Qu’est-ce que la propriété ?

Couverture de Proudhon, Qu'est-ce que la propriété ?
1840 •  Français •  3 min de lecture

Positionnement idéologique

Gauche affirmée
Gauche modérée
Centre / Transversal
Droite modérée
Droite affirmée
Pierre-Joseph Proudhon se positionne à l'extrême gauche du spectre politique de son époque, en tant que fondateur de l'anarchisme.
Il prône l'abolition radicale de la propriété privée, qu'il définit comme un « vol » et une « négation de l'égalité », exigeant en retour une égalité absolue des conditions et des salaires pour tous les citoyens. Il s'oppose vigoureusement à l'exploitation de l'homme par l'homme et au despotisme gouvernemental, proposant de remplacer l'autorité des volontés humaines par un « socialisme scientifique » régi par la souveraineté de la raison et la libre association.

Ce texte, publié en 1840, rendit célèbre Pierre-Joseph Proudhon grâce à une impérissable formule « La propriété, c'est le vol. » Pour Proudhon, le capitalisme est l'apothéose d'une extorsion invisible. Le rassemblement productif des travailleurs dégage une force collective supérieure à la somme des forces de ces travailleurs pris isolément. Or la propriété privée des moyens de production autorise le capitaliste à rémunérer le travailleur sur la seule base individuelle de ce qu'il aurait produit s'il avait été placé hors de la force collective de production. Le propriétaire du capital empoche la différence ; ce surplus est le profit capitaliste, que Proudhon appelle l'aubaine. Toute la question économique de la justice est de répartir cette plus-value sans accaparement ni spoliation. En notre temps de crise du capitalisme, est-il question plus urgente ? La lecture du texte provocateur de Proudhon nous en prouve l'actualité. Saurons-nous y répondre mieux que lui ?

Pierre-Joseph Proudhon se présente dans cet ouvrage, publié en 1840, non comme un agitateur, mais comme un « CHERCHEUR DE VÉRITÉ ». Premier penseur à se revendiquer explicitement comme anarchiste, il utilise une méthode qu’il veut rigoureuse, presque géométrique, pour analyser les fondements de la société.

Sa pensée s’articule autour de plusieurs axes révolutionnaires :

1. La célèbre maxime : « La propriété, c’est le vol »

Proudhon débute son livre par cette affirmation percutante. Pour lui, la propriété n’est pas un droit naturel, mais une usurpation. Il dresse une analogie avec l’esclavage : si l’esclavage est l’assassinat de la personnalité, la propriété est le vol de la subsistance du travailleur. Il considère que ni l’occupation première, ni le travail, ni la loi ne peuvent légitimement créer un droit de propriété absolu.

2. Le « Droit d’Aubaine » et l’impossibilité de la propriété

Proudhon définit la propriété comme le droit d’aubaine, c’est-à-dire le pouvoir du propriétaire d’exiger une part du produit d’autrui sans avoir lui-même travaillé.

  • Une impossibilité mathématique : Il tente de démontrer par le calcul que la propriété est impossible car elle exige « quelque chose pour rien ».
  • Un cycle de ruine : En prélevant une part du produit (fermage, loyer, intérêt), le propriétaire empêche le travailleur de racheter son propre produit, ce qui mène inévitablement à des crises de surproduction, à la misère et à ce qu’il appelle le « suicide » de la société.

3. La « Force Collective »

L’un de ses apports majeurs est la distinction entre le travail individuel et la force collective. Il soutient que le capitaliste commet une erreur de calcul (ou un vol) en payant chaque ouvrier individuellement sans rémunérer la puissance immense qui résulte de leur union. Pour Proudhon, « cette force immense […] il ne l’a point payée », et le surplus généré par la coopération devrait rester une propriété collective.

4. L’égalité absolue des salaires

Proudhon rejette l’idée que le talent ou le génie justifient une richesse supérieure. Pour lui, le talent est un capital accumulé par la société tout entière (éducation, modèles passés) dont l’individu n’est que le dépositaire. Il en conclut que dans une société juste, « tous les salaires sont égaux ».

5. L’Anarchie et le « Socialisme Scientifique »

Il définit l’anarchie non comme le désordre, mais comme l’« absence de maître, de souverain ». Sa vision politique est celle d’un socialisme scientifique où :

  • La souveraineté de la raison remplace la souveraineté de la volonté humaine (celle d’un roi ou d’une majorité).
  • Les lois ne sont plus votées, mais découvertes et démontrées par la science et la statistique.
  • Le gouvernement de l’homme par l’homme est remplacé par une organisation administrative des fonctions industrielles et agricoles.

6. La synthèse : La Liberté

Proudhon rejette aussi bien la communauté (communisme) que la propriété. La première est pour lui l’exploitation du fort par le faible, et la seconde l’exploitation du faible par le fort. Il propose une synthèse qu’il appelle la Liberté, définie comme l’équilibre entre l’égalité (loi) et l’indépendance de la raison individuelle.

En résumé, Proudhon se voit comme le démolisseur d’un ordre social injuste fondé sur le privilège, pour poser les bases d’une société où la possession (usage du bien) remplacerait la propriété, garantissant ainsi une égalité réelle et permanente.

Qu’est-ce que la propriété ?, est structuré en cinq chapitres principaux :

  • Chapitre I : Méthode suivie dans cet ouvrage. – Idée d’une révolution. Ce chapitre introduit la célèbre thèse « La propriété, c’est le vol » et définit l’approche de Proudhon comme celle d’un « chercheur de vérité ».
  • Chapitre II : De la propriété considérée comme droit naturel. – De l’occupation et de la loi civile, comme causes efficientes du domaine de propriété. Proudhon y analyse les fondements juridiques et philosophiques classiques de la propriété basés sur l’occupation et la loi.
  • Chapitre III : Du travail, comme cause efficiente du domaine de propriété. L’auteur y discute la théorie selon laquelle le travail serait le fondement de la propriété, affirmant que le droit au produit du travail est exclusif mais que le droit à l’instrument de travail (le sol) est commun.
  • Chapitre IV : Que la propriété est impossible. Proudhon tente de démontrer mathématiquement et physiquement que la propriété est un principe contradictoire qui mène à la destruction de la société. Il y définit la propriété comme le « droit d’aubaine ».
  • Chapitre V : Exposition psychologique de l’idée de juste et d’injuste, et détermination du principe du gouvernement et du droit. Dans ce dernier chapitre, Proudhon explore les fondements psychologiques de la justice, critique la communauté et la propriété pour proposer une synthèse qu’il appelle la « Liberté » et définit son concept d’anarchie comme l’absence de maître ou de souverain.

Discussion membre

Discussion et réponses

Connectez-vous pour lire la discussion membre et participer à la conversation autour de ce contenu.

Conversation réservée aux membres

La discussion autour de ce contenu est réservée aux membres connectés. Utilisez l'accès par e-mail sans mot de passe pour lire le fil et publier votre réponse.

Se connecter pour participer