Psychologie des foules

Illustration de foule diverse pour psychologie des foules, métapolitique et psychologie sociale.
1895 •  Français •  10 min de lecture

Positionnement idéologique

Gauche affirmée
Gauche modérée
Centre / Transversal
Droite modérée
Droite affirmée
Le Bon ne défend pas un programme politique de droite au sens moderne, mais son pessimisme anthropologique, sa méfiance radicale envers la démocratie de masse, son élitisme assumé et sa vision hiérarchique des sociétés le situent clairement au-delà d’une droite modérée. Il s’inscrit dans une droite d’ordre, d’autorité et de civilisation, antérieure aux clivages contemporains, qui inspirera aussi bien des conservateurs classiques que des courants autoritaires du XXᵉ siècle.

Un essai fondateur en psychologie sociale, qui analyse le comportement des individus lorsqu’ils se fondent dans une foule. Le Bon soutient que la foule forme une entité psychologique distincte de la somme des individus qui la composent. Dans la foule, l’individu perd son sens critique, sa volonté personnelle et son individualité : il devient suggestible, impulsif, excessif et irrationnel. Caractéristiques principales de la « mentalité collective » : contagion mentale (les idées et émotions se propagent comme un virus), suggestibilité extrême (la foule accepte sans réfléchir les affirmations simples, violentes et imagées), exagération des sentiments (amour, haine, héroïsme ou cruauté sont portés à l’extrême), disparition de la responsabilité (l’anonymat pousse à des actes que l’individu seul n’oserait pas commettre). Le Bon décrit aussi les leaders (orateurs charismatiques) qui manipulent les foules par des images, des répétitions et des affirmations catégoriques. Un ouvrage influent (lu par Freud, Mussolini, Hitler, de Gaulle…) qui explique les dynamiques des révolutions, des émeutes et des mouvements de masse.

Voici la liste des chapitres de l’ouvrage Psychologie des foules de Gustave Le Bon, structurée selon les trois livres qui composent le corps du texte :

Introduction : L’ère des foules

L’introduction de l’ouvragepose le constat d’une transformation profonde de la civilisation. Selon Gustave Le Bon, les véritables bouleversements historiques ne sont pas les événements violents visibles, mais les changements invisibles dans les idées, les conceptions et les croyances des peuples.

Voici les points clés développés dans cette introduction :

Une période de transition et d’anarchie

Le Bon affirme que l’époque actuelle est un moment critique où la pensée humaine se transforme sous l’influence de deux facteurs majeurs :

  • La destruction des croyances religieuses, politiques et sociales qui servaient de piliers à la civilisation.
  • La création de conditions d’existence entièrement nouvelles dues aux découvertes des sciences et de l’industrie. Cette phase de transition est marquée par l’anarchie, car les idées du passé restent puissantes tandis que celles du futur sont encore en formation.

L’avènement de la puissance des foules

Sur les débris des anciens pouvoirs, une force unique émerge et grandit : la puissance des foules. L’auteur souligne un basculement politique majeur : alors qu’autrefois la politique était menée par les souverains et leurs rivalités, aujourd’hui la voix des foules est devenue prépondérante et dicte la conduite des rois.

Cette puissance s’est manifestée par :

  • L’accession des classes populaires à la vie politique et leur transformation en classes dirigeantes.
  • La création d’associations et de syndicats qui imposent leurs volontés aux pouvoirs publics et régissent les conditions de travail.
  • Des revendications tendant vers un communisme primitif (expropriation des mines, partage des produits, etc.).

Caractère destructeur et absence de raison

Le Bon définit les foules comme étant peu aptes au raisonnement, mais très aptes à l’action. Il compare leur rôle historique à celui de microbes activant la dissolution des civilisations vieillies.

  • Destruction vs Création : Les civilisations sont créées par une petite aristocratie intellectuelle, tandis que les foules n’ont qu’une puissance destructrice.
  • Le « droit divin » des foules : Les nouveaux dogmes des masses acquièrent une force tyrannique, remplaçant le droit divin des rois.
  • Indifférence de la science : Bien qu’elle ait contribué à l’anarchie des esprits en dissipant les illusions, la science n’est pas responsable de ce chaos car elle promet la vérité et non le bonheur ou la paix.

La nécessité d’étudier la psychologie des foules

Puisque le règne des foules est inévitable, il est crucial de les comprendre. L’auteur note que :

  • Les psychologues ont souvent ignoré les foules, ne les étudiant que sous l’angle criminel, alors qu’elles peuvent aussi être héroïques ou vertueuses.
  • Les grands hommes d’État ont toujours été des psychologues inconscients possédant une connaissance instinctive de l’âme des foules, ce qui leur permettait de les maîtriser.
  • La connaissance de cette psychologie est indispensable pour l’homme d’État moderne, non pas pour gouverner les foules, mais pour éviter d’être trop complètement gouverné par elles.

En résumé, Le Bon considère que l’humanité entre dans une phase où la force aveugle du nombre devient la seule philosophie de l’histoire, marquant peut-être l’une des dernières étapes des civilisations occidentales avant un retour à l’anarchie ou l’éclosion de nouvelles sociétés.

Livre premier : L’âme des foules

Voici un résumé détaillé des quatre chapitres composant le Livre premier : L’âme des foules :

Chapitre premier : Caractéristiques générales des foules. Loi psychologique de leur unité mentale

Au sens psychologique, une foule n’est pas une simple agglomération d’individus, mais une entité dotée d’une âme collective transitoire. Sous l’influence de certains excitants, la personnalité consciente s’évanouit et les sentiments de toutes les unités s’orientent dans une même direction : c’est la loi de l’unité mentale des foules. Trois causes principales déterminent l’apparition de ces caractères spéciaux :

  • Le sentiment de puissance invincible : L’individu en foule cède à des instincts qu’il aurait refrénés seul, car la foule anonyme est irresponsable.
  • La contagion mentale : Tout sentiment ou acte est contagieux au point que l’individu sacrifie son intérêt personnel à l’intérêt collectif.
  • La suggestibilité : Semblable à un hypnotisé, l’individu devient l’esclave de ses activités inconscientes, sa volonté et son discernement étant abolis. En conséquence, l’individu en foule descend plusieurs degrés sur l’échelle de la civilisation ; il devient un instinctif, un barbare doté de la violence et de l’enthousiasme des êtres primitifs. Intellectuellement inférieure à l’homme isolé, la foule accumule non l’intelligence, mais la médiocrité.

Chapitre II : Sentiments et moralité des foules

Ce chapitre analyse les traits psychologiques fondamentaux qui régissent les actions des masses :

  • Impulsivité et mobilité : La foule est l’esclave de ses impulsions inconscientes et des stimulants extérieurs. Elle est incapable de volonté durable et passe instantanément de la férocité au dévouement.
  • Suggestibilité et crédulité : La foule erre aux limites de l’inconscient et accepte les suggestions les plus invraisemblables par contagion. Elle pense par images et subit des hallucinations collectives où l’événement réel est totalement défiguré par l’imagination.
  • Exagération et simplisme : Les sentiments des foules sont toujours extrêmes et ne connaissent pas les nuances. Le soupçon devient immédiatement une évidence indiscutable et l’antipathie se transforme en haine féroce.
  • Intolérance et autoritarisme : Les foules respectent la force et sont médiocrement impressionnées par la bonté, perçue comme une faiblesse. Elles se courbent devant une autorité forte mais piétinent le despote renversé.
  • Moralité : Si elle est capable de crimes atroces en raison de son irresponsabilité, la foule peut aussi faire preuve d’un héroïsme et d’une abnégation dont l’individu isolé est incapable.

Chapitre III : Idées, raisonnements et imagination des foules

Les foules ne sont accessibles qu’aux idées qui revêtent une forme très simple et qui sont représentées par des images. On distingue les idées accidentelles (engouements passagers) et les idées fondamentales (religieuses ou sociales) qui possèdent une grande stabilité. Une idée ne produit d’effet que lorsqu’elle pénètre l’inconscient pour devenir un sentiment. Le raisonnement des foules est d’un ordre inférieur, basé sur des associations de choses dissemblables et des généralisations hâtives de cas particuliers. Privée d’esprit critique, la foule ne discerne pas le vrai du faux. L’imagination des foules est prépondérante : elles sont frappées par le côté merveilleux et légendaire des événements. Le Bon affirme que « connaître l’art d’impressionner l’imagination des foules c’est connaître l’art de les gouverner ».

Chapitre IV : Formes religieuses que revêtent toutes les convictions des foules

Les convictions des foules ne sont pas de simples opinions, mais revêtent toujours une forme religieuse. Ce sentiment implique l’adoration d’un être supposé supérieur, la crainte de sa puissance, la soumission aveugle à ses dogmes et l’intolérance envers les dissidents. Cette essence religieuse se retrouve aussi bien dans le culte d’une divinité que dans celui d’un héros (comme Napoléon) ou d’une idée politique. Le Bon souligne que les grands événements historiques comme la Réforme ou la Révolution française sont avant tout des phénomènes religieux nés de l’âme populaire. Pour les foules, il faut être un dieu ou ne rien être.

Livre II : Les opinions et les croyances des foules

Voici le résumé détaillé des chapitres du Livre II : Les opinions et les croyances des foules :

Chapitre V : Facteurs lointains des croyances et opinions des foules

Les opinions des foules ne naissent pas par hasard ; elles sont préparées par des facteurs lointains qui rendent le terrain fertile pour certaines idées. Le Bon en identifie cinq principaux :

  • La race : C’est le facteur prédominant qui domine tous les autres. Les croyances et les institutions d’un peuple sont l’expression extérieure de son âme raciale.
  • Les traditions : Elles représentent la synthèse de la race et pèsent lourdement sur les foules, qui en sont les conservatrices les plus tenaces. Une civilisation exige des traditions stables pour exister, mais doit s’en libérer lentement pour progresser.
  • Le temps : Il est le véritable maître qui fait germer, grandir et mourir les croyances. Les idées d’une époque sont les « filles du passé et mères de l’avenir ».
  • Les institutions politiques et sociales : Contrairement à l’opinion courante, Le Bon affirme que les institutions ne peuvent pas modifier le caractère des peuples ; elles sont au contraire le produit de la race. Changer les noms des institutions par des révolutions ne change pas leur fond.
  • L’instruction et l’éducation : L’auteur critique vivement le système d’éducation « latin » basé sur l’apprentissage par cœur de manuels. Selon lui, ce système crée des « déclassés » et des révoltés en préparant les jeunes à des fonctions publiques plutôt qu’à la vie réelle. Il loue par contraste le système anglo-saxon, fondé sur l’apprentissage pratique et l’initiative.

Chapitre VI : Facteurs immédiats des opinions des foules

Ces facteurs se superposent au travail lointain pour provoquer la persuasion active et le déchaînement des foules.

  • Les images, les mots et les formules : Les mots possèdent une puissance magique indépendante de leur sens réel ; c’est l’image qu’ils évoquent qui frappe les esprits. Des termes vagues comme liberté ou démocratie ont un prestige immense car ils servent de « bouton d’appel » à des aspirations inconscientes. L’art des gouvernants consiste à baptiser de mots nouveaux les choses que les foules détestent sous leurs anciens noms.
  • Les illusions : Les foules ont un besoin vital d’illusions religieuses ou sociales. Celui qui sait les illusionner devient leur maître, tandis que celui qui tente de les désillusionner est leur victime.
  • L’expérience : C’est le seul moyen efficace de détruire une illusion trop dangereuse, mais elle doit être répétée à une échelle gigantesque et sur plusieurs générations pour porter ses fruits.
  • La raison : Son influence est purement négative. Les foules ne sont pas influençables par des raisonnements logiques mais par de grossières associations d’idées. Les orateurs font appel aux sentiments, jamais à la raison.

Chapitre VII : Les meneurs des foules et leurs moyens de persuasion

Toute foule se place instinctivement sous l’autorité d’un chef, le meneur.

  • Les meneurs : Ce sont souvent des hommes d’action, peu clairvoyants mais dotés d’une volonté forte. Ils sont habités par une foi intense qui leur permet de fasciner les masses. Le Bon distingue les meneurs à volonté momentanée (braves et violents) de ceux à volonté durable (fondateurs de religions ou de grandes œuvres).
  • Les moyens d’action : Pour faire pénétrer des idées, les meneurs utilisent trois procédés : l’affirmation pure et simple (sans preuve), la répétition (qui finit par incruster l’idée dans l’inconscient) et la contagion (qui propage les sentiments comme des microbes).
  • Le prestige : C’est le ressort fondamental de la domination. Il peut être acquis (fortune, titre, nom) ou personnel (fascination magnétique exercée par des individus comme Napoléon). Le prestige paralyse le jugement et disparaît généralement avec l’insuccès.

Chapitre VIII : Limites de variabilité des croyances et des opinions des foules

Il existe deux classes d’opinions chez les peuples :

  • Les croyances fixes : Ce sont les grandes convictions permanentes (chrétiennes, démocratiques, sociales) qui constituent la charpente d’une civilisation. Il est extrêmement difficile de les établir ou de les détruire ; leur mort est généralement marquée par des révolutions violentes.
  • Les opinions mobiles : Ce sont des idées superficielles et éphémères (modes littéraires, engouements politiques) qui naissent et meurent sans cesse à la surface des croyances fixes.

Le Bon note que de nos jours, l’émiettement des croyances générales rend les opinions de plus en plus mobiles. La presse et les gouvernements, autrefois directeurs de l’opinion, en sont devenus les simples reflets, incapables de diriger des foules désormais régies par leurs propres impulsions.

Livre III : Classification et description des diverses catégories de foules

Voici le résumé détaillé des chapitres du Livre III : Classification et description des diverses catégories de foules, qui conclut l’ouvrage de Gustave Le Bon :

Chapitre IX : Classification des foules

L’auteur propose une classification méthodique des collectivités en partant de la « foule psychologique » organisée.

  • Les foules hétérogènes : Elles se composent d’individus quelconques, sans distinction de profession ou d’intelligence. On y distingue les foules anonymes (comme les foules des rues) et les foules non anonymes (comme les jurys ou les assemblées), où le sentiment de responsabilité est plus présent.
  • Le rôle de la race : C’est le facteur le plus puissant qui limite les oscillations des foules hétérogènes ; une foule latine ne réagira jamais comme une foule anglo-saxonne.
  • Les foules homogènes : Elles comprennent les sectes (lien de croyance), les castes (lien professionnel) et les classes (intérêts et habitudes de vie communs).

Chapitre X : Les foules dites criminelles

Le Bon conteste le terme de « criminel » au sens psychologique, car l’individu en foule agit comme un automate inconscient.

  • Le sentiment du devoir : Les crimes des foules résultent d’une suggestion puissante ; les auteurs sont persuadés d’accomplir un acte méritoire ou patriotique.
  • Exemples historiques : L’auteur analyse le meurtre du gouverneur de la Bastille par un cuisinier « badaud » convaincu de détruire un monstre, ainsi que les massacres de Septembre en 1792. Ces foules font preuve d’un mélange de férocité extrême et d’une sensibilité déconcertante, comme ces massacreurs qui applaudissent la libération d’un détenu après en avoir tué des dizaines d’autres.

Chapitre XI : Les jurés de cour d’assises

Les jurés constituent une foule hétérogène non anonyme dont les décisions ne dépendent pas du niveau intellectuel.

  • L’intelligence est inutile : Statistiquement, un jury composé de savants rend les mêmes verdicts qu’un jury de petits commerçants.
  • Influence des sentiments : Les jurés sont impitoyables pour les crimes qui les menacent, mais indulgents pour les crimes passionnels.
  • Le prestige de l’avocat : Un bon avocat agit sur les sentiments des meneurs du jury plutôt que par des raisonnements logiques. Le Bon conclut que le jury est une institution indispensable car il est la seule protection contre les inexorabilités de la caste des magistrats, souvent moins humaine.

Chapitre XII : Les foules électorales

Ces foules manifestent une faible aptitude au raisonnement et une grande crédulité.

  • Les qualités du candidat : Le candidat doit posséder du prestige (fortune ou nom) et ne pas hésiter à abuser de la flagornerie et des promesses les plus extravagantes.
  • Le pouvoir des mots : Des formules vagues ou magiques (comme « la république fédérale » en Espagne) permettent de séduire toutes les aspirations sans être précis.
  • Défense du suffrage universel : Malgré ses défauts (il peut mener à des invasions ou au socialisme), Le Bon préconise de le conserver car il est devenu un dogme moderne aussi puissant que les dogmes religieux du passé. Un suffrage restreint aux « capacités » ne changerait rien, car les savants en foule votent selon leurs sentiments et l’esprit de leur parti.

Chapitre XIII : Les assemblées parlementaires

Bien que composées de membres élus, les assemblées présentent tous les caractères des foules : simplisme des idées, irritabilité et suggestibilité.

  • Simplisme législatif : Les parlements tentent de résoudre des problèmes complexes par des principes abstraits et des lois générales.
  • Le rôle des meneurs : Les membres n’ont d’opinions fixes que sur les intérêts locaux ; sur les questions générales, ils suivent les meneurs qui les dominent par leur prestige.
  • Les deux dangers majeurs :
    1. Le gaspillage forcé des finances par clientélisme électoral.
    2. La restriction progressive des libertés individuelles par la création incessante de lois restrictives qui augmentent le pouvoir d’une caste de fonctionnaires irresponsables.

L’ouvrage se clôt sur une vision cyclique de l’histoire : les peuples passent de la barbarie à la civilisation grâce à un idéal (un rêve), puis déclinent dès que cet idéal perd sa force, l’État absorbant alors toutes les énergies avant que la société ne redevienne une foule incohérente de barbares.

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