On Nationality
Positionnement idéologique
Cet ouvrage de David Miller explore la nature de la nationalité en tant qu’identité collective et principe politique fondamental dans le monde contemporain. L'auteur définit la nation comme une communauté imaginée et active, ancrée dans une continuité historique et liée à un territoire géographique spécifique par une culture publique partagée. Bien qu'il reconnaisse que les identités nationales comportent souvent des éléments de mythe ou de fiction, Miller soutient qu'elles sont essentielles pour cimenter une communauté éthique capable de soutenir des obligations mutuelles et une autodétermination politique. En distinguant soigneusement la nationalité de l'appartenance ethnique et de l'État, il cherche à construire une défense rationnelle du sentiment national qui soit compatible avec les valeurs libérales et la délibération démocratique ouverte.
Dans son ouvrage On Nationality (1995), David Miller propose une défense philosophique de ce qu’il appelle le « principe de nationalité ». Son objectif n’est ni de célébrer aveuglément le nationalisme, ni de le rejeter comme une monstruosité irrationnelle, mais d’explorer comment ce principe peut offrir un guide rationnel pour répondre aux questions nationales contemporaines.
Description de l’ouvrage
L’ouvrage s’inscrit dans la série Oxford Political Theory et cherche à justifier la pertinence de la nation dans le monde moderne, malgré les défis posés par la mondialisation et le multiculturalisme. Miller y développe une théorie qui lie l’identité personnelle, les obligations éthiques et l’autonomie politique au sein du cadre national.
Liste des chapitres :
- Introduction
- National Identity (L’identité nationale)
- The Ethics of Nationality (L’éthique de la nationalité)
- National Self-Determination (L’autodétermination nationale)
- Nationality and Cultural Pluralism (Nationalité et pluralisme culturel)
- Nationality in Decline ? (La nationalité est-elle en déclin ?)
- Conclusion
Description de la pensée de David Miller
La pensée de Miller dans cet ouvrage repose sur trois propositions interconnectées qui forment le socle de sa défense de la nationalité :
1. L’identité nationale comme part légitime de soi
Miller soutient qu’il est rationnellement défendable pour un individu de faire de sa nationalité une partie constitutive de son identité personnelle. Pour lui, une nation n’est pas une fiction mais une communauté réelle définie par cinq critères :
- Des croyances partagées : Elle existe parce que ses membres se reconnaissent mutuellement comme compatriotes.
- Une continuité historique : Elle s’inscrit dans le temps, liant les générations passées, présentes et futures.
- Une identité active : C’est une communauté qui agit ensemble et prend des décisions collectives.
- Un lien géographique : Elle est indissociable d’un territoire spécifique, une « patrie ».
- Une culture publique commune : Elle se distingue par un ensemble de caractéristiques culturelles et de normes sociales partagées.
2. La nation comme communauté éthique
L’auteur défend un particularisme éthique. Il affirme que nous avons des obligations spéciales et plus étendues envers nos concitoyens qu’envers le reste de l’humanité. Cette solidarité nationale est, selon lui, la condition nécessaire au fonctionnement de l’État-providence et des systèmes de redistribution, car elle crée la confiance mutuelle indispensable pour que les citoyens acceptent de se soutenir les uns les autres.
3. Le droit à l’autodétermination politique
Miller avance que les nations ont une revendication légitime à l’autodétermination politique. Cela signifie qu’elles doivent disposer d’institutions (idéalement un État souverain) leur permettant de décider collectivement de leur avenir. Il soutient que les démocraties fonctionnent mieux lorsque les frontières politiques coïncident avec les frontières nationales, car la confiance issue d’une identité commune favorise la délibération démocratique et la justice sociale.
4. Face au multiculturalisme et à la modernité
Tout en étant libéral, Miller s’oppose au « multiculturalisme radical » qui voudrait fragmenter la société en groupes d’identités séparés. Il plaide pour une identité nationale inclusive et fluide, capable d’intégrer les minorités ethniques au sein d’une culture publique partagée, sans pour autant exiger l’abandon des cultures privées. Enfin, il conteste l’idée que la nation est devenue obsolète face à la mondialisation, affirmant que sans ce socle national, la solidarité sociale et la participation civique risquent de s’effondrer au profit d’un simple marché global sans racines.
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