L’Autre Collaboration
Positionnement idéologique
Ce texte propose une critique acerbe de l'intelligentsia française, accusant de nombreuses figures intellectuelles de complaisance envers l'antisémitisme et le fascisme. L'auteur déconstruit les trajectoires de penseurs célèbres comme Sartre, Beauvoir, Ricoeur ou Foucault, révélant leurs ambiguïtés sous l'Occupation ou leur soutien à des régimes théocratiques. Il explore la généalogie d'un antisémitisme structurel à gauche, prenant racine chez Marx et les socialistes du XIXe siècle pour aboutir à l'islamo-gauchisme contemporain. Onfray dénonce également le négationnisme de Roger Garaudy et les dérives de la déconstruction, qu'il juge responsables d'une haine renouvelée envers l'État d'Israël. En soulignant les contradictions de ces « maîtres à penser », l'ouvrage appelle à une relecture sans concession de l'histoire politique et philosophique moderne. Cette analyse vise à démontrer comment une certaine élite a systématiquement occulté ses propres compromissions morales pour préserver sa domination culturelle.
L’ouvrage de Michel Onfray propose une généalogie intellectuelle de l’islamo-gauchisme, en examinant comment des figures majeures de la philosophie française ont, par leurs écrits ou leurs engagements, préparé le terrain à cette idéologie contemporaine. Voici un résumé chapitre par chapitre :
Préface – Jean Moulin n’a ni violé ni torturé
L’auteur ouvre son propos en analysant le massacre du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas, qu’il qualifie d’extermination programmée et de « codicille au testament nazi ». Il s’interroge sur le rôle des philosophes du XXe siècle dans la construction du consentement au sadisme des bourreaux contre des victimes innocentes.
Introduction – Marx, leur père à tous
L’ouvrage débute par l’analyse de Karl Marx, présenté comme le socle idéologique de ce courant. Bien que descendant d’une lignée de rabbins, Marx a reçu une éducation luthérienne et politique kantienne suite à la conversion de son père, qui souhaitait une assimilation totale. Dans son texte La Question juive, Onfray souligne que Marx développe un antisémitisme structurel, assimilant le judaïsme au « trafic » et à « l’argent ». Pour Marx, l’émancipation de la société passe par son « émancipation du judaïsme », une thèse qui, selon l’auteur, autorise un antisémitisme de gauche au nom de la lutte contre le capitalisme.
Première partie – Alain préfère Hitler à de Gaulle
Alain, philosophe célèbre pour ses Propos et maître à penser de figures comme Simone Weil ou Raymond Aron, est ici dépeint comme un pacifiste radical brisé par la guerre de 14-18. Son refus viscéral d’un nouveau conflit le conduit, en juillet 1940, à espérer la victoire de l’Allemagne pour barrer la route au « genre de Gaulle ». Ses journaux intimes, publiés tardivement, révèlent une haine des Juifs qu’il accuse de « spiritualiser le monde » et d’être les instigateurs des guerres pour le profit. Il va jusqu’à louer l’éloquence et la « pensée physique » d’Adolf Hitler dans Mein Kampf.
Deuxième partie – Le fascisme français
Ricœur escamote Pétain : L’auteur accuse Paul Ricœur (1913-2005), philosophe français phénoménologue et herméneuticien, mentor intellectuel d’Emmanuel Macron, professeur influent (notamment à l’université de Chicago), connu pour ses travaux sur l’éthique, la mémoire et le pardon (La Mémoire, l’histoire, l’oubli), d’avoir dissimulé son passé pétainiste actif (notamment sa participation à des cercles d’études de la Révolution nationale jusqu’en 1943, sous le régime de Vichy dirigé par Philippe Pétain, 1856-1951, maréchal et chef de l’État français collaborationniste avec les nazis). Ricœur se serait reconstruit une image d’intellectuel de gauche après la guerre, en occultant ces engagements initiaux.
Jean Guitton chasse le Juif errant : Jean Guitton (1901-1999), philosophe et théologien catholique français, académicien, proche du Vatican (il a participé au concile Vatican II) et auteur d’ouvrages sur la spiritualité chrétienne comme Le Christ de ma vie, est présenté comme un pétainiste impénitent qui a maintenu son allégeance au Maréchal Pétain jusqu’à sa mort. Il a véhiculé des clichés antisémites classiques (le Juif « opportuniste », « errant » ou « maître du monde ») tout en prétendant ignorer la Shoah, malgré ses positions publiques conservatrices et son engagement dans des cercles traditionalistes.
Troisième partie – La néantisation des Juifs
Sartre résiste dès 1946 : Jean-Paul Sartre (1905-1980), philosophe existentialiste français, écrivain (prix Nobel de littérature refusé en 1964), cofondateur du journal Les Temps modernes avec Simone de Beauvoir, est critiqué pour son absence de résistance réelle pendant l’Occupation nazie (il a continué à enseigner et à publier) et pour sa thèse dans Réflexions sur la question juive (1946) affirmant que « c’est l’antisémite qui fait le Juif », niant ainsi l’histoire propre du peuple juif. Plus tard, il justifiera le terrorisme palestinien comme une « arme des pauvres », dans le contexte de son engagement tiers-mondiste et maoïste.
Beauvoir, fatiguée d’Anne Frank : Simone de Beauvoir (1908-1986), philosophe féministe française, compagne de Sartre, auteure du Deuxième Sexe (1949), pilier du mouvement existentialiste et féministe, est épinglée pour avoir travaillé pour Radio-Vichy (la radio de propagande du régime collaborationniste) pendant l’Occupation et pour avoir plus tard utilisé la rhétorique du génocide et des camps pour condamner l’action de la France en Algérie, tout en restant silencieuse sur l’oppression des femmes par les régimes islamistes, malgré son militantisme pour les droits des femmes. Anne Frank (1929-1945), jeune victime juive de la Shoah, auteure d’un journal célèbre, est évoquée ici pour souligner une supposée lassitude ou minimisation.
Foucault attend l’imam caché : Michel Foucault (1926-1984), philosophe français post-structuraliste, historien des idées, connu pour ses analyses du pouvoir, de la prison et de la sexualité (Surveiller et punir, Histoire de la sexualité), est analysé à travers son enthousiasme pour la Révolution iranienne de 1979 (menée par l’ayatollah Khomeini, leader chiite islamiste), dans laquelle il voyait l’émergence d’une « spiritualité politique », tout en restant aveugle à son antisémitisme et à son caractère théocratique violent, reflétant son intérêt pour les mouvements anti-occidentaux.
Quatrième partie – L’heideggérianisme nazi
Beaufret extermine la Shoah : Jean Beaufret (1907-1982), philosophe français, professeur et principal introducteur de Martin Heidegger en France (il a traduit et promu ses œuvres), est présenté comme un négationniste proche de Robert Faurisson (1929-2018, universitaire français controversé, figure du négationnisme de la Shoah), ayant œuvré à blanchir le passé nazi du philosophe allemand Martin Heidegger (1889-1976), penseur existentialiste et phénoménologue, recteur d’université sous le régime nazi et membre du parti nazi.
Nancy honore les mains d’Adolf Hitler : Jean-Luc Nancy (1940-2021), philosophe français post-moderne, disciple de Derrida, connu pour ses travaux sur la communauté et le corps (La Communauté désoeuvrée), est critiqué pour ses tentatives de « déconstruction » du nazisme qui finissent par minimiser la Solution finale et par absoudre Heidegger de son engagement nazi au nom de l’humanisme occidental.
Lacoue-Labarthe bénit le nazisme de gauche : Philippe Lacoue-Labarthe (1940-2007), philosophe français, collaborateur de Nancy, spécialiste de la littérature et de la philosophie allemande (La Fiction du politique), est accusé d’avoir créé un « Heidegger de gauche » et d’avoir réduit la Shoah à un simple accident de la technique occidentale, dédouanant ainsi la responsabilité spécifique d’Hitler.
Cinquième partie – Garaudy célèbre le Zyklon B
Roger Garaudy est une figure centrale de cette généalogie. Ancien dirigeant du Parti communiste français et sénateur, il fut le philosophe officiel du stalinisme avant d’être exclu du PCF en 1970, pour sa sympathie affichée pour le mouvement étudiant de Mai 1968 et ses critiques contre la ligne officielle du PCF. En 1982, il se convertit à l’islam et devient une vedette dans le monde arabe. Son ouvrage Les Mythes fondateurs de la politique israélienne (1996) marque son basculement dans un négationnisme virulent : il y nie l’existence des chambres à gaz et affirme que les Juifs ont « inventé » la Shoah pour justifier la création d’Israël. Pour lui, l’Occident est un « accident » et le sionisme est le véritable héritier du nazisme. Il est devenu une référence pour le Hamas et le Hezbollah.
Sixième partie – L’antisionisme génocidaire
Deleuze touriste à Oradour : Gilles Deleuze (1925-1995), philosophe français post-structuraliste, collaborateur de Félix Guattari (L’Anti-Œdipe, Mille plateaux), connu pour ses concepts de rhizome et de machine désirante, est critiqué pour avoir assimilé le sort des Palestiniens à celui des Indiens d’Amérique ou des victimes d’Oradour-sur-Glane (massacre nazi en 1944), également pour avoir légitimé le terrorisme de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) sous un vernis philosophique.
Jean Genet aime Adolf Hitler : Jean Genet (1910-1986), écrivain français, poète et dramaturge existentialiste (Notre-Dame-des-Fleurs, Le Balcon), ancien délinquant et homosexuel assumé, engagé politiquement auprès des Black Panthers et des Palestiniens, est présenté comme un homme fasciné par la brutalité nazie, la Gestapo et la Milice, voyant dans Hitler une vengeance contre la France blanche et catholique avant de se tourner vers la cause des fedayin palestiniens par pure haine des Juifs.
Badiou rase Auschwitz : Alain Badiou (né en 1937), philosophe français maoïste, mathématicien et logicien, connu pour ses théories de l’événement et de la vérité (L’Être et l’événement), militant d’extrême gauche, est fustigé pour sa volonté de désacraliser le nom « Juif » et son invitation à « oublier l’Holocauste » pour résoudre le conflit au Moyen-Orient, transformant par inversion les Palestiniens en « vrais Juifs » et Israël en État nazi.
Conclusion – Qu’est-ce que l’islamo-gauchisme ?
Onfray, après avoir tout du long de ce livre listé les positions selon lui problématiques de nombreux philosophes français pendant le 20ème siècle, conclut qu’elles sont à l’origine de l’islamo-gauchisme d’aujourd’hui, qui pour lui est un néo-antisémitisme post-nazi. Il le définit comme une haine de l’Occident, une réhabilitation de la théocratie contre la démocratie, et la transformation d’Israël en bouc émissaire mondial. Ce projet vise, selon l’auteur, la disparition d’Israël pour réaliser un « Homme nouveau » totalitaire.
Pour Onfray, ces intellectuels ont agi comme les « ingénieurs d’une Shoah sémantique », préparant par leurs concepts le terrain au sadisme contemporain.
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