Avant d’en venir au sujet philosophique, adressons cette vidéo. C’est Blast, donc on peut s’attendre à de la propagande gauchiste, d’autant plus quand cela vient de l’ancien compère d’Usul qui, comme d’habitude, n’y comprend rien.
Politique en Nouvelle-Zélande : Les Droits des Maoris
La vidéo discute de la politique actuelle en Nouvelle-Zélande, mettant en avant les tensions politiques et sociales autour des droits des Maoris, le peuple autochtone du pays. Le contexte s’ouvre sur une manifestation au Parlement néo-zélandais, où une députée du parti Maori a exécuté un haka pour protester contre une réforme soutenue par la coalition de droite au pouvoir. Cette réforme vise à instaurer une égalité des droits entre tous les citoyens néo-zélandais, ce qui implique la suppression de certains droits spécifiques aux Maoris.
Certains de ces droits trouvent leur origine dans le traité de Waitangi, signé en 1840 entre les chefs maoris et la Couronne britannique. D’autres, plus récents, incluent des avantages tels que des députés maoris supplémentaires, en plus des représentants élus de manière classique, ou encore une priorité dans les soins de santé. Cette priorité a été justifiée par l’argument selon lequel les Maoris seraient « culturellement » en surpoids, les rendant plus vulnérables à certaines maladies. Ces privilèges, parfois considérés comme aberrants ou racistes, sont au cœur des controverses autour de la réforme.
Bien sûr, Blast s’oppose fermement à cette réforme, qui cherche à abolir les droits spécifiques des Maoris au nom de l’égalité entre tous les citoyens néo-zélandais. Les Maoris représentent officiellement 15 % de la population, mais après des siècles de métissage, leur identité est pour beaucoup davantage folklorique qu’ethnique. Néanmoins, ils restent attachés à ces privilèges, malgré un faible pourcentage de sang maori. Une étude indique en effet que les Maoris ont en moyenne 43 % d’ascendance génétique européenne. D’ailleurs, beaucoup d’entre eux paraissent bien plus « blancs » que les véritables Polynésiens des îles reculées, où le métissage est bien moins présent.
Pour Blast, toutefois, les Maoris sont dépeints comme de « gentils sauvages » à la Rousseau, injustement envahis et opprimés par les « vilains » Européens.
Les Maoris et la Nouvelle-Zélande : Une Histoire Nuancée
En réalité, les Maoris ne sont arrivés en Nouvelle Zélande qu’au 13ème ou 14ème siècle. Le premier explorateur européen a découvert la Nouvelle Zélande en 1642. Ce n’est donc pas du tout comme si les Maoris (originaires de Polynésie, à 2000 kilomètres de là) avaient un droit inaliénable sur la « terre de leurs ancetres ».
On peut également noter qu’une théorie, qualifiée de mythe par ses détracteurs, affirme que la Nouvelle-Zélande était habitée par un peuple appelé les Moriori, et qu’ensuite, lorsque les Māoris sont arrivés sur ces terres, ils auraient massacré, mangé et complètement exterminé le peuple Moriori. Si cette théorie reste contestée pour ce qui est de son application à l’ensemble de la Nouvelle-Zélande, on a toutefois la preuve historique d’un véritable génocide des Moriori sur les îles Chatham qui font parte de la Nouvelle-Zélande. Il y a eu massacre, asservissement et cannibalisme de ce peuple autochtone des îles Chatham, situé à l’est de la Nouvelle-Zélande, de la part des Māoris entre 1835 et 1863. Ainsi, le supposé mythe selon lequel les Maoris auraient agi de manière similaire plusieurs centaines d’années auparavant en Nouvelle-Zélande continentale pourrait ne pas être complètement infondé.
On notera que les Maoris, avant l’arrivée des colonisateurs européens, étaient eux-mêmes esclavagistes et pratiquaient le cannibalisme. Ils se livraient à des guerres tribales impitoyables et avaient pour coutume de conserver les têtes séchées de leurs ennemis, qu’ils utilisaient pour les tourner en ridicule lors de rituels. Par ailleurs, dès qu’une première tribu maorie parvint à échanger avec des Occidentaux pour obtenir des fusils, elle s’empressa de s’en servir pour décimer ses voisins.
Avant la colonisation européenne, des conflits intertribaux connus sous le nom de Musket Wars (guerres des mousquets), se sont déroulés principalement entre les années 1810 et 1830. Ces guerres, motivées par la conquête de territoires ou la vengeance après des défaites passées, causèrent entre 20 000 et 40 000 morts et réduisirent des milliers de Maoris en esclavage. Le chef Ngāpuhi, Hongi Hika, trouva le moyen d’acheter des fusils à des marchands européens installés en Australie, et mena dès 1818 des raids dévastateurs sur les tribus voisines qui n’utilisaient que des armes primitives en pierre, incitant d’autres tribus à se procurer des armes pour se défendre. Ce cycle de violence atteignit son apogée en 1832-1833 et s’étendit à presque tout le pays.
Bien entendu, certains gauchistes accusent les Européens d’être responsables de cette escalade de violence pour avoir osé vendre les armes que ces tribus leur réclamaient.
L’État de Nature selon les Philosophes
Enfin en général, on saisit l’ambiance en Nouvelle Zélande avant l’arrivée des Européens, et cette défense poussive des Maoris m’a fait penser aux théories sur « L’État de nature » dans la philosophie. Un concept central dans la pensée politique moderne, développé par de nombreux philosophes, en particulier par Hobbes et Rousseau, chacun proposant une vision distincte influençant les théories du contrat social.
- Thomas Hobbes : Un État de Guerre Permanente (1651, Le Léviathan). Il décrit un état caractérisé par une « guerre de tous contre tous », où les individus, méfiants et motivés par l’égoïsme, vivent dans un chaos permanent. La peur de la mort violente pousse les hommes à conclure un contrat social. Ils abandonnent ainsi certaines libertés pour se soumettre à un souverain fort, garant de leur sécurité et de l’ordre.

1651
Leviathan
Thomas Hobbes
Publié en 1651 pendant la Guerre civile anglaise, le Léviathan de Thomas Hobbes énonce la doctrine fondatrice de la philosophie politique moderne contractuelle. Confronté au spectacle de l'effondrement politique et social, Hobbes construit un système théorique implacable : dans l'état de nature pré-politique règne la guerre de tous contre tous, où chaque vie demeure nécessairement « sordide, bestiale et brève ». Seul remède à cette violence originelle : un contrat social où les individus renoncent volontairement à leurs libertés absolues pour confier toute autorité à un souverain omnipotent, qu'il soit monarque, assemblée ou magistrature. Cette abdication de la liberté naturelle demeure l'unique fondement possible de la paix civile et de la sécurité collective. Hobbes rejette l'illusion que les arrangements institutionnels fragmentés ou limités puissent garantir la stabilité : seul le pouvoir indivisible, armé de la terreur légitime, peut imposer l'ordre. Cette philosophie de l'absolutisme contractuel inaugure le débat fondateur de la modernité politique : comment justifier légalement et rationnellement l'autorité souveraine ? Locke, Rousseau et Kant débattront ce paradigme hobbésien du contrat, mais tous demeurent captifs de sa problématique. Leviathan demeure l'œuvre maîtresse de la pensée politique réaliste.
- Baruch Spinoza : Coopération et Raison (XVIIe siècle, Ethique et Traité théologico-politique). Contemporain de Hobbes, il envisage l’État de nature comme régi par le droit du plus fort, mais il introduit l’idée que la raison pousse les humains à coopérer. Dans ses œuvres comme , il affirme que cette coopération est essentielle pour transcender la condition naturelle et construire une société stable.
- John Locke : Liberté et Égalité Naturelles (1689, Deuxième traité du gouvernement civil). En réponse à la vision sombre de Hobbes, John Locke propose une conception plus optimiste dans son Deuxième Traité du Gouvernement Civil. Pour lui, l’État de nature est régi par des lois naturelles qui incitent les hommes à respecter les droits des autres, notamment la vie, la liberté et la propriété. Cependant, l’absence d’une autorité impartiale peut mener à des conflits. Pour préserver ces droits naturels, Locke préconise la création d’un gouvernement basé sur le consentement des gouvernés.
- Montesquieu : Prudence et Peur Initiale (1748, L’Esprit des Lois). Il décrit l’État de nature comme un état paisible, où les humains vivent isolés et sont guidés par la prudence et la peur. Ce n’est qu’en se regroupant qu’ils développent des lois et des institutions, marquant une transition vers une société plus structurée.
- Jean-Jacques Rousseau : L’Homme Bon par Nature (1755, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes) considère que l’homme est bon par nature et corrompu par la société. Il s’oppose à ses prédécesseurs en affirmant que l’homme est fondamentalement bon dans l’État de nature. Il vit en harmonie avec ses besoins naturels, sans compétition ni conflits sociaux. C’est l’émergence de la société, par le biais de la propriété et des institutions, qui corrompt l’homme et introduit les inégalités.
Claude Lévi-Strauss et l’Anthropologie de l’État de Nature
Bien sur Rousseau était un ahuri sur le sujet, comme sur d’autres, et je pense que Hobbes avait raison dès le départ. Carl Schmitt (La notion de politique, 1932) critique la vision optimiste de l’État de nature de Rousseau. Pour lui, le conflit est inévitable et inhérent à la condition humaine. Il insiste sur l’importance du souverain pour trancher entre amis et ennemis. John Rawls lui (Théorie de la justice, 1971), revisite l’idée de l’État de nature avec son concept de « position originelle. » Il imagine une situation hypothétique où des individus, placés sous un « voile d’ignorance » (ignorant leur position dans la société), choisiraient les principes de justice pour structurer leur société. Bien que distinct de l’État de nature classique, cette réflexion s’inscrit dans la continuité des théories contractuelles.

1971
A Theory of Justice
John Rawls
John Rawls expose sa théorie de la justice comme équité (justice as fairness), qu'il présente comme une alternative au principe d'utilité, en se concentrant sur les principes de justice qui régiraient les institutions d'une société bien ordonnée. Il traite de concepts fondamentaux tels que la position originelle (une expérience de pensée hypothétique), la liberté égale (le premier principe), et le principe de différence (qui garantit que les inégalités bénéficient aux moins avantagés). Le travail compare et contraste cette approche contractualiste avec l'intuitionnisme et l'utilitarisme, et explore la stabilité de la conception de la justice et son rapport avec le bien individuel (la rationalité délibérative).
Tout ça est bien beau, du conceptuel philosophique, mais rien ne vaut la pratique avec les anthropologues du 20ème siècle qui ont étudié de près des peuples primitifs, proches de l’Etat de Nature, sur le terrain.
Bien que non philosophe à proprement parler, le Français Claude Lévi-Strauss (1908-2009) critique les visions occidentales de l’État de nature. Ses travaux sur les sociétés dites « primitives » démontrent que les distinctions entre nature et culture sont souvent des constructions idéologiques. Il rejette l’idée romantique d’un État de nature pacifique ou violent, mettant en avant la complexité des structures sociales dans toutes les sociétés humaines, notamment dans des œuvres comme Tristes Tropiques (1955) et La Pensée sauvage (1962), et ce après avoir réellement étudié des peuples primitifs en Amérique du Sud.

1962
La pensée sauvage
Claude Lévi-Strauss
Claude Lévi-Strauss explore la nature et la sophistication de la pensée dite "primitive," argumentant qu'elle n'est pas inférieure à la pensée scientifique occidentale, mais plutôt une logique concrète et méthodologique distincte. L'auteur réfute l'idée que les savoirs indigènes sont uniquement fonctionnels ou limités par les besoins pratiques, en citant des exemples de classifications zoologiques et botaniques extrêmement précises, comme chez les Indiens. Lévi-Strauss introduit le concept de bricolage pour caractériser cette pensée, qui utilise un ensemble fini de moyens pour créer des systèmes d'intelligibilité, soulignant que des pratiques comme la magie et la science moderne sont des modes de connaissance parallèles. Enfin, l'ouvrage démontre l'omniprésence des systèmes de classification dans les mythes, les rituels et l'organisation sociale, allant des tabous aux totémismes, pour affirmer que la pensée sauvage est logique et hautement structurée.
La vision de Lévi-Strauss sur l’État de nature
- Critique du mythe du « sauvage »
Lévi-Strauss déconstruit l’idée d’une humanité vivant dans un état primitif, sauvage ou brut, tel que souvent imaginé par les philosophes des Lumières ou les penseurs modernes. Pour lui, les sociétés qualifiées de « primitives » sont tout aussi complexes que les sociétés occidentales. Elles possèdent des structures sociales, des mythes et des systèmes de pensée élaborés qui ne peuvent être réduits à une opposition simpliste entre nature et culture. Ainsi, Lévi-Strauss rejette l’idée d’un État de nature uniforme ou universel, en affirmant que chaque société construit son propre équilibre entre nature et culture. - Nature et culture comme continuum
Dans son œuvre La Pensée sauvage (1962), Lévi-Strauss explore la façon dont les sociétés traditionnelles perçoivent et interagissent avec leur environnement naturel. Contrairement à une vision occidentale qui tend à opposer radicalement la nature et la culture, il montre que ces sociétés intègrent la nature dans leur système culturel, notamment à travers les mythes, les rituels et les pratiques sociales.En ce sens, l’État de nature n’est pas un état séparé de la société ou de la culture, mais un concept qui évolue au sein des systèmes sociaux, où les humains adaptent la nature à leurs besoins et à leur vision du monde. - L’universalité des structures mentales
Un aspect central de la pensée de Lévi-Strauss est que toutes les sociétés humaines, qu’elles soient dites primitives ou modernes, partagent des structures mentales universelles. Cela signifie que les distinctions entre un hypothétique État de nature et la société sont, dans une certaine mesure, construites culturellement. Les sociétés qualifiées de « primitives » ne sont pas figées dans une nature immuable, mais ont des systèmes dynamiques et sophistiqués pour gérer leurs environnements et leurs relations sociales. - Critique des visions idéalistes de l’État de nature
En étudiant les mythes et les récits de diverses sociétés, Lévi-Strauss met en lumière le fait que l’idée d’un État de nature pur ou originel est souvent une projection des sociétés modernes. Il critique indirectement les visions de Rousseau ou Hobbes, qu’il considère comme biaisées par des préjugés européens sur ce que signifie être « primitif » ou « civilisé ». Selon lui, ces concepts reflètent davantage les préoccupations des sociétés occidentales que la réalité des peuples qu’elles prétendent décrire.
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