Immigration, idéologie et souci de la vérité
Positionnement idéologique
Cet ouvrage de Michèle Tribalat constitue une critique acerbe de la production statistique et du discours médiatique concernant l’immigration en France. L’auteure y dénonce une hégémonie idéologique au sein des institutions savantes, comme l’Ined, qui conduirait à une dissimulation ou à une minimisation délibérée des réalités démographiques pour ne pas alimenter les thèses de l'extrême droite. À travers une analyse rigoureuse, elle expose les approximations méthodologiques et les biais de recherche qui transforment, selon elle, la science en un outil de militantisme politique. L'objectif final de ce texte est de réhabiliter le pluralisme scientifique et de mettre en garde contre une élite intellectuelle qui, par arrogance, disqualifie les perceptions populaires au profit d'un récit jugé moralement correct mais factuellement fragile.
Michèle Tribalat, démographe ayant œuvré près de quarante ans à l’INED, se présente comme une voix dissidente et rigoureuse face à ce qu’elle nomme « l’élite du bon goût ». Sa pensée, structurée autour de la dénonciation d’un déni statistique et idéologique, propose une lecture de l’immigration radicalement opposée à celle de la majorité des démographes institutionnels (INED, INSEE, CNRS, Collège de France, instances européennes comme Eurostat).
La posture de la « vérité » contre l’idéologie
Le cœur de la réflexion de Tribalat repose sur l’idée que la recherche française sur l’immigration est corrompue par un « militantisme académique ». Elle accuse les institutions et les intellectuels médiatisés de pratiquer un « volontarisme dans le mensonge » : ils chercheraient non pas à découvrir la vérité, mais à protéger un système de croyance pro-immigration en abolissant les faits qui le contrarient. Pour elle, la démographie est devenue une discipline en voie d’auto-liquidation car elle préfère la satisfaction morale à l’exactitude technique.
Une critique technique et méthodologique acerbe
Tribalat se pose en gardienne de la « culture technique » contre l’arrogance des « décodeurs ». Elle déconstruit méthodiquement les outils utilisés par ses pairs pour, selon elle, « minorer » l’immigration :
- Le solde migratoire : Elle le considère comme une notion mal maîtrisée qui réduit l’immigration à un « petit ruisseau » en compensant les entrées d’immigrés par les sorties de natifs, masquant ainsi l’ampleur des flux réels.
- La fécondité : Elle fustige l’usage impropre du terme « taux de fécondité » par des experts comme François Héran, qui selon elle, minimiseraient l’impact démographique de l’immigration en ignorant l’importance de la structure par âge.
- La naturalisation du phénomène : Elle rejette l’idée de l’immigration comme une fatalité biologique (le « surcroît inattendu ») comparable au baby-boom, y voyant un artifice pour délégitimer toute volonté de maîtrise politique.
La défense des « gens ordinaires »
L’auteur adopte une posture populiste (au sens scientifique) en affirmant que les perceptions communes des citoyens ne sont pas forcément erronées. Elle reproche aux élites de mépriser le ressenti de la population au nom d’abstractions statistiques qu’elles ne maîtrisent d’ailleurs pas toujours. C’est là qu’elle rejoint partiellement les préoccupations de Renaud Camus : sans valider sa méthode poétique, elle considère que les chiffres officiels échouent à décrire la réalité vécue, notamment les concentrations géographiques.
Perspective critique : Une objectivité à géométrie variable ?
Si Michèle Tribalat revendique le « souci de la vérité », son approche peut elle-même faire l’objet de critiques :
- Une asymétrie du décodage : Elle admet elle-même que sa curiosité n’est éveillée que par ce qui lui déplaît. En se focalisant exclusivement sur les erreurs de « l’élite du bon goût », elle court le risque de produire une contre-idéologie tout aussi orientée.
- L’usage de termes chargés : L’utilisation de concepts comme les « natifs au carré » pour désigner la population d’origine non immigrée montre que sa propre sémantique n’est pas neutre et réintroduit une forme de distinction ethnique qu’elle reproche parfois à d’autres de masquer ou de mal manipuler.
- Un isolement institutionnel : Sa critique radicale des comités de lecture et des institutions scientifiques pose la question de la validité de ses propres travaux : peut-on être la seule détentrice de la rigueur contre l’ensemble d’une communauté de chercheurs ? Ses publications chez un éditeur engagé comme L’Artilleur renforcent l’image d’une chercheuse dont la pensée sert de socle à une vision politique restrictive de l’immigration.
En somme, la pensée de Michèle Tribalat est un cri d’alarme contre la « déculturation technique » de la démographie française, qu’elle juge inféodée à un antiracisme devenu méthode scientifique au détriment de l’honnêteté factuelle.
Introduction
Le mépris des « gens ordinaires » par l’élite
Michèle Tribalat commence par dénoncer une fracture entre les perceptions communes de la population et le discours des journalistes, intellectuels, chercheurs et politiques. Selon elle, cette élite se positionne « en surplomb » et considère systématiquement que les inquiétudes des citoyens ordinaires sont erronées ou dictées par de fausses informations dès qu’elles déplaisent au dogme dominant. L’élite se donne alors pour mission de ridiculiser ou de démentir ces perceptions.
L’idéologie et le « volontarisme dans le mensonge »
S’appuyant sur les travaux de Jean-François Revel, l’auteure affirme que cette élite ne cherche plus la vérité mais la protection d’un système de croyances. Elle utilise l’expression de « volontarisme dans le mensonge » : les intellectuels auraient tendance à abolir délibérément les faits qui contrarient la thèse qu’ils veulent accréditer. Loin d’être des « médecins » analysant les maux de la société, ils en seraient les symptômes par leur refus obstiné de voir les réalités contraires à leurs préjugés.
La « déculturation technique » des chercheurs
Tribalat pointe une baisse de rigueur dans les sciences sociales, marquée par une « déculturation technique ». Elle dénonce plusieurs dérives professionnelles :
- L’inversion de la motivation : Au lieu de partir d’une question pour trouver une réponse, le chercheur partirait de la réponse souhaitée (par exemple, confirmer l’omniprésence des discriminations) pour déterminer sa méthode, éliminant ainsi le doute et la curiosité.
- La désinvolture du fact-checking : Les rubriques de « décodage » ou « détox » négligeraient l’exactitude des faits (datation, sources, limites des chiffres) au profit du plaisir de « faire la leçon ».
- La responsabilité des institutions : L’auteure accuse des organismes comme l’Ined, l’Insee ou le Cnis de perdre leur boussole institutionnelle en laissant passer des écrits douteux par complaisance idéologique.
L’« hémiplégie » du décodage
L’auteure souligne une asymétrie dans la vérification de l’information, qu’elle qualifie d’« hémiplégie du décodage ». Les erreurs grossières ne seraient relevées par les décodeurs que lorsqu’elles émanent de personnes classées du « mauvais côté ». Pour rester du « bon côté », il y aurait selon elle des passages obligés :
- Rassurer sur les performances de la fécondité française en niant l’apport de l’immigration.
- Minorer, relativiser ou naturaliser systématiquement les flux migratoires.
- S’élever par tous les moyens contre la thèse du « Grand Remplacement ».
François Héran : la figure centrale de la critique
Tribalat annonce que son livre décodera ce que les experts n’ont pas voulu voir, en ciblant particulièrement François Héran. Bien qu’il occupe des fonctions prestigieuses (Collège de France, Institut Convergences Migrations), elle le décrit comme la figure emblématique des « approximations péremptoires » et de la déculturation de la pratique démographique. Elle conclut en citant ironiquement Héran lui-même sur la nécessité de la rigueur scientifique, suggérant qu’il échoue à ses propres principes.
Première partie – Relativiser, minorer l’immigration étrangère
La première partie de l’ouvrage s’attache à démontrer comment certains experts et médias utilisent les chiffres pour contredire les perceptions communes, souvent jugées erronées par « l’élite du bon goût ». L’auteure y analyse trois stratégies principales de manipulation statistique.
La relativisation historique fallacieuse
L’auteure critique un argument récurrent, relayé par des médias comme Mediapart ou CNews, affirmant que la France accueillerait moins d’immigrés extra-européens aujourd’hui que dans les années 1970.
- Erreur de comparaison : Tribalat souligne que les outils statistiques des années 1970 ne sont pas comparables aux outils actuels (comme AGDREF).
- Réalité des flux : En s’appuyant sur les recensements, elle démontre que le nombre moyen d’entrées nettes d’immigrés hors Europe est bien plus élevé au XXIe siècle que durant la période 1968-1975.
- Proportion d’immigrés : Elle note que si cette proportion a stagné à 7,4 % entre 1975 et 1999, elle a repris sa hausse pour atteindre 10,2 % en 2020.
L’usage abusif du « solde migratoire »
Michèle Tribalat dénonce l’utilisation du solde migratoire (différence entre entrées et sorties) comme un outil visant à réduire l’immigration à un « petit ruisseau ».
- Un indicateur mal mesuré : La France ne dispose pas de registres de population précis pour les sorties ; le solde est donc un résidu statistique incluant des ajustements et des aléas de sondage.
- La compensation par les natifs : Elle critique Hervé Le Bras qui, en 2017, annonçait un apport migratoire « modeste » de 58 000 personnes. Tribalat explique que ce chiffre est artificiellement bas car les entrées massives d’immigrés sont compensées par les départs de natifs. De plus, les chiffres définitifs de l’Insee pour 2017 ont finalement révélé un solde global de +154 000.
- Le cas Bernard-Henri Lévy : Elle fustige les propos de BHL affirmant que le solde migratoire européen était nul en 2015, alors qu’Eurostat l’estimait à 1,8 million cette année-là.
Les contradictions de François Héran
L’auteure pointe l’incohérence des chiffres avancés par François Héran selon ses objectifs politiques du moment.
- Gonfler les chiffres pour relativiser (2020) : Lors de la pandémie, pour délégitimer la fermeture des frontières, Héran a estimé les entrées annuelles à 540 000 ou 550 000. Son but était de noyer ce chiffre dans les 90 millions de visites touristiques pour affirmer que l’immigration n’est qu’une « aiguille dans une botte de foin » (0,6 %).
- Minorer les chiffres pour critiquer (2017) : Trois ans plus tôt, pour critiquer la droite (Nicolas Sarkozy et François Fillon), il soutenait au contraire une « remarquable stabilité » des flux autour de 200 000 entrées par an.
- Déni de croissance : Tribalat montre qu’en réalité, entre 2002 et 2016, le nombre de premiers titres de séjour a augmenté de 45 %, contredisant la thèse de la stabilité défendue par Héran pour doucher tout espoir de réduction de l’immigration.
En résumé, Tribalat accuse ces experts de pratiquer un « volontarisme dans le mensonge » en adaptant leurs méthodes de calcul pour que les résultats s’accordent toujours avec l’idéologie pro-immigration.
Deuxième partie – Réfuter les perceptions communes sur les effets démographiques de l’immigration étrangère
La deuxième partie s’attaque à ce qu’elle perçoit comme une entreprise de déconstruction des inquiétudes populaires par une élite intellectuelle et médiatique. Elle y analyse comment des experts et des journalistes tentent de réfuter les perceptions communes sur les conséquences démographiques de l’immigration en utilisant des outils techniques souvent mal maîtrisés ou détournés.
Le rôle minoré de la fécondité des immigrées
L’auteure critique vivement une publication de l’Ined (co-signée par François Héran et Gilles Pison) affirmant que l’immigration contribue peu à la fécondité française.
- Indicateur contre réalité : Tribalat souligne que ces experts utilisent l’Indicateur Conjoncturel de Fécondité (ICF) pour minimiser l’impact de l’immigration (qui ne rehausserait l’indice que de 0,1 enfant). Or, elle explique que cet indicateur élimine l’effet de la structure par âge. Comme les femmes immigrées sont plus jeunes, elles contribuent en réalité à près de 19 % des naissances totales en 2017, bien plus que ce que suggère l’impact sur l’ICF.
- L’erreur technique : Elle accuse les auteurs d’appeler l’ICF « taux de fécondité », ce qui est une impropriété technique grave pour des démographes, car cela induit une confusion avec un pourcentage.
- Complaisance médiatique : Elle raille Laurent Joffrin (Libération) qui, séduit par la thèse de l’Ined, a écrit que la fécondité des immigrées baissait à « moins de 2 % », prenant l’indice pour un pourcentage sans être corrigé par Héran, car son article servait la « bonne cause » idéologique.
La critique du « décodage » médiatique
Ce chapitre examine les rubriques de fact-checking qui prétendent « purifier » les esprits des idées reçues.
- Confusion sémantique : Elle pointe le manque de culture démographique des journalistes. Par exemple, sur France Culture, un journaliste demande si « les immigrés seront plus nombreux s’ils font plus d’enfants », oubliant que par définition, un enfant né en France n’est pas un immigré.
- Lapsus et déni : L’auteure analyse une vidéo de Julien Pain (France Info) sur le « Grand Remplacement » où François Héran commet des lapsus révélateurs, affirmant notamment qu’il ne faudrait pas faire « retourner en France » les descendants d’immigrés (au lieu de leur pays d’origine), trahissant une vision où la migration ne se conçoit que dans un sens.
- L’erreur du journal Le Monde : Elle relate comment « Les Décodeurs » ont affirmé que les immigrés et descendants d’origine extra-européenne ne représentaient que 5 % de la population, avant de corriger ce chiffre à 12 % suite à sa propre interpellation.
La « naturalisation » de l’immigration
Tribalat dénonce ici la stratégie consistant à présenter l’immigration non plus comme un choix politique, mais comme une fatalité biologique ou naturelle.
- Le concept de « surcroît inattendu » : François Héran compare l’immigration au baby-boom ou à l’allongement de l’espérance de vie. Selon lui, la France a accueilli « trois tiers » de population supplémentaire (bébés, vieux, immigrés) auxquels l’État doit simplement adapter ses capacités d’accueil.
- Délégitimation du politique : Pour Tribalat, cette analogie est fallacieuse car elle met sur le même plan des phénomènes endogènes (naissances) et un flux exogène (immigration) qui relève du droit et de la souveraineté.
- Le « destin » migratoire : Elle critique la conclusion de Héran selon laquelle il ne faut être « ni pour ni contre l’immigration » mais vivre « avec elle », ce qui revient à demander aux citoyens d’être aussi indifférents à l’entrée d’étrangers qu’ils le sont au vieillissement de la population.
En résumé, cette partie dénonce l’usage de modélisations mal maîtrisées et de glissements sémantiques destinés à disqualifier les perceptions de la population en les faisant passer pour des erreurs statistiques.
Troisième partie – Approximations au doigt mouillé
La troisième partie dénonce ce qu’elle considère comme un laxisme et une « roublardise » de la sphère savante pro-immigration, qui préférerait l’idéologie à la rigueur démographique. L’auteure y fustige une tendance à l’approximation qui, selon elle, dispense les chercheurs de prouver leurs thèses dès lors qu’elles s’accordent avec le message médiatique dominant.
Les erreurs d’Hervé Le Bras sur l’état civil et les origines
Dans ce chapitre, Tribalat s’attaque aux affirmations d’Hervé Le Bras, qu’elle juge parfois à la limite du « mensonge ».
- La question des unions mixtes : Elle critique la vision de Le Bras selon laquelle la citoyenneté effacerait l’origine, soulignant que l’endogamie (notamment religieuse chez les musulmans) est un frein majeur à l’assimilation que le chercheur choisirait d’ignorer.
- L’erreur sur les bulletins de naissance : L’auteure relève une bévue technique majeure : Le Bras affirme que l’état civil comptabilise l’origine des parents et des grands-parents. Les sources précisent qu’un bulletin de naissance ne contient aucune information sur les grands-parents et ne permet pas de distinguer les Français de naissance des Français par acquisition.
- Des projections fantaisistes : Elle conteste sa prédiction selon laquelle 50 % des naissances en 2050 seraient issues de l’immigration, qualifiant ce calcul de « prévision au doigt mouillé » dénuée de base statistique réelle.
- Déni de la croissance démographique au Maghreb : Tribalat réfute l’idée de Le Bras d’une stabilisation des populations au nord du Sahara, citant le cas de l’Algérie où l’accroissement naturel a presque doublé entre 2000 et 2018.
François Héran et le comptage fluctuant des musulmans
Ce chapitre examine les méthodes de François Héran pour estimer la population musulmane en France, qu’il ferait varier selon ses besoins démonstratifs.
- Des arrondis massifs : Tribalat accuse Héran de « fétichiser » les chiffres ronds, arrondissant par exemple des données de l’Insee de manière à créer un écart de près de 1,3 million de personnes.
- La population musulmane à géométrie variable : L’auteure note une incohérence flagrante : en 2017, Héran estimait la population d’origine musulmane à environ 8,4 millions (soit 12,5 % de la population), mais ce chiffre tombe à 6,2 millions dans ses déclarations de 2020. Elle souligne ainsi une « perte » inexpliquée de 2 millions de personnes en trois ans.
- L’analogie avec les accidents de la route : Héran utilise ses estimations pour calculer par cascade un nombre de djihadistes potentiels (environ 3 000) afin de le comparer aux 3 200 morts annuels sur la route. Pour les sources, ce calcul vise uniquement à conclure que si l’on n’interdit pas la voiture, on ne peut interdire l’immigration, une démonstration jugée fallacieuse par Tribalat.
- Un double standard vis-à-vis du Pew Research Center : Les sources rapportent que Le Bras et Héran critiquent violemment les projections du centre de recherche américain Pew (pourtant transparent sur ses méthodes) au motif qu’elles alimenteraient la peur, tout en produisant eux-mêmes des chiffres fondés sur une méthodologie obscure.
En conclusion de cette partie, l’auteure estime que la satisfaction idéologique et le prestige des titres (comme celui de professeur au Collège de France) protègent ces chercheurs de toute remise en cause scientifique sérieuse par les médias ou les « décodeurs ».
Quatrième partie – Esprit du temps Arrogance sur fond de déculturation technique
La quatrième partie de l’ouvrage de Michèle Tribalat, intitulée « Esprit du temps Arrogance sur fond de déculturation technique », constitue une critique radicale du « militantisme académique ». L’auteure y dénonce une communauté de chercheurs qui, soutenue par des institutions comme l’Ined ou l’Insee, ferait primer l’idéologie et la « conception victimaire » sur la rigueur scientifique.
La critique de l’enquête « Trajectoires et origines » (TeO)
Tribalat analyse les enquêtes TeO1 (2008) et TeO2 (2020) comme des outils servant à valider un postulat idéologique : la responsabilité exclusive de la société d’accueil dans les difficultés d’intégration.
- Subjectivité transformée en faits : Elle reproche au questionnaire d’induire des biais. Par exemple, demander si un refus d’emploi était « injuste » ou si l’on « pense qu’on pourrait être victime » de racisme recueille un ressenti subjectif que les chercheurs traitent ensuite comme une donnée objective.
- Déni du racisme envers les « natifs au carré » : L’auteure souligne que l’enquête traite le racisme déclaré par les Français nés de parents français (15 % des répondants) comme imaginaire ou de faible gravité, alors qu’elle qualifie celui subi par les minorités de « massif et récurrent » sans preuve factuelle supplémentaire.
- Manipulation des données religieuses : Elle conteste la conclusion de l’Ined sur une « sécularisation » de l’islam. Elle rappelle que la transmission religieuse est passée de 43 % à 87 % en quelques générations, et accuse les auteurs de « ruse » statistique pour masquer ce renforcement.
- Biais du CNIS pour TeO2 : Elle relate les débats au CNIS visant à inclure un échantillon de petits-enfants d’immigrés (G3) uniquement pour vérifier s’ils sont des « minorités visibles », afin d’expliquer pourquoi des « majoritaires » se disent victimes de racisme. Elle fustige une dépense d’argent public destinée à masquer une focalisation ethnique.
L’Insee et le refus du dénombrement
Tribalat accuse l’Insee de pratiquer une « réécriture de l’histoire » en prétendant produire des statistiques ethniques depuis longtemps.
- Obstruction au recensement : Elle dénonce le refus systématique d’introduire des questions sur l’origine des parents dans le recensement obligatoire (EAR), alors que ces questions fonctionnent techniquement dans d’autres enquêtes.
- Justification morale : Selon elle, l’Insee n’accepte de traiter des origines que sous l’angle de la lutte contre les discriminations, délaissant sa mission première qui est le dénombrement précis de la population.
La « démolition » de Stephen Smith
L’auteure revient sur la polémique entourant l’ouvrage de Stephen Smith, La ruée vers l’Europe. Elle y voit un exemple d’arrogance institutionnelle de la part de François Héran.
- Erreur méthodologique de Héran : Héran a critiqué Smith en utilisant une projection basée sur des taux de migration constants. Tribalat démontre que si l’on applique la méthode de Héran rétrospectivement à la période 1982-2015, elle échoue totalement à prédire la réalité, prouvant que les taux de migration ne sont pas constants.
- Arrogance académique et titres : Elle dénonce la stratégie de Héran visant à délégitimer Smith en prétendant qu’il n’est pas un « vrai » universitaire, alors qu’il est Full Professor of Practice à l’Université Duke. Pour elle, Héran utilise son prestige au Collège de France pour imposer un « abus de confiance » scientifique.
L’exécution de Christophe Guilluy et le déni du débat
L’auteure dresse un parallèle avec le traitement réservé au géographe Christophe Guilluy après la parution de No Society.
- Excommunication : Des collectifs de chercheurs ont refusé le débat au profit d’attaques ad hominem, contestant sa légitimité parce que ses thèses plaisent à la droite ou au RN.
- L’antiracisme comme substitut à la science : Tribalat relate un débat sur France Culture où ses contradicteurs (comme Manuel Cervera Marzal) admettaient ne pas avoir lu Stephen Smith tout en le qualifiant de « xénophobe ». Elle conclut que dans ce milieu, l’engagement militant (être « honnêtement antiraciste ») remplace désormais la neutralité du chercheur.
En résumé, cette partie dépeint un univers académique où l’arrogance des titres et l’alignement sur l’esprit du temps (« virtue-signalling ») conduisent à une déculturation technique : les chercheurs ne cherchent plus à découvrir la réalité, mais à fabriquer des preuves pour soutenir leurs convictions politiques.
Cinquième partie – Les bêtises proférées par des politiques qui ignorent ce qu’ils ne savent pas
La cinquième partie dénonce l’ignorance factuelle de nombreux responsables politiques qui, quelle que soit leur affiliation, manipulent des chiffres sur l’immigration sans en comprendre la source ou la réalité statistique.
L’auteure souligne que ces erreurs relèvent souvent moins d’une volonté délibérée de tromper que d’une méconnaissance profonde des données élémentaires, illustrée par plusieurs cas marquants :
La confusion technique de Valérie Pécresse
L’auteure cite une intervention de Valérie Pécresse en avril 2021 sur Europe 1. Interrogée sur les 276 000 premiers titres de séjour délivrés en 2019, l’élue a tenté d’en décrire la composition en incluant les demandeurs d’asile et les mineurs isolés. Or, Tribalat précise que :
- Les demandeurs d’asile ne figurent pas dans cette statistique tant qu’ils n’ont pas obtenu l’asile ou un titre de séjour pour un autre motif.
- Les mineurs isolés n’y sont pas non plus, car aucun mineur étranger n’est obligé de détenir un titre de séjour. Les journalistes présents n’ont pas relevé ces erreurs, faute d’avoir eux-mêmes consulté les publications du ministère de l’Intérieur.
Le « cortège de bêtises » à l’Assemblée nationale
Tribalat relate une audition de 2018 à la Commission des Affaires étrangères où deux erreurs majeures se sont entrechoquées :
- Clémentine Autain a affirmé que la Seine-Saint-Denis recevait 310 000 demandes d’asile par an, un chiffre extravagant alors que la France entière n’en comptait que 100 000.
- Gérard Collomb, alors ministre de l’Intérieur, a corrigé Mme Autain mais a commis une bévue « plus magistrale encore » en estimant la population d’origine étrangère en Île-de-France à 200 000 personnes, qualifiant ce chiffre d’important.
- L’analyse de Tribalat : L’auteure s’indigne de cette estimation ministérielle qui ne représenterait que 1,7 % de la population francilienne (12,1 millions d’habitants). En réalité, rien que le nombre d’immigrés s’élevait à 2,3 millions en 2015, et 42,1 % des moins de 18 ans dans la région étaient d’origine étrangère. Elle s’étonne qu’aucun député présent n’ait réagi à cette absurdité.
La bévue de Jean-Paul Delevoye
En 2019, Jean-Paul Delevoye a affirmé que l’Europe aurait besoin de 50 millions d’étrangers pour équilibrer sa population active en 2050. Tribalat déconstruit cet argument en montrant qu’il repose sur un rapport des Nations unies de l’an 2000, totalement obsolète :
- Erreur de colonne : Delevoye a confondu la colonne visant à maintenir la population totale (47,4 millions) avec celle nécessaire pour maintenir la population active, qui aurait exigé près de 80 millions de migrants.
- Anachronisme : Le rapport datait de 1995 et concernait une Union européenne à 15 membres, ce qui rend les projections inapplicables à l’UE à 28.
- Contresens idéologique : Tribalat rappelle que ce rapport de l’ONU était en réalité un exercice par l’absurde visant à démontrer que l’immigration ne peut pas résoudre seule le problème du vieillissement, et non une préconisation politique.
En synthèse, cette partie de l’ouvrage fustige une classe politique qui, incapable de distinguer les flux nets des stocks ou les définitions juridiques des réalités démographiques, finit par proférer des bêtises avec une assurance qui désarme les décodeurs.
Conclusion
La conclusion de l’ouvrage de Michèle Tribalat, placée sous l’égide de la citation de Philip K. Dick — « La réalité est ce qui ne disparaît pas quand vous cessez d’y croire » —, constitue une synthèse des critiques adressées à la recherche démographique contemporaine en France.
La « sociologisation » militante de la démographie
Michèle Tribalat estime que la démographie s’est transformée en une discipline militante calquée sur l’« académisme radical » de la sociologie. Le chercheur ne cherche plus à dialoguer mais à mettre en défaut le « sens commun » de l’homme ordinaire, jugé moralement inacceptable et dépourvu de goût. L’objectif n’est plus la vérité scientifique, mais l’affirmation d’un ascendant moral et intellectuel au sein d’un milieu académique et médiatique qui fonctionne à la « satisfaction idéologique ».
Des outils techniques au service de la minimisation
L’auteure souligne que les chercheurs utilisent délibérément des concepts techniques pour servir leur récit politique :
- Le solde migratoire : Il est privilégié car c’est l’indicateur le moins apte à refléter les flux réels, permettant ainsi de minimiser l’importance de l’immigration.
- Des estimations fluctuantes : Les chiffres (comme le nombre de musulmans) varient selon les besoins du moment, sans que l’absence de sources ou de méthodologie ne soit jamais reprochée aux chercheurs « en cour ».
- Le paradoxe de la perception : Si les citoyens surestiment souvent les chiffres par manque de repères, le problème majeur réside dans le fait que le chercheur se fixe pour mission de réfuter ces perceptions au lieu de collecter scrupuleusement l’information objective.
Le « volontarisme dans le mensonge »
Tribalat dénonce ce qu’elle appelle le « volontarisme dans le mensonge ». Elle cite notamment :
- L’enquête TeO de 2008 : Elle l’accuse d’avoir « fabriqué » des résultats habillés d’une technicité frauduleuse pour plaire aux médias.
- L’étude sur les prénoms : Elle mentionne une étude parue dans Population & Sociétés affirmant que les petits-enfants d’immigrés portaient des prénoms très intégrés (comme Nicolas), étude dont elle souligne la remise en cause radicale par le chercheur Jean-François Mignot pour cause de méthodologie douteuse.
La stratégie de la délégitimation et de l’excommunication
Lorsque les arguments scientifiques manquent, les chercheurs utiliseraient des terrains de substitution pour l’emporter :
- Délégitimation par les titres : Elle critique le mépris affiché envers des auteurs comme Stephen Smith ou Christophe Guilluy, dont les titres universitaires sont contestés pour éviter de débattre du fond.
- Le goudron et les plumes : Les étiquettes d’extrême droite ou les rapprochements avec le « point Godwin » servent de signal pour disqualifier tout contradicteur.
- Un double standard moral : Elle note que François Héran a violemment attaqué une erreur d’Éric Zemmour sur le « taux de fécondité », tout en accordant un oubli bienveillant à Laurent Joffrin pour une bévue identique.
La fin du pluralisme et l’intimidation académique
L’auteure s’inquiète de l’uniformisation idéologique dans les universités. Citant Éric Kaufmann, elle évoque une « falsification des préférences » : les chercheurs dissidents s’autocensurent ou cachent leurs opinions pour obtenir des financements ou des promotions. Elle dénonce le profilage idéologique des postes universitaires où l’on exige désormais des candidats qu’ils adhèrent à des concepts comme la « justice globale » ou l’analyse des « axes de domination ».
En conclusion, Michèle Tribalat appelle à un retour au pluralisme des opinions au sein de la sphère académique. Pour elle, c’est la seule condition pour que le débat démocratique soit sain et pour que les citoyens retrouvent confiance en une expertise qui ne chercherait plus à les manipuler ou à les réformer, mais à les éclairer honnêtement.
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