Théorie du corps amoureux
Positionnement idéologique
Pour en finir avec la monogamie, la fidélité, la procréation, la famille, le mariage et la cohabitation associés, Michel Onfray redéfinit le désir comme excès, le plaisir comme dépense, et invite à une théorie du contrat appuyée sur la seule volonté de deux libertés célibataires. Contre le modèle chrétien qui préside toujours à la définition de la relation entre les sexes, il propose une relecture des philosophes matérialistes et sensualistes de l'antiquité gréco-romaine. Michel Onfray oppose l'idéal ascétique pythagoricien, juif, platonicien et chrétien - qui suppose la misogynie, la haine du désir et des plaisirs, la condamnation de la chair, le mépris du corps, le pouvoir absolu du mâle - à l'idéal hédoniste cyrénaïque, cynique, épicurien, qui invente la liberté amoureuse, la chair sans culpabilité, le célibat joyeux et l'égalité libertine des hommes et des femmes. Contre la vie mutilée, ce livre invite à une érotique solaire entièrement indexée sur ses pulsions de vie et refuse radicalement les pulsions de mort. Il propose de répondre à la question : comment rester libre dans la relation amoureuse ? et, pour ce faire, invite à déchristianiser l'éthique, à réaliser un féminisme libertin, à promouvoir un éros léger, ludique, et à formuler une physiologie des passions qui permette un art de rester soi dans le rapport à autrui.
Michel Onfray (né en 1959 à Argentan) est philosophe, essayiste et fondateur de l’Université populaire de Caen. Sa philosophie hédoniste place le corps, le désir et le plaisir au centre de l’existence humaine. Contre la tradition philosophique occidentale — de Platon à Kant — qui réprime la sexualité au nom de l’âme, de la raison ou de la morale, Onfray entreprend de construire une éthique positive du corps amoureux fondée sur la réciprocité et la liberté.
À propos de ce livre
Théorie du corps amoureux — Pour une érotique solaire (2000) est une tentative de fonder philosophiquement une érotique libérée des culpabilités judéo-chrétiennes. Onfray y élabore une théorie du désir et de l’amour fondée sur la philosophie cyrénaïque et épicurienne, opposée aux idéaux ascétiques de la tradition platonicienne, pythagoricienne et chrétienne. L’« érotique solaire » qu’il propose est une célébration du corps et du plaisir partagé comme chemin vers la sagesse.
Résumé chapitre par chapitre
Généalogie du désir : critique de l’androgynie platonicienne
Onfray ouvre par une critique du mythe de l’androgyne de Platon (dans le Banquet) : l’idée que l’amour est une recherche de sa « moitié » perdue conduit à un idéal fusionnel et possessif qui nie la singularité de l’autre. Contre cette vision déficitaire du désir, Onfray propose une érotique de la plénitude : on aime non parce qu’on manque, mais parce qu’on déborde.
La logique du plaisir : l’éléphant et le porc
Onfray mobilise deux métaphores animales pour décrire deux érotiques opposées. L’éléphant monogame représente l’amour exclusif et fidèle ; le porc épicurien représente la jouissance plurielle et non-exclusive. Sans hiérarchiser ces deux formes, Onfray montre que la tradition morale occidentale a systématiquement condamné le second au profit du premier.
Critique de l’ascétisme érotique
Ce chapitre passe en revue les grandes traditions de répression du corps amoureux : le pythagorisme (le corps comme prison de l’âme), le platonisme (l’amour comme désir de l’Un immatériel), le judaïsme et le christianisme (la sexualité comme faute originelle). Onfray montre comment ces traditions convergent pour former une culture de la culpabilité érotique qui marque encore profondément la morale occidentale.
Pour une érotique solaire : réciprocité et liberté
La proposition positive d’Onfray est une érotique fondée sur deux principes : la réciprocité (l’autre est une liberté, pas un objet) et la célébration (le plaisir est une valeur, pas une faiblesse). S’appuyant sur les Cyrénaïques et Épicure, il esquisse une éthique érotique qui réconcilie désir et respect, jouissance et dignité, corps et philosophie.
Vers des contrats libertins
La conclusion pratique de l’ouvrage est une proposition d’organisation des relations amoureuses sur la base de contrats librement négociés entre égaux. Ces contrats libertins — non au sens libertin traditionnel mais au sens de la liberté — remplacent les institutions imposées (mariage, monogamie obligatoire) par des arrangements choisis, renouvelables et fondés sur la volonté mutuelle.
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