L’art de jouir
Positionnement idéologique
Par tradition, on n'aime pas le corps dans l'histoire de la philosophie. Cette méfiance immémoriale semble, de surcroît, privilégier deux appendices qui disent la parenté de l'homme et de l'animal : le nez et le phallus. Afin de conjurer une telle proximité, l'Occident a inventé des corps purs et séraphiques, mis en forme par des machines à faire des anges : de la castration au mariage bourgeois, en passant par toutes les techniques de l'idéal ascétique. Pour Michel Onfray, un tel état de fait ne saurait durer. Et au fil d'analyses enjouées, qui ne manquent jamais ni de précision ni de clarté, il rappelle que souvent les philosophes ont découvert leurs intuitions essentielles à la suite de crises qui mettaient en jeu la machine corporelle. Ce qui revient à montrer que l'histoire de la philosophie ne se réduit pas à une pure histoire de l'esprit. Puis, poursuivant sa réflexion, il propose de dépasser la lignée morale, qui va de Platon à nos modernes contempteurs du corps, pour réhabiliter une pensée hédoniste dont l'époque éprouve le plus grand besoin. Des cyrénaïques aux enragés de Mai 68, en passant par les gnostiques licencieux, les Frères du Libre-Esprit, les libertins érudits et quelques autres, dont Sade, Fourier ou La Mettrie -lequel, en son temps, écrivit aussi un Art de jouir.
Michel Onfray est un philosophe français né en 1959, dont l’œuvre entière constitue une défense du matérialisme hédoniste contre les traditions idéalistes, ascétiques et religieuses. Fondateur de l’Université populaire de Caen, il se réclame d’une généalogie philosophique qui va des Cyrénaïques à Fourier, en passant par Épicure, La Mettrie et Sade.
À propos de ce livre
Publié en 1991 chez Grasset, L’Art de jouir — Pour un matérialisme hédoniste est l’œuvre fondatrice de Michel Onfray. Il y pose les bases de sa philosophie du plaisir et du corps contre ce qu’il appelle la tradition des « contempteurs du nez et du phallus » — ces philosophes qui ont fait de la raison pure un idéal en rejetant les sens, la chair et le désir. Le livre esquisse une sagesse enjouée et tragique où le plaisir, la désillusion et le sens de la mort s’articulent dans une éthique de l’existence.
Résumé chapitre par chapitre
Ouverture — Tombeau pour La Mettrie
Onfray rend hommage à Julien Offray de La Mettrie, philosophe matérialiste du XVIIIe siècle et grand oublié de l’histoire officielle de la philosophie. Ce « tombeau » inaugural fixe les coordonnées de la pensée qui suit : la chair comme lieu de la vérité, le corps comme seul sujet philosophique légitime.
Algodicée — Généalogie de ma morale
Reprenant le schème nietzschéen de la généalogie, Onfray retrace l’histoire de la morale ascétique occidentale, de Platon au christianisme, en montrant comment le déni du plaisir s’est construit comme vertu. L’« algodicée » — la justification de la douleur — est le mécanisme central de cette tradition qu’il s’agit de déconstruire.
Méthode — De l’antériorité du melon sur la raison
Contre la primauté absolue de la raison abstraite, Onfray défend l’expérience sensible comme premier mode de connaissance. Le melon — figure emblématique de la jouissance gustative — devient le symbole d’une philosophie qui prend au sérieux les sens, le goût, l’odorat et tous les plaisirs que la tradition méprise.
Corps — Les contempteurs du nez
Ce chapitre central montre comment le nez et le phallus sont, dans la philosophie dominante, les symptômes d’une animalité que le sage doit réprimer. À cette tradition, Onfray oppose une lignée de penseurs qui assument le corps : les Cyrénaïques, les libertins érudits, Sade et Fourier — tous défenseurs d’une philosophie incarnée.
Vertus — Le gai savoir hédoniste
Onfray esquisse les vertus positives d’une éthique hédoniste : la jouissance maîtrisée, l’amitié épicurienne, la lucidité face à la mort, et la capacité à transformer le plaisir en art de vivre. Cette sagesse tragique assume la finitude sans sombrer dans le nihilisme.
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