Contre-histoire de la philosophie tome 2 : Le Christianisme hédoniste
Positionnement idéologique
Dans la Contre-Histoire de la philosophie, Michel Onfray veut explorer, en six volumes, un vaste pan de pensée qu’il estime écarté des récits académiques : une « philosophie oubliée » couvrant vingt-cinq siècles. Selon lui, cette occultation n’est pas accidentelle : elle découle d’un rapport de forces historique entre idéalistes et matérialistes. Avec l’avènement du christianisme, les idéalistes accèdent à une forme d’hégémonie intellectuelle pendant près de vingt siècles. Ils structurent alors le canon philosophique en favorisant les penseurs compatibles avec leur vision, et en effaçant les traditions concurrentes. Onfray propose donc de redonner vie à tout un « continent » de pensée non canonique : matérialistes, cyniques, cyrénaïques, épicuriens, libertins, courants hétérodoxes, « ultras » des Lumières, utilitaristes, socialistes hédonistes, nietzschéens de gauche, etc. Le point commun de ces traditions : une philosophie claire, incarnée, tournée vers une sagesse praticable, qui refuse la technicité hermétique et la « philosophie de spécialistes ». Onfray revendique une philosophie comme art de vivre, dans la continuité des Anciens. Enfin, ces volumes sont l’aboutissement de sept ans de séminaires menés à l’Université Populaire de Caen (créée en 2002), diffusés sur France Culture et largement édités.
Michel Onfray (né en 1959 à Argentan) est philosophe, essayiste et fondateur de l’Université populaire de Caen. Dans sa Contre-histoire de la philosophie — entreprise encyclopédique en neuf volumes — il entreprend de réhabiliter la tradition matérialiste et hédoniste que l’histoire officielle de la philosophie a occultée au profit des idéalistes. Chaque tome exhume des penseurs marginalisés par le canon platonico-chrétien, montrant la continuité d’une ligne souterraine de résistance à l’ascétisme dominant.
À propos de ce livre
Le deuxième tome de la Contre-histoire de la philosophie (2006) explore les courants hérétiques et libertins au sein même du christianisme. Contre l’image d’un christianisme uniformément ascétique, Onfray révèle l’existence d’une tradition chrétienne hédoniste : des gnostiques libertins de l’Antiquité aux mystiques du Moyen Âge, en passant par Érasme, Lorenzo Valla et Montaigne. Ces penseurs ont tenté de réconcilier christianisme et plaisir, foi et corps, Dieu et jouissance.
Résumé chapitre par chapitre
Les hérésies gnostiques libertines
Onfray ouvre sur les grandes hérésies de l’Antiquité chrétienne : Simon le Magicien, Basilide, Valentin, Carpocrate. Ces courants gnostiques proposaient une lecture du christianisme radicalement différente de l’orthodoxie paulinienne — certains allant jusqu’à la libération totale des instincts comme voie spirituelle. Onfray y voit les premiers représentants d’un christianisme du corps contre le christianisme de l’âme.
Le Mouvement du Libre Esprit au Moyen Âge
Au cœur du Moyen Âge féodal et clérical, des mystiques comme Amaury de Bène et Heilwige de Bratislava développent une théologie de l’immanence divine dans le corps et le plaisir. Le Mouvement du Libre Esprit affirme que Dieu est présent dans chaque acte sensuel de l’homme — une mystique hérétique férocement réprimée par l’Inquisition, mais qui maintient vivante la tradition hédoniste dans un contexte hostile.
Marsile Ficin et l’humanisme platonicien de la Renaissance
La Renaissance florentine, sous l’impulsion de Marsile Ficin, tente une réconciliation de Platon et du christianisme. Onfray montre les ambiguïtés de ce projet : si Ficin reste idéaliste, il réhabilite une forme de beauté terrestre et corporelle qui ouvre la voie aux libertins du siècle suivant.
Lorenzo Valla et l’épicurisme chrétien
Lorenzo Valla est la figure centrale du tome : ce philologue humaniste du XVe siècle défend ouvertement l’épicurisme contre l’ascétisme stoïcien, dans un dialogue provocateur qui fait de la volupté une valeur compatible avec la foi chrétienne. Onfray y voit le premier véritable hédoniste chrétien, ancêtre direct de Montaigne.
Érasme et l’ironie humaniste
Érasme, avec son Éloge de la folie, incarne l’humanisme chrétien qui tourne en dérision l’ascétisme monacal et la scolastique figée. Onfray souligne comment l’ironie érasmienne constitue une arme subversive au service d’un christianisme plus humain, tolérant et moins mortifère.
Montaigne, hédoniste chrétien
Le tome se conclut sur une longue analyse de Montaigne, présenté comme le point culminant de cette tradition hédoniste chrétienne. Dans les Essais, Montaigne réconcilie la sagesse antique (Épicure, Sénèque, Plutarque) avec une foi tranquille et sans fanatisme, fondant une philosophie du corps, de l’expérience et de la singularité individuelle qui anticipe toute la modernité philosophique.
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