Le Suicide Français

Le Suicide Français
2014 •  Français •  8 min de lecture

Positionnement idéologique

Gauche affirmée
Gauche modérée
Centre / Transversal
Droite modérée
Droite affirmée
Le best-seller d'Éric Zemmour, Le Suicide français, s'inscrit dans la droite radicale et le courant souverainiste et identitaire. L'ouvrage combine les axes suivants : sur le plan culturel et sociétal, l'auteur déplore la perte des valeurs traditionnelles, fustige Mai 68, le féminisme et l'immigration. Sur le plan économique (souverainisme et État fort) : Il se positionne en défenseur d'un État-nation protecteur et du gaullisme historique, tout en critiquant le libéralisme économique et le mondialisme.

Éric Zemmour brosse le portrait d'une France en déclin, qu'il qualifie de République-Potemkine, où les institutions conservent une façade intacte tandis que leur âme s'est envolée. L'auteur soutient que les événements de Mai 68 ont marqué une révolution culturelle réussie qui a systématiquement entrepris la déconstruction des structures traditionnelles telles que la famille, la nation et l'autorité. À travers une série de chroniques historiques débutant par la mort du général de Gaulle, le texte illustre comment la fin du patriarcat et l'affaiblissement de l'État ont ouvert la voie à une domination conjointe du marché libéral et d'un pouvoir judiciaire tout-puissant. En examinant des mutations juridiques, monétaires et sociétales, Zemmour cherche à démontrer que le pays s'est dissous dans un individualisme hédoniste et un cosmopolitisme qui renient son héritage millénaire. Le but profond de ce récit est de documenter ce que l'écrivain perçoit comme quarante années de désintégration nationale orchestrées par des élites ayant troqué la souveraineté populaire contre les dogmes de la mondialisation.

Dans cet ouvrage, Éric Zemmour soutient que la France est devenue « l’homme malade de l’Europe », plongée dans un déclin multiforme qui touche son école, sa culture, sa langue et son économie. Sa thèse centrale est que ce déclin n’est pas accidentel mais résulte d’un processus de déconstruction délibéré entamé après Mai 68 par les élites françaises.

Résumé de la pensée de l’auteur

  • Le rôle pivot de Mai 68 : Pour l’auteur, Mai 68 n’est pas une révolution manquée mais une victoire culturelle qui a conquis la société. Il identifie un triptyque soixante-huitard — Dérision, Déconstruction, Destruction — qui a méthodiquement sapé les structures traditionnelles : la famille, la nation, le travail, l’État et l’école.
  • La mort du « Père » : Zemmour analyse la fin de l’autorité à travers deux figures : celle du père de la nation (symbolisée par la mort de De Gaulle en 1970) et celle du père de famille (affaiblie par les réformes législatives comme la fin de la puissance paternelle en 1970). Cette disparition de l’autorité laisse place à l’individu « nouveau Roi-Soleil » et au règne du consommateur.
  • La trahison des élites : L’auteur dénonce une sécession des élites politiques, économiques et intellectuelles qui ont abandonné la souveraineté nationale au profit de la mondialisation, de l’européisme et du libre-échange. Il affirme que la France a été contrainte de se soumettre à un nouvel ordre mondial fluide et inégalitaire, imposé par la finance et les puissances maritimes.
  • Immigration et fin de l’assimilation : Un axe majeur de sa pensée concerne l’abandon du modèle d’assimilation au profit du multiculturalisme. Il voit dans le regroupement familial et l’émergence d’une identité islamique forte dans les banlieues le signe d’une « colonisation à l’envers » et de la création d’un « État dans l’État ».
  • Le poids de la repentance : Zemmour critique ce qu’il perçoit comme une « religion de la Shoah » et une culture de la repentance qui ont transformé la France en une nation intrinsèquement coupable, détruisant le roman national et la fierté patriotique.

Découpage chronologique

L’ouvrage est structuré comme une chronique chronologique de la « déconstruction » car il ambitionne de raconter « l’histoire totale d’une déconstruction joyeuse, savante et obstinée des moindres rouages qui avaient édifié la France ».

Voici comment cette structure s’articule selon les sources :

  • Une démarche systématique : L’auteur analyse le déclin du pays « année après année, événement après événement, président après président ». Il passe au crible tous les aspects de la société : les lois, les élections, les réformes scolaires, mais aussi les chansons, les films et même les matchs de football.
  • « Déconstruire les déconstructeurs » : L’objectif de cette structure est de répondre au triptyque de Mai 68 (Dérision, Déconstruction, Destruction) qui a, selon lui, sapé les structures traditionnelles de la famille, de la nation, du travail, de l’État et de l’école.
  • Un contre-récit historique : Zemmour s’inspire de l’œuvre de Maurras, qui exaltait les quarante rois ayant « fait » la France, pour conter à l’inverse les quarante années (de 1970 à 2007) qui l’ont « défaite ». La chronologie permet ainsi de suivre la dissolution de la France dans « l’individualisme et la haine de soi ».

Note importante : Pour répondre précisément à votre demande, je précise que les sources fournies s’arrêtent à l’année 2007. L’information concernant la sortie d’une version étoffée du livre en 2026, incluant de nouveaux chapitres sur la période 2008-2025, ne figure pas dans les sources transmises et provient d’informations extérieures qu’il convient de vérifier indépendamment.

1970 — 1983

Dans cette première partie de son ouvrage, Éric Zemmour chronique ce qu’il perçoit comme le basculement de la France d’une nation patriarcale, souveraine et hiérarchisée vers une société déconstruite par les idéaux de Mai 68. Il identifie un triptyque soixante-huitard — Dérision, Déconstruction, Destruction — qui s’attaque méthodiquement aux structures traditionnelles de l’État, de la famille et de l’école.

Voici les thèmes majeurs de cette période (1970 — 1983) :

La mort de l’Autorité (1970)

  • La mort du « Père de la nation » : L’enterrement de Charles de Gaulle marque la fin des « hommes providentiels » et d’une certaine idée de la grandeur française. Zemmour y voit la fin d’un monde où l’État dominait la finance et les intérêts privés.
  • La mort du « Père de famille » : La loi de juin 1970 substitue la « puissance paternelle » par l’« autorité parentale ». Pour l’auteur, cette transition transforme la famille d’une institution matricielle de la nation en un contrat d’association hédoniste, favorisant l’enfant-roi et la consommation.

La subversion du Droit et de l’Économie (1971 — 1973)

  • Le « Gouvernement des juges » : La décision du Conseil constitutionnel du 16 juillet 1971 est décrite comme un sacrilège républicain qui place le droit au-dessus du suffrage populaire, soumettant désormais la politique à l’interprétation des magistrats.
  • La fin du « Pair » et du Colbertisme : La fin de la convertibilité du dollar (1971) et la loi de 1973 interdisant à l’État de se refinancer gratuitement auprès de la Banque de France marquent la soumission de la France aux marchés financiers internationaux et au règne du « dollar tyran ».

Les ruptures sociétales et culturelles (1974 — 1979)

  • Féminisation et individu : La légalisation de l’IVG (1975) symbolise pour Zemmour le triomphe du désir individuel sur l’intérêt démographique national. Il analyse également la « féminisation » de la société à travers la chanson populaire (Aznavour, Delpech, Balavoine) et le cinéma (Claude Sautet), où l’homme perd ses repères virils.
  • L’école et la culture : La réforme Haby (1976) instaurant le collège unique est perçue comme la ruine de la méritocratie par le « pédagogisme ». Parallèlement, l’américanisation culturelle s’accélère avec l’arrivée de séries comme Dallas ou le succès mondial du rock.

L’immigration et le basculement identitaire

  • Le regroupement familial (1975) : C’est, selon l’auteur, la « revanche posthume » des partisans de l’Algérie française qui transforme une immigration de travail en une immigration de peuplement, rompant le modèle de l’assimilation.
  • La « haine de soi » : La parution des travaux de Robert Paxton (1973) ou de Bernard-Henri Lévy (1981) installe une culture de la repentance, où l’histoire de France est réduite à Vichy et à la culpabilité.
  • Les prémices de la sécession : Les émeutes des Minguettes (1981) marquent la fin des « banlieues rouges » et l’émergence de territoires arrachés à la loi républicaine.

Le tournant de 1983

  • Le passage de la lumière à l’ombre : Mitterrand renonce au socialisme pour s’aligner sur le modèle libéral allemand et européen. Ce « tournant de la rigueur » consacre, selon Zemmour, l’impuissance organisée du pouvoir politique français face à la mondialisation.

1984 — 1992

La période 1984 — 1992 est décrite par Éric Zemmour comme une phase d’accélération brutale de la déconstruction, où les élites françaises, qu’elles soient de droite ou de gauche, entérinent la fin de la souveraineté nationale et du modèle d’assimilation au profit du multiculturalisme et de la mondialisation libérale.

Voici les thèmes majeurs de cette période :

La bataille idéologique et médiatique (1984 — 1986)

  • L’instrumentalisation de l’antiracisme (1984) : La création de SOS Racisme est présentée comme une manœuvre politique de l’Élysée pour diviser la droite et substituer la lutte des classes par un affrontement entre « fascistes » imaginaires et « antiracistes ». Ce mouvement marque la « défrancisation » symbolique des Juifs français, poussés à s’identifier aux immigrés maghrébins dans une posture victimaire commune.
  • La culture de la dérision (1984) : Le lancement de Canal+ consacre l’avènement d’une « rebellocratie » médiatique qui tourne en dérision les valeurs traditionnelles et le peuple français, tout en célébrant l’hédonisme et la culture américaine.
  • L’émergence des lobbies (1985) : Zemmour analyse le premier dîner du CRIF comme la fin du modèle israélite napoléonien (privatisation de la foi) au profit d’un lobby communautaire à l’américaine. Parallèlement, le « mariage » parodique de Coluche et Le Luron préfigure le futur « mariage pour tous » et l’affirmation d’un pouvoir gay politique et marchand.
  • La « trahison » des technocrates (1986) : L’arrivée de figures comme Louis Schweitzer à la tête de Renault symbolise la mutation des hauts fonctionnaires en agents de la mondialisation, privilégiant les délocalisations et la rentabilité boursière sur l’intérêt industriel national.

La remise en cause de l’Histoire et du Droit (1986 — 1988)

  • Le complexe de Van Gogh (1986) : L’installation des colonnes de Buren au Palais-Royal marque la victoire de l’art contemporain « subversif » soutenu par l’État contre le patrimoine historique.
  • Le traumatisme Malik Oussekine (1986) : Sa mort lors des manifestations contre la loi Devaquet paralyse la droite, qui renonce définitivement à réformer l’université et le code de la nationalité.
  • La sacralisation de la Shoah (1987) : À travers le film Au revoir les enfants, Zemmour voit l’imposition d’une mémoire où la France est réduite à sa culpabilité envers les Juifs, faisant du génocide le nouveau sacré de la République.
  • L’avènement de l’assistanat (1988) : La création du RMI est perçue comme une rupture majeure, substituant le modèle d’assurance sociale fondé sur le travail par un système d’aide libérale-étatiste qui favorise l’exclusion durable.

1989 : La triple défaite de la « Grande Nation »

Zemmour identifie trois événements majeurs cette année-là qui scellent le déclassement de la France :

  1. Le Bicentenaire de la Révolution : Un spectacle mondain qui évacue l’histoire réelle (le patriotisme, la guerre) pour ne célébrer que l’universalisme abstrait des droits de l’homme.
  2. L’affaire du voile de Creil : L’État capitule pour la première fois devant l’affirmation politique de l’islam à l’école, marquant le passage de l’assimilation républicaine au multiculturalisme de fait.
  3. La chute du mur de Berlin : Elle entraîne une réunification allemande qui déplace le centre de gravité de l’Europe vers l’Est, vassalisant la France au modèle économique germanique.

La fin de la souveraineté (1991 — 1992)

  • Le contrôle des corps (1991) : La loi Évin illustre la montée du « biopouvoir », où l’État, renonçant à la puissance politique, se replie sur la surveillance hygiéniste de la vie privée.
  • La haine de la France en musique (1991) : Le succès du groupe de rap NTM popularise un discours de haine envers les institutions françaises (police, armée, drapeau), soutenu par les médias dominants.
  • Le suicide de Maastricht (1992) : Zemmour voit dans ce traité la mort de la démocratie française, où la souveraineté est transférée à une oligarchie technocratique indépendante des peuples. Le « oui » l’emporte de justesse, porté par ce que l’auteur considère comme des promesses mensongères sur l’emploi et la prospérité.

1993-2007

La période 1993 — 2007 constitue, selon Éric Zemmour, la phase terminale du « suicide français », où l’abdication de la souveraineté nationale, le triomphe de l’idéologie multiculturaliste et le mépris du peuple par les élites atteignent leur paroxysme.

Voici les thèmes majeurs de cette période finale :

L’effacement de la souveraineté et le règne de l’Expertise (1993 — 2003)

  • La mort de la politique (1992-1993) : Le traité de Maastricht et la mise en place de l’Euro marquent la fin du pouvoir politique sur l’économie. Zemmour voit en Jean-Claude Trichet l’archétype de ce nouveau souverain technocratique, irresponsable devant les peuples et soumis aux dogmes de Francfort.
  • La chute du « Berlusconi français » (1993) : L’arrestation de Bernard Tapie symbolise pour l’auteur l’élimination d’un parvenu trop puissant par une alliance de juges et de hauts fonctionnaires, marquant la fin de l’illusion d’un pouvoir politique fort et populaire.
  • L’illusion de la puissance (2003) : Le célèbre discours de Dominique de Villepin à l’ONU contre la guerre en Irak est décrit non comme un acte gaullien, mais comme un « pacifisme briandiste » impuissant, dissimulant le ralliement futur à l’OTAN.

La mutation culturelle et la « haine de soi » (1995 — 2005)

  • La repentance d’État (1995) : En reconnaissant la responsabilité de la France dans la rafle du Vél’ d’Hiv’, Jacques Chirac rompt avec la mystique gaullienne pour installer une religion de la culpabilité nationale. Cette tendance culmine en 2005 avec le refus de commémorer le bicentenaire d’Austerlitz, perçu comme le sacrifice ultime de la grandeur française au nom du politiquement correct.
  • La fin de la méritocratie (1996) : L’arrivée de Richard Descoings à Sciences Po et l’instauration des « conventions ZEP » marquent, pour Zemmour, l’importation de la discrimination positive américaine, détruisant l’égalité républicaine devant le concours.
  • Le miroir aux alouettes « Black-Blanc-Beur » (1998) : La victoire de la France à la Coupe du monde est analysée comme une opération de propagande antiraciste qui occulte la réalité d’une jeunesse des banlieues en voie de « défrancisation », comme le prouveront les sifflets contre La Marseillaise lors du match France-Algérie en 2001.

Le basculement identitaire et sécuritaire (1996 — 2005)

  • L’invention du « sans-papiers » (1996) : L’occupation de l’église Saint-Bernard crée une nouvelle figure victimaire sacralisée par les médias et le monde du spectacle, rendant l’État impuissant à contrôler ses frontières.
  • La sécession des territoires (2003-2005) : La création du CFCM par Nicolas Sarkozy est vue comme une reconnaissance politique de l’islam au détriment de l’assimilation. Les émeutes de 2005 sont décrites comme une « guérilla urbaine » menée par une jeunesse qui rejette radicalement la France, marquant l’émergence de « territoires perdus ».

Le coup de grâce de Lisbonne (2007)

  • La trahison du peuple : La période se clôt sur le traité de Lisbonne, qui impose par voie parlementaire ce que les Français avaient rejeté par référendum en 2005. Zemmour y voit la revanche finale des élites sur la souveraineté populaire, transformant la France en une « République de carnaval » dirigée par des « présidents de conseil général » soumis à Bruxelles et à la mondialisation.

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