Contre-histoire de la philosophie tome 7 : La construction du surhomme
Positionnement idéologique
Ce texte présente un volet consacré au “Grand Homme” dans le XIXe siècle, complémentaire des deux tomes précédents d’Onfray, L’eudémonisme social : philosophie des masses, Les radicalités existentielles : philosophie des individus. Ici, il s’agit du troisième axe : la construction du surhomme, c’est-à-dire l’aspiration du Grand Homme à une vie sublime. Le texte met en avant Jean-Marie Guyau (1854-1888), tuberculeux mais porté par une discipline stoïcienne, qui développe une philosophie vitaliste opposée à la morale kantienne. Il valorise l’action, le risque, la dépense, la générosité, au point d’apparaître comme un possible « Nietzsche français ». Mais cette pensée comporte aussi un versant ambigu : hygiénisme, racialisme, natalisme, présentés comme des thèmes pouvant annoncer certains aspects idéologiques du XXe siècle. Guyau défend enfin une forme d’immortalité panthéiste, fondée sur les traces laissées par un amour puissant. Le texte relie ensuite cette métaphysique à Nietzsche (1844-1900) et à sa figure du Surhomme : Nietzsche évoluerait de Schopenhauer et Wagner vers une période épicurienne, avant d’aboutir au surhomme (souvent caricaturé). Le Surhomme désigne ici l’individu qui accepte pleinement la volonté de puissance, la veut, puis l’aime, afin d’atteindre une jubilation supérieure — une technique de sagesse accessible à tous.
Michel Onfray (né en 1959 à Argentan) est philosophe, essayiste et fondateur de l’Université populaire de Caen. Dans sa Contre-histoire de la philosophie, il réhabilite la tradition matérialiste et hédoniste que l’histoire officielle de la philosophie a marginalisée. Le septième tome se concentre sur le XIXe siècle et la figure du « grand homme » — celui qui dépasse les conventions morales de son époque pour forger une existence supérieure.
À propos de ce livre
Le septième tome de la Contre-histoire de la philosophie (2011) est consacré à Jean-Marie Guyau et Friedrich Nietzsche, deux philosophes du dépassement de soi. Onfray y montre comment Guyau, philosophe français mort à 33 ans et aujourd’hui oublié, a préfiguré Nietzsche dans sa critique de la morale kantienne et sa défense d’une morale vitaliste fondée sur la générosité et l’élan vital. Ensemble, ils construisent la figure philosophique du surhomme comme idéal existentiel.
Résumé chapitre par chapitre
Jean-Marie Guyau : le vitalisme moral
Guyau (1854-1888) est présenté comme un génie méconnu qui a élaboré une morale fondée non sur le devoir kantien mais sur la vie elle-même. Sa thèse centrale — « vivre c’est rayonner » — propose que la générosité, le risque et l’action créatrice constituent les valeurs morales les plus hautes, parce qu’elles expriment la surabondance de la vie plutôt que sa répression.
Critique de la morale kantienne
Onfray montre comment Guyau, avant Nietzsche, a démoli le fondement de la morale kantienne : l’impératif catégorique est une abstraction mortifère qui nie la diversité des individus et la richesse du sensible. Contre l’universalisme moral kantien, Guyau défend une morale du cas par cas, sensible aux circonstances et aux corps particuliers.
Nietzsche : du Schopenhaurisme à Wagner
La seconde moitié du tome retrace l’itinéraire intellectuel de Nietzsche depuis ses premières influences (Schopenhauer, Wagner) jusqu’à la rupture libératrice des années 1878-1882. Onfray montre comment Nietzsche se dégage progressivement du pessimisme schopenhauerien et du romantisme wagnérien pour construire une philosophie affirmative de la vie.
Le moment épicurien de Nietzsche
Onfray insiste sur une dimension souvent négligée de Nietzsche : sa dette envers Épicure. Durant la période de Humain, trop humain et Le Gai Savoir, Nietzsche développe une philosophie du plaisir, de l’amitié et de la légèreté qui réconcilie sa pensée avec la tradition hédoniste antique. Cette phase « épicurienne » est le fondement sur lequel se construit ensuite la philosophie du surhomme.
La construction du Surhomme
Onfray analyse la figure nietzschéenne du surhomme (Übermensch) non comme fantasme raciste mais comme idéal existentiel : l’homme qui a surmonté le nihilisme, qui crée ses propres valeurs et assume pleinement la vie avec ses souffrances et ses joies. Cette figure, héritière de Guyau autant que de Nietzsche, clôt le tome sur une vision philosophique du dépassement de soi.
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