The Ethnic Origins of Nations

The Ethnic Origins of Nations
1986 •  Anglais •  5 min de lecture

Positionnement idéologique

Gauche affirmée
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Centre / Transversal
Droite modérée
Droite affirmée
L’ouvrage propose une analyse historique et sociologique de la formation des nations, montrant qu’elles s’appuient sur des héritages ethniques et culturels antérieurs sans s’y réduire entièrement. Refusant aussi bien l’idée d’une nation purement moderne que celle d’une nation naturelle, Anthony D. Smith adopte une position analytique intermédiaire, descriptive et non normative. Le livre éclaire le phénomène national sans défendre de projet idéologique particulier.

Anthony D. Smith montre que les nations modernes ne surgissent pas ex nihilo : elles prolongent des communautés ethniques anciennes dont elles reprennent les mythes, symboles, mémoires et valeurs. Contre les modernistes qui voient la nation comme entièrement récente et contre les primordialistes qui la pensent naturelle, Smith défend une voie médiane : la nation est une construction moderne fondée sur des matériaux pré-modernes. Il distingue le modèle civique-occidental et le modèle ethnique-généalogique, et montre comment l’État moderne, la citoyenneté et la mobilisation de masse ont réorganisé sans effacer les héritages culturels et historiques. Pour Smith, la nation n’abandonne pas l’ethnie : elle la transforme, la politise et la réactive pour garantir continuité et identité.

Introduction

L’ouvrage vise à analyser les origines et la généalogie des nations, en particulier leurs racines ethniques. Smith avance que l’ethnicité a fourni un modèle puissant et durable pour l’association humaine, qui a été adapté et transformé, mais non effacé, lors de la formation des nations modernes. Il rejette les hypothèses à la fois des « modernistes » (selon lesquelles la nation est un phénomène entièrement moderne) et des « primordialistes » (selon lesquelles la nation est une unité naturelle et donnée). L’étude se concentre sur les facteurs plus « subjectifs » de l’identité et de la culture collective, tels que les mythes, les mémoires, les symboles et les valeurs.

Chapitre 1 : Les nations sont-elles modernes ?

Ce chapitre a pour objectif de détailler les forces et les limites des approches rivales « primordialiste » et « instrumentaliste » de l’ethnicité, ainsi que des positions « pérennialistes » et « modernistes » concernant les origines des nations. Smith cherche à distinguer les concepts de communauté ethnique (ethnie) et de nation, ainsi que d’identité ethnique et de nationalisme. Il soutient que le cœur de l’ethnicité réside dans le « quatuor des mythes, mémoires, valeurs et symboles ».

Première Partie : Les communautés ethniques dans les époques pré-modernes

Chapitre 2 : Fondements de la communauté ethnique

Ce chapitre analyse les principales caractéristiques des communautés ethniques (ethnie) et retrace leurs bases économiques, culturelles et politiques. Une ethnie est définie comme une population humaine nommée, partageant des mythes d’ascendance, des histoires et des cultures communes, ayant une association avec un territoire spécifique et un sentiment de solidarité. Le chapitre aborde les mythes d’ascendance, une histoire partagée et une culture distinctive partagée (langue, religion, coutumes) comme éléments constitutifs. La structure « idéale-typique » des ethnie pré-modernes comprend une masse de paysans/artisans, une petite strate d’élites urbaines (dirigeants, bureaucrates, militaires), et une petite strate de prêtres/scribes qui agissent comme gardiens de la croyance et des agents de socialisation.

Chapitre 3 : Ethnie et ethnicisme dans l’histoire

Ce chapitre explore la puissance et les formes d’auto-renouvellement des ethnie. L’ethnicisme (l’activité collective en défense de l’ethnie) s’est manifesté sous trois grandes formes dans l’Antiquité et le Moyen Âge : la restauration territoriale (comme la Reconquista catalane ou l’idéal grec de libérer l’Ionie), la restauration généalogique (mêlant légitimations ethniques et dynastiques, comme chez les Normands) et le renouvellement culturel (comme le renouveau égyptien sous les Ptolémées ou le renouveau iranien sous Chosroès I). L’auteur distingue trois types de mythomoteurs (mythes politiques constitutifs) : dynastique, communautaire-politique et communautaire-religieux. Le mythomoteur religieux a incontestablement le plus grand impact sur la propension d’ethnocentrisme et les mouvements ethnicistes.

Chapitre 4 : Classe et ethnie dans les sociétés agraires

Contrairement à l’argument « moderniste » selon lequel les sociétés agraires étaient trop stratifiées pour permettre l’émergence de nations, ce chapitre soutient qu’un nombre considérable de cultures d’élite se sont étendues à d’autres strates. L’importance de la mobilisation militaire dans la formation et le maintien du sentiment ethnique est soulignée. L’auteur établit une distinction cruciale entre deux types d’ethnie :

  1. L’ethnie latérale et aristocratique (vaste et imprécise dans l’espace, culturellement limitée aux nobles et aux clercs, et souvent liée à des cultures dynastiques).
  2. L’ethnie verticale et démotique (intensive et exclusive, souvent urbaine ou basée sur des confédérations tribales, et caractérisée par un lien religieux fort, voire missionnaire, ainsi qu’une plus grande participation populaire).

Chapitre 5 : Survie et dissolution ethnique

Ce chapitre examine les facteurs de persistance et de déclin des communautés ethniques. Il conclut que les conditions religieuses de salut (textes, liturgies, clergés) sont des éléments vitaux pour le maintien des formes ethniques. L’auteur contraste la survie des États ethniques (où le pouvoir étatique aristocratique établit des institutions bureaucratiques incorporatives) avec celle des minorités ethniques (souvent verticales et démotiques). Dans le cas des minorités, les prêtrises et les textes sacrés jouent un rôle clé en tant que gardiens et transmetteurs du complexe « mythe-symbole ». Pour les communautés de la diaspora, la foi ardente et le rituel remplacent souvent le territoire perdu, substituant une patrie imaginaire à la patrie physique.

Deuxième Partie : Ethnie et nations dans l’ère moderne

Chapitre 6 : La formation des nations

Ce chapitre commence par les ruptures radicales introduites par les révolutions économiques, politiques et culturelles en Occident. Il trace deux modèles de formation de la nation, dont l’interaction conduit à un concept de nation double et instable :

  1. Le modèle civique-territorial (Occident) : centré sur la révolution administrative et militaire de l’État et l’idée de citoyenneté (droits et devoirs légaux égaux pour tous les membres).
  2. Le modèle ethnique-généalogique (Orient, Tiers Monde) : formé sur la base d’ethnie préexistantes, mettant l’accent sur la généalogie, le populisme, les coutumes et le nativisme.

Chapitre 7 : De l’ethnie à la nation

Ce chapitre approfondit le caractère moderne des nations en les voyant comme des Gesellschaften (sociétés complexes, mobilisées et impersonnelles). La transition vers la nation implique la politicisation de l’ethnie (en réponse aux menaces externes), l’émergence d’une nouvelle prêtrise composée d’intellectuels séculiers (prenant la place des prêtrises anciennes), l’autarchie et la territorialisation (la quête d’une « patrie » compacte avec des frontières défendables), et la mobilisation et l’inclusion de toutes les strates sociales via la citoyenneté. L’imagination moderne conceptualise la nation comme un corps homogène de citoyens égaux liés par des liens impersonnels mais fraternels.

Chapitre 8 : Légendes et paysages

Ce chapitre explore la nécessité pour la nation de retrouver son passé pour vaincre le sentiment de futilité et de mort. Les intellectuels, cherchant leurs « racines », reconstruisent le passé de manière « romantique » et « scientifique ». Pour situer la communauté, on utilise les « espaces poétiques » (l’usage du paysage) pour en faire une « patrie » distinctive, et les « âges d’or » (l’usage de l’histoire) pour retracer les origines héroïques. Les héros des âges d’or (comme Guillaume Tell ou le roi Arthur) sont des figures emblématiques qui fournissent un modèle pour la régénération collective et incarnent les qualités uniques de la communauté. Ces reconstructions forment les « cartes » et les « moralités » des nations modernes.

Chapitre 9 : La généalogie des nations

Ce chapitre final synthétise l’analyse. Il affirme que les nations modernes ne sont pas aussi « modernes » que le croient les modernistes; si elles l’étaient, elles ne pourraient pas survivre. Les nations sont des processus historiques à long terme qui se ré-actualisent constamment dans des limites définies par leurs racines historiques. Les nations ont besoin de patries, de héros et d’âges d’or pour garantir leur identité et leur continuité.

L’auteur conclut que la révolution moderne a radicalement changé les moyens de communication et d’association (par exemple, le remplacement des prêtrises par l’intelligentsia), mais pas fondamentalement les fins recherchées par les ethnie pré-modernes : la solidarité, l’harmonie sociale, l’estime de soi et la régénération. Il insiste sur le fait qu’aucun ordre mondial durable ne peut être créé en ignorant le besoin universel des nations de trouver leurs racines dans un passé ethnique.

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