C’est ça la France !
Positionnement idéologique
Frédéric Hermel vit en Espagne depuis près de trente ans mais reste profondément attaché à ses racines : la France et son Pas-de-Calais natal. Exilé volontaire, il visite dans cet ouvrage les petits et grands trésors de notre pays, ces merveilles du quotidien qui marquent notre différence mais que, souvent, nous ne savons plus voir ni apprécier. Chaque chapitre est construit comme un tableau dans lequel l’auteur brosse avec tendresse le portrait d’une particularité typiquement française : les bals du 14 Juillet, la passion du pain, le vouvoiement, le parfum, mais aussi les poèmes de Victor Hugo qu’on apprend à l’école ou l’attente fébrile du passage du Tour de France... Tous ces tableaux forment un musée imaginaire dans lequel le lecteur déambule le cœur léger. Un hymne vibrant à la France et à ses innombrables beautés.
Frédéric Hermel est l’une des plumes les plus originales du journalisme sportif et culturel français contemporain. Né dans le Pas-de-Calais, il a passé la plus grande partie de sa vie adulte en Espagne — à Madrid principalement — où il a bâti une carrière de journaliste spécialisé dans le football ibérique, notamment en couvrant le Real Madrid pour des médias français et internationaux. Cette double appartenance — français de naissance, hispanique d’adoption — lui donne un regard particulier sur la France : celui d’un exilé volontaire qui a pris la distance nécessaire pour voir son pays natal avec une clarté que l’immersion totale ne permet pas toujours. C’est ça la France !, publié en 2021, est le fruit de cette distance, un livre d’amour autant que de lucidité sur une France que l’auteur chérit précisément parce qu’il ne l’a pas perdue de vue.
Hermel n’est pas un intellectuel au sens académique du terme — il ne prétend pas l’être. C’est un journaliste, un observateur, un raconteur d’histoires qui a passé des années à sillonner la France profonde lors de ses retours au pays, à s’arrêter dans les petites villes, les villages, les terroirs que la France médiatique et politique tend à ignorer. Ce qu’il y a trouvé — et qu’il partage dans ce livre avec un enthousiasme communicatif — c’est une France vivante, attachante, souvent méconnue, qui résiste à l’homogénéisation culturelle et à la dépression nationale ambiante avec une vitalité tranquille que les grands discours sur le déclin français oublient trop facilement.
À propos de ce livre
C’est ça la France ! est un livre de voyage autant qu’un livre d’amour. Hermel y raconte ses pérégrinations à travers les terroirs français — les plages du Pas-de-Calais, les marchés de Provence, les cafés de bistrot de la France rurale, les stades de football des villes moyennes — avec un style vif, direct et souvent drôle qui rappelle les meilleurs chroniqueurs de presse. Ce n’est pas un livre de géographie ni un guide touristique : c’est un portrait de la France vue par quelqu’un qui l’aime et qui le dit, sans fausse modestie et sans condescendance.
Le fil conducteur de ces pérégrinations est la conviction que la vraie France — la France profonde, populaire, enracinée — est infiniment plus riche et plus intéressante que l’image qu’en donnent les médias parisiens. Contre la France des plateaux télévisés et des think tanks, Hermel propose la France des marchés du samedi matin, des conversations de comptoir, des fêtes locales et des passions sportives régionales. Ce choix du terrain contre l’abstraction, du concret contre le concept, donne au livre une fraîcheur et une authenticité qui tranchent avec la production habituelle des essayistes français sur « l’état de la France ».
Le Pas-de-Calais natal : retour aux sources
Les pages les plus personnelles et les plus émouvantes de l’ouvrage sont celles consacrées au Pas-de-Calais, la région natale d’Hermel. Il y retrouve des paysages et des gens qui lui rappellent pourquoi il est qui il est — une solidarité ouvrière et populaire, une fierté discrète, un humour pince-sans-rire, une façon d’être ensemble qui n’a pas besoin de grandes théories pour s’exprimer. Ces pages ont quelque chose d’universel dans leur particularité : elles parlent à tous ceux qui ont grandi dans une France provinciale et populaire et qui reconnaissent dans les descriptions d’Hermel quelque chose de leur propre expérience.
La région a connu des transformations profondes depuis les années de l’industrialisation et des grandes mines de charbon. La désindustrialisation des années 1980 a laissé des cicatrices profondes dans le tissu social. Mais Hermel ne s’attarde pas sur la nostalgie ni sur la litanie des plaintes : il cherche et trouve, dans ces territoires marqués par la crise, des signes de résistance, d’inventivité et d’attachement au lieu qui témoignent d’une vitalité que les discours sur le « déclin de la France ouvrière » tendent à ignorer.
La France du football et des passions populaires
Journaliste sportif, Hermel ne pouvait pas écrire sur la France sans évoquer le football — ce sport qui est, plus qu’aucun autre en France, le miroir des passions populaires et des identités territoriales. Le football des clubs de province, des stades à moitié pleins, des supporters fidèles par tous les temps est pour Hermel l’une des manifestations les plus authentiques de ce lien entre un territoire et ses habitants que les sociologues appellent parfois « le sentiment d’appartenance ».
Cette dimension du livre touche à quelque chose d’important : la question de ce qui fait tenir ensemble une communauté, de ce qui crée du lien social dans des territoires que la mondialisation a souvent fragilisés. Hermel ne théorise pas ces questions ; il les montre, à travers des scènes et des portraits qui parlent plus directement que tout discours abstrait. Un stade où chantent ensemble des gens de tous âges et de toutes conditions, une fête locale qui réunit le village entier autour d’un barbecue et d’un feu d’artifice artisanal — voilà ce que Hermel cherche et trouve dans la France profonde, et c’est bien plus précieux que tous les rapports sur la cohésion sociale.
Le regard de l’exilé : distance et attachement
L’un des aspects les plus intéressants de ce livre est la façon dont Hermel exploite sa position d’exilé volontaire pour créer un regard à la fois proche et distancié sur la France. Vivant en Espagne depuis trente ans, il a acquis la faculté de voir son pays natal avec des yeux partiellement étrangers — de remarquer ce que les habitants permanents ne remarquent plus parce qu’ils y sont trop habitués. Cette double appartenance lui permet de valoriser des aspects de la France que les Français eux-mêmes ont du mal à apprécier, tellement ils les tiennent pour acquis.
La qualité de vie dans les villes moyennes françaises, la richesse des terroirs culinaires, la variété des paysages, la profondeur de l’histoire locale dans les moindres villages — tout cela, qu’un habitant peut facilement trouver banal, frappe Hermel à chaque retour comme une révélation. Son livre est une invitation à regarder la France avec des yeux neufs, à redécouvrir ce qu’elle a d’extraordinaire sous son apparente ordinaire. C’est un antidote salutaire à cette tendance au déclinisme qui guette souvent les commentateurs français dès qu’ils parlent de leur pays.
Portée métapolitique : France profonde et identité nationale
Pour les lecteurs de Métapolitique, C’est ça la France ! offre un témoignage précieux sur ce que l’on pourrait appeler la France des enracinés — cette France populaire et provinciale dont les préoccupations et les valeurs sont souvent très différentes de celles que met en avant la France des médias parisiens. Le sentiment d’appartenance à un territoire, l’attachement aux traditions locales, le goût de la convivialité et de la solidarité communautaire — toutes ces valeurs que Hermel décrit avec sympathie dans son livre sont précisément celles que les études d’opinion montrent comme les plus répandues dans les couches populaires et dans les territoires périphériques de la France contemporaine.
Ce livre s’inscrit ainsi, involontairement peut-être, dans un corpus plus large de témoignages sur la « France invisible » — celle de Christophe Guilluy, des gilets jaunes, des villes moyennes désindustrialisées et des campagnes oubliées par la mondialisation. Il apporte à ce corpus non pas une analyse théorique mais un regard affectueux et concret qui en constitue la contrepartie humaine indispensable.
Conclusion
C’est ça la France ! est un livre qu’on lit avec plaisir et qu’on referme avec le sentiment d’avoir passé un moment en bonne compagnie. Hermel est un guide sympathique et attentif à travers une France que l’on a peut-être cessé de regarder. Il nous rappelle, avec la simplicité et la sincérité qui sont sa marque, que la France vaut la peine d’être aimée — non pas en dépit de ses contradictions et de ses difficultés, mais avec elles, dans toute leur richesse humaine. C’est peut-être la chose la plus utile qu’un livre puisse faire en ces temps de désenchantement : remettre de l’amour là où il y avait du découragement, et de la curiosité là où il y avait de la résignation.
La gastronomie comme culture vivante
Hermel consacre plusieurs pages mémorables à la gastronomie française — non pas la gastronomie des palaces et des étoiles Michelin, mais celle des marchés, des producteurs locaux, des recettes familiales transmises de génération en génération. Pour lui, la table française n’est pas un simple plaisir hédoniste ; c’est une forme de culture vivante, un lien concret entre un territoire et ses habitants, une façon de perpétuer des savoirs et des goûts qui sont l’expression d’une identité ancrée dans la géographie et dans l’histoire.
Cette dimension culturelle de la cuisine française est souvent évoquée de manière abstraite dans les discours sur l’exception culturelle ou le patrimoine immatériel. Hermel la rend concrète et sensible à travers des scènes de marché, des rencontres avec des producteurs passionnés, des descriptions de plats qui font saliver et qui rappellent à tout Français un goût d’enfance ou une odeur de cuisine familiale. Il montre que la France gastronomique n’est pas morte, contrairement à ce que les prophètes du déclin affirment, mais qu’elle résiste, se réinvente et prospère dans les interstices d’une modernité qui ne sait pas toujours lui faire la place qu’elle mérite.
Les Français et leur rapport au passé
Une observation récurrente dans le livre d’Hermel concerne le rapport particulier des Français à leur histoire et à leur patrimoine. Partout où il va, il trouve des traces d’un passé soigneusement préservé — châteaux, églises, places de village, musées locaux — et une population qui entretient ce patrimoine avec une fierté tranquille qui n’a rien de muséal. Cette conscience historique n’est pas de la nostalgie paralysante ; c’est un enracinement qui donne aux habitants un sentiment de continuité et d’appartenance rare dans un monde d’accélération et de déracinement.
Cette observation prend une dimension particulièrement intéressante sous la plume d’Hermel, qui la compare implicitement à ce qu’il observe en Espagne, où le rapport à l’histoire est souvent plus conflictuel et plus discontinu. La France, dit-il en substance, a la chance d’avoir un rapport à son passé à la fois assumé et vivant — non pas figé dans des commémorations officielles mais incorporé dans les pratiques quotidiennes, les paysages, les traditions locales. C’est un capital culturel d’une valeur inestimable que les Français ont du mal à mesurer précisément parce qu’ils y sont tellement habitués.
L’amitié franco-espagnole et le regard croisé
Vivant en Espagne depuis trente ans, Hermel a développé une perspective comparatiste qui enrichit considérablement son regard sur la France. Il voit son pays natal à travers le prisme de ce qu’il a appris en Espagne — une certaine façon de vivre ensemble, une fierté régionale affirmée, un rapport au temps et à la convivialité différent. Ce regard croisé lui permet de valoriser ce que la France a d’unique et d’irremplaçable — sa culture civique, son goût du débat, son attachement à l’universalisme républicain — sans pour autant tomber dans un nationalisme étroit qui fermerait les yeux sur les défauts et les difficultés réelles.
C’est peut-être ce qui fait le charme particulier de ce livre : il est écrit par quelqu’un qui aime la France avec la lucidité de celui qui l’a quittée et la tendresse de celui qui y revient régulièrement. Cet amour n’est pas aveugle ; il est informé par la comparaison et tempéré par la distance. Mais c’est précisément cette combinaison de lucidité et d’affection qui lui donne sa force et son authenticité, et qui fait de C’est ça la France ! bien plus qu’un simple carnet de voyage : un acte d’amour pour un pays complexe et magnifique que nous aurions tort de ne pas apprécier à sa juste valeur.
La France des festivals et des célébrations
Hermel s’attarde avec délectation sur les innombrables fêtes et festivals qui ponctuent le calendrier de la France profonde. Fêtes de la musique locales, kermesses villageoises, carnavals régionaux, foires agricoles, fêtes du vin et des terroirs — autant de moments où une communauté se retrouve pour célébrer ce qui lui est propre, pour rappeler ses origines et confirmer son appartenance. Ces fêtes sont souvent ignorées par les médias nationaux, qui leur préfèrent les grands événements culturels parisiens ou les festivals labellisés. Et pourtant, ce sont elles qui structurent le temps collectif de millions de Français et qui maintiennent vivant le sentiment d’appartenance à une communauté locale.
Il y a dans cette attention aux fêtes populaires quelque chose qui rappelle les analyses de sociologues comme Émile Durkheim sur la fonction des rituels collectifs dans la cohésion sociale. Hermel ne cite pas Durkheim — ce n’est pas son registre — mais il illustre par des exemples concrets et vivants la thèse que les rites festifs collectifs sont indispensables au maintien du lien social, et que leur disparition ou leur marginalisation constitue un vrai appauvrissement de la vie communautaire. C’est une intuition profonde qui mérite d’être prise au sérieux, au-delà du plaisir simple qu’on prend à lire ses descriptions.
Conclusion : pour une France aimée
En définitive, C’est ça la France ! est un livre qui nous invite à regarder notre pays — ou le pays de nos ancêtres — avec de nouveaux yeux. Un pays où il y a encore des marchés le samedi matin, des cafés où l’on discute, des stades où l’on vibre, des tables où l’on partage, des paysages qui racontent l’histoire de ceux qui les ont façonnés génération après génération. Hermel nous rappelle que cette France-là n’a pas disparu, qu’elle résiste, qu’elle mérite d’être défendue et célébrée. Et dans une époque où le pessimisme sur la France semble parfois être devenu un sport national, ce rappel est non seulement agréable à lire mais profondément nécessaire. Car aimer un pays, ce n’est pas l’idéaliser ni fermer les yeux sur ses problèmes, c’est le regarder avec assez d’attention et de respect pour en voir à la fois les failles et les richesses, et choisir de se battre pour qu’il reste ce qu’il a de meilleur. C’est le message de Frédéric Hermel, et c’est un message dont nous avons plus que jamais besoin. Ce livre simple et généreux, écrit avec le cœur autant qu’avec la plume, est un antidote précieux au déclinisme ambiant et une invitation sincère à redécouvrir ce qui fait la valeur et le charme durables d’un pays qui a encore tant à offrir à ceux qui savent le regarder. Et si ce livre réussit à convaincre ne serait-ce qu’une poignée de lecteurs de partir à la découverte de cette France-là — celle des terroirs, des marchés, des stades de province, des cafés de village et des fêtes populaires — il aura amplement rempli sa mission : rappeler que la France ne se résume pas à ce que montrent les plateaux télévisés, et que le meilleur d’elle-même se trouve souvent là où les caméras ne vont pas. Voilà pourquoi ce témoignage enthousiaste et sincère mérite une place de choix dans toute bibliothèque française digne de ce nom. Un livre qui fait du bien, en somme, et dont la France, en ce début de XXIe siècle tourmenté, a particulièrement besoin.
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