Le crépuscule d’une idole
Positionnement idéologique
Michel Onfray, cohérent avec lui-même, s'en prend ici à une religion qui, bien plus que les monothéismes qu'il pourfendait dans son Traité d'athéologie, semble avoir encore de beaux jours devant elle. Cette religion, c'est la psychanalyse - et, plus particulièrement, le freudisme. Son idée est simple, radicale, brutale : Freud a voulu bâtir une « science », et il n'y est pas parvenu; il a voulu « prouver » que l'inconscient avait ses lois, sa logique intrinséque, ses protocoles expérimentaux - mais, hélas, il a un peu (beaucoup ?) menti pour se parer des emblèmes de la scientificité. Cela méritait bien une contre-expertise. Tel est l'objet de ce travail. Avec rigueur, avec une patience d'archiviste, Michel Onfray a donc repris, depuis le début, les textes sacrés de cette nouvelle église. Et, sans redouter l'opprobre qu'il suscitera, les confronte aux témoignages, aux contradictions, aux correspondances. A l'arrivée, le bilan est terrible : la psychanalyse, selon Onfray, ne serait qu'une dépendance de la psychologie, de la littérature, de la philosophie - mais, en aucun cas, la science « dure » à laquelle aspirait son fondateur. On sera, devant une telle somme, un peu médusé : Freud n'en ressort pas à son avantage. Et encore moins sa postérité – qui aura beau jeu de prétendre que si Michel Onfray conteste si violemment la religiosité en vogue chez les archéologues de l'inconscient, ce serait précisément parce qu'il craindrait de contempler le sien. Une « ouverture » biographique, semblable à celle qui précède chacun de ces essais, devance cette objection en racontant comment et pourquoi Michel Onfray a découvert - en vain - cette « science de l'âme » qui n'en est pas une.
Michel Onfray (né en 1959 à Argentan) est philosophe, essayiste et fondateur de l’Université populaire de Caen. Sa philosophie hédoniste et athée l’a conduit à examiner les grandes figures de la pensée occidentale sous l’angle de leur rapport au corps, au plaisir et à la mort. Freud, qu’il considère comme le fondateur d’une pseudo-religion irrationnelle, est l’une de ses cibles privilégiées : la psychanalyse freudienne lui apparaît comme la continuation du christianisme par d’autres moyens.
À propos de ce livre
Le Crépuscule d’une idole (2010) est une critique radicale et documentée de Sigmund Freud et de la psychanalyse. Onfray y démythifie Freud en exposant ses falsifications cliniques, ses manipulations de sources, la pensée magique de la cure analytique et les affinités idéologiques entre le freudianisme et le conservatisme moral. L’ouvrage déclenche une vive polémique dans le milieu psychanalytique français, où Freud bénéficiait d’une quasi-immunité critique.
Résumé chapitre par chapitre
Partie 1 — Symptomatologie : le déni de la communauté freudienne
Onfray commence par analyser la structure de la communauté psychanalytique comme une secte intellectuelle : impossibilité de critiquer le fondateur, excommunication des dissidents, argot ésotérique qui décourage l’examen extérieur. Il montre que la défense de Freud relève moins de l’argumentation que du réflexe identitaire.
Partie 2 — Généalogie : les origines de Freud
Onfray examine les origines intellectuelles et biographiques de Freud pour montrer comment sa théorie est construite sur des présupposés non examinés : sa formation médicale viennoise, ses lectures philosophiques sélectives, ses ambitions de célébrité. Le jeune Freud apparaît comme un homme avide de gloire qui forge une théorie à la mesure de ses obsessions personnelles.
Partie 3 — Méthodologie : les falsifications cliniques
Cette partie est la plus dévastratrice : Onfray documente les cas cliniques falsifiés par Freud (Dora, le petit Hans, l’Homme aux loups), montrant comment Freud modifie les faits pour les faire correspondre à sa théorie plutôt que l’inverse. La psychanalyse apparaît non comme une science mais comme une herméneutique circulaire.
Partie 4 — Thaumaturgie : l’efficacité douteuse de la cure
Onfray examine les preuves de l’efficacité thérapeutique de la psychanalyse et conclut qu’elles sont inexistantes ou fabriquées. Les études comparatives montrent que la psychanalyse n’obtient pas de meilleurs résultats que d’autres approches thérapeutiques, et parfois pires. La cure analytique relève davantage du rituel et de la suggestion que de la thérapie fondée sur des preuves.
Partie 5 — Idéologie : le conservatisme freudien
La dernière partie montre les affinités idéologiques de la psychanalyse freudienne avec le conservatisme moral bourgeois : la famille patriarcale normative, la répression sexuelle comme fondement de la civilisation, le mépris des femmes. Onfray conclut que le freudisme est une idéologie de la normalisation déguisée en thérapie libératrice.
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