faux : c’était une coalition large issue principalement de la mouvance trotskiste (LCR) et du PS rocardien.
Surtout, l’argument structurel de Federbusch est solide : la décision politique fondamentale qui a structuré l’immigration de masse, c’est le regroupement familial décidé par Giscard et confirmé par le Conseil d’État (1978) et avant cela, la mécanique d’appel d’œuvre par le patronat. Aucun de ces acteurs n’est juif comme groupe.
Soral fait ici ce qu’il fait souvent : il prend un fait partiel (présence de juifs de gauche dans l’antiracisme des années 1980) et en tire une généralisation causale (la communauté juive a organisé l’immigration musulmane) qui ne tient pas factuellement. Le mécanisme rhétorique est constant chez lui : sur-attribution causale à un groupe identifié, là où la réalité est diffuse, multifactorielle et largement non-juive.
10. La double allégeance
Soral : la double appartenance est consubstantielle à la diaspora. Les juifs français sont « à la fois français et juifs », ce qui pose un problème de loyauté quand Israël est en cause.
Federbusch : démonstration biographique personnelle (service militaire, pas de nationalité israélienne/un seul passeport, quarante ans de service public, père prisonnier de guerre puis résistant). Référence à Napoléon qui en 1806 a explicitement entériné le primat de la loyauté à la France sur les intérêts communautaires des Juifs, en échange de leur intégration entière à la nation. Cite René Cassin (rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme, proche de De Gaulle), Pierre Dac, Emmanuel Berl.
Ce qu’on peut en dire : la « double allégeance » comme procès systématique fait à tous les juifs est une accusation classique de l’antisémitisme du XIXᵉ siècle (cf. l’affaire Dreyfus, Édouard Drumont). Elle relève de l’essentialisation pure : juger un individu sur sa loyauté présumée du fait de son appartenance, sans examen de ses actes.
Cela ne veut pas dire que la question de la pluralité d’attachements n’existe pas – elle existe pour les juifs comme pour les Italiens, les Polonais, les Maghrébins, les Arméniens, les Corses, les Bretons. La normalité républicaine, c’est de juger sur les actes, pas sur la généalogie. Federbusch oppose précisément cette grille républicaine, et Soral est incapable d’y répondre autrement qu’en généralisant sans preuve.
11. Spinoza, Bernard Lazare et les « juifs déjudaïsés »
Soral : Spinoza et Bernard Lazare sont des juifs « déjudaïsés », des juifs antisémites au sens où ils ont rompu avec le Talmud. Spinoza aurait renoncé à publier de son vivant « par peur des maîtres talmudistes hollandais ».
Federbusch : Spinoza a été en rupture avec sa communauté parce que fondateur métaphysique de l’athéisme philosophique. Pas par rejet du judaïsme en tant que tel.
Ce qu’on peut en dire : Federbusch a la lecture standard de l’histoire de la philosophie. Spinoza est excommunié par la communauté d’Amsterdam en 1656 pour ses « horribles hérésies » – son panthéisme et sa critique biblique précèdent et expliquent la rupture, qui ne tient pas à une « peur tactique » mais à une rupture philosophique radicale avec toute religion révélée. La lecture soralienne est ici idiosyncrasique et infondée.
Le piège Soral
Ce qui ressort de l’examen point par point, c’est un déséquilibre qui ne se voit pas à l’œil nu pendant le débat (parce que Soral est rhétoriquement excellent), mais qui apparaît clairement à l’analyse :
- Sur les points purement factuels et vérifiables (chronologie du CRIF, démographie de la communauté juive française, retour du Sinaï, désengagement de Gaza, rôle du Grand Sanhédrin, lecture de Spinoza), Federbusch est en général exact et Soral approximatif ou simplement faux.
- Sur les points historiquement contestés où il y a réellement débat (rôle d’Israël dans l’émergence du Hamas, ambiguïtés du récit des 800 000 juifs des pays arabes, contexte du 7 octobre, qualification de génocide), Soral a parfois raison ou est dans une zone de débat légitime, mais il pousse systématiquement la rhétorique au-delà de ce que les faits permettent.
- Sur les généralisations causales (le CRIF cause tout, les juifs ont organisé l’immigration, la « stratégie d’apprentis sorciers »), Soral verse dans la pure essentialisation et perd toute valeur analytique.
Et puis il y a ce moment qui ressemble à un demi-aveu, dans la conclusion :
« Cette soi-disant névrose obsessionnelle, elle a une cause, c’est le discours dominant politique français […] où la question juive est devenue complètement centrale et a surdéterminé tous les autres sujets. […] Si on m’empêchait pas de dire deux trois trucs sur le CRIF et sur la Palestine, je changerais de sujet assez facilement. Laissez-nous critiquer un petit peu le CRIF et un petit peu Israël et peut-être qu’on en parlera moins. »
C’est une auto-description précieuse. Soral reconnaît que le sujet l’obsède parce qu’il se sent interdit de le traiter librement – cercle vicieux entre censure perçue, radicalisation verbale, nouvelles censures, obsession renforcée. Il se présente comme réagissant à une persécution plutôt que mû par une fixation première.
C’est partiellement vrai. La judiciarisation française du discours sur la question juive (loi Gayssot, loi Pleven) a effectivement créé un effet de zone interdite qui radicalise. Mais c’est partiellement faux aussi : on peut critiquer le CRIF, la politique israélienne, voire la lecture littéraliste du judaïsme, sans verser dans la judéophobie assumée. Beaucoup d’auteurs juifs eux-mêmes le font. Le problème n’est pas l’objet de la critique : c’est sa généralisation essentialiste.
Soral le sait, et c’est pour ça qu’il finit par s’enfermer. Il est devenu toxique pour une grande partie des milieux patriotes qui voudraient gagner – pas seulement « dire la vérité » au prix de la marginalisation absolue. D’où son exil, et son statut d’intouchable médiatique. La grille « judaïsme = problème structurel » est son marqueur, son fonds de commerce, et sa prison.
Le piège symétrique : la position pro-israélienne sans nuance
Pour être juste, Federbusch a aussi ses faiblesses. Il ne dit jamais ouvertement de mensonge factuel, mais il fait du filtrage :
- Sur la question Hamas-Israël, il évacue trop vite une réalité documentée par les sources israéliennes elles-mêmes.
- Sur les opérations militaires à Gaza, il invoque des marathons et des fêtes sur les plages – argument anecdotique face à des destructions qui ont, selon l’ONU et tous les organismes internationaux, dépassé tout précédent dans la région.
- Sur la colonisation en Cisjordanie, il ne dit rien.
- Sur les déclarations bibliques explicites de ministres israéliens depuis octobre 2023 (Amalécites, terre promise), il ne dit rien.
Son cadre intellectuel est : Israël est une démocratie occidentale assiégée par un ennemi islamiste qu’on doit combattre côte à côte. Ce cadre n’est pas absurde – la convergence d’intérêts contre l’islamisme djihadiste est réelle. Mais il ne couvre pas l’ensemble de la réalité israélienne contemporaine, et notamment la radicalisation théologico-nationaliste du gouvernement Netanyahou que des intellectuels israéliens libéraux dénoncent eux-mêmes.
Autrement dit : on peut critiquer Soral sans souscrire à la grille Federbusch. Et c’est exactement ce que l’écosystème médiatique français rend difficile, parce qu’il pousse à choisir entre deux positions caricaturales – « obsession judéophobe » contre « inconditionnalité pro-israélienne » – alors que la majorité des positions intelligentes se situent entre les deux.
Là où le débat devient inattendument fructueux
Dans la dernière demi-heure, dès que le sujet quitte la question juive et israélienne, un terrain commun apparaît :
- Critique partagée de la construction européenne et de l’arrimage à l’Allemagne (Federbusch a publié un article contre le futur euro dès 1986 dans Le Monde diplomatique).
- Diagnostic commun de la désindustrialisation, du chômage de masse, de l’endettement.
- Eurosceptiscisme convergent.
- Constat partagé que « la France est au bord du précipice ».
Soral propose le slogan d’Égalité & Réconciliation – « gauche du travail, droite des valeurs ». Federbusch nuance, mais admet la possibilité d’un « début de dialogue constructif ».
Cette convergence est précieuse, et terrible. Précieuse parce qu’elle montre qu’au-delà des invectives, des analyses lucides existent. Terrible parce qu’elle suggère qu’en pratique, ce débat a été saturé par une question israélo-palestinienne qui n’est pas centrale pour la France, et que cette saturation empêche les convergences possibles sur ce qui devrait être prioritaire – l’industrie, la dette, l’éducation, la souveraineté économique, le maintien démographique.
C’est exactement ce que Soral reconnaît à demi-mots, sans en tirer la conclusion : pendant qu’on débat du CRIF, la France continue de perdre son industrie, sa marge budgétaire et sa cohésion. C’est un sujet secondaire qui devient central dans le discours – et Soral en est un des responsables, à son corps défendant, parce qu’il a fait de cette obsession son marqueur identitaire, et entrainé une meute de fanboys derrière lui.
Conclusion : sortir du faux clivage
Ce que ce débat illustre, c’est moins une opposition de fond qu’une structure de débat impossible. Tant que :
- Soral et ses suiveurs continueront à essentialiser leur contradicteur (« il est juif donc il ment ») ;
- Federbusch et le camp pro-israélien continueront à refuser de discuter les angles morts du récit israélien officiel ;
- Le cadre médiatique continuera à imposer la question israélo-palestinienne ;
… et on n’avancera ni sur la question elle-même, ni sur les sujets français qui devraient compter.
La grille « judaïsme = problème structurel » échoue empiriquement : elle sur-attribue, elle généralise, elle finit en obsession. La grille « critique d’Israël = antisémitisme » échoue aussi : elle empêche la critique légitime d’une politique d’État. Entre les deux, il y a un espace énorme pour une pensée patriotique française qui prendrait au sérieux à la fois la souveraineté, la critique des lobbys (tous les lobbys), la solidarité avec les peuples martyrisés (palestiniens, ukrainiens, arméniens, kurdes), et le refus de l’essentialisation ethnico-religieuse.
C’est dans cet espace qu’il faudrait travailler – et c’est précisément celui que les deux pôles du débat de Géopolitique Profonde contribuent, chacun à leur manière, à rendre illisible.
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