Contre-histoire de la philosophie tome 5 : L’eudémonisme social
Positionnement idéologique
Ce Tome 5 poursuit la Contre-Histoire de la philosophie en déplaçant le centre de gravité : après les matérialistes, libertins et Lumières radicales, Onfray s’intéresse au XIXe siècle et à la manière dont l’hédonisme peut devenir une doctrine sociale. Il commence par une précision sémantique : l’eudémonisme (du grec eudaimonia, « bonheur ») désigne les philosophies qui font du bonheur le but ultime de la vie humaine et, plus largement, le principe directeur de toute organisation sociale. L’introduction (“Stupide XIXe siècle ?”) annonce une relecture critique de ce siècle souvent réduit à l’industrialisation, au moralisme et aux grands récits idéologiques.
Michel Onfray (né en 1959) est philosophe, essayiste et fondateur de l’Université populaire de Caen. Sa pensée s’enracine dans l’hédonisme, le matérialisme et l’athéisme. Dans la Contre-histoire de la philosophie, il reconstitue sur plusieurs volumes la tradition matérialiste que l’historiographie officielle a occultée, de l’Antiquité aux dissidences contemporaines.
À propos de ce livre
Le cinquième tome (2008) articule la pensée du XIXe siècle autour du concept d’eudémonisme social : la recherche collective du bonheur comme finalité de l’organisation politique. Onfray y retrace une généalogie allant de Mandeville à Bakounine, en passant par les utilitaristes anglais et les socialistes utopiques français, montrant comment la philosophie hédoniste des Lumières radicales s’est transformée en projet politique émancipateur.
Résumé chapitre par chapitre
Bernard Mandeville : vices privés, bénéfices publics
Dans sa Fable des abeilles (1714), Mandeville montre que les vices privés — cupidité, vanité — fondent la prospérité publique. Cette pensée contre-intuitive relativise la morale traditionnelle et ouvre la voie à une économie fondée sur l’intérêt individuel plutôt que sur la vertu.
Jeremy Bentham : l’utilitarisme fondateur
Bentham fonde l’utilitarisme moderne : le principe du « plus grand bonheur pour le plus grand nombre » devient la mesure de toute législation. Son calcul hédoniste constitue le premier système philosophique cohérent mettant le bonheur collectif au centre de la politique.
John Stuart Mill : liberté et utilitarisme
Mill raffine l’utilitarisme en intégrant une hiérarchie des plaisirs et en faisant de la liberté individuelle la condition du bonheur collectif. Son essai De la liberté (1859) distingue plaisirs supérieurs (intellectuels) et inférieurs (purement sensoriels).
Robert Owen : l’expérimentation communautaire
Industriel philanthrope, Owen crée des communautés de travail fondées sur l’éducation collective et le bien-être partagé. Ses expériences à New Lanark et New Harmony préfigurent le mouvement coopératif.
Charles Fourier : l’utopie des passions
Fourier imagine le phalanstère, communauté où les passions humaines trouvent une expression harmonieuse et productive. Sa pensée exubérante constitue pour Onfray une forme unique d’hédonisme social radical.
Bakounine et Flora Tristan
Bakounine articule l’eudémonisme avec l’anarchisme : le bonheur ne s’atteint que par la liberté radicale. Flora Tristan, pionnière du féminisme socialiste, réclame l’égalité des femmes comme condition du bonheur social véritable.
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