Tristes tropiques

Tristes tropiques
1955 •  Français •  559 pages •  3 min de lecture

Positionnement idéologique

Gauche affirmée
Gauche modérée
Centre / Transversal
Droite modérée
Droite affirmée
Récit anthropologique et philosophique d'un voyage en Amazonie, Lévi-Strauss y formule une critique humaniste de l'ethnocentrisme occidental et de la destruction coloniale des civilisations indigènes. Sans engagement militant, l'ouvrage s'inscrit dans la tradition progressiste et universaliste de la gauche intellectuelle française d'après-guerre.

Essai de l'anthropologue français Lévi-Strauss, avec une section introductive qui détaille les ouvrages précédents de l'auteur, notamment sur la vie sociale et la parenté des Indiens Nambikwara du Brésil, que l'auteur a rencontré. Les premières parties du texte, intitulées « La fin des voyages » et « Feuilles de route », servent de récit personnel où l'auteur exprime son dégoût pour les récits d'expédition sensationnalistes et la profession d'explorateur. Il narre ses propres expériences de voyage, y compris une traversée difficile vers la Martinique en 1941, où il a été confronté à l'hostilité et à la bêtise des autorités françaises, et discute des circonstances qui l'ont mené à devenir ethnologue à l'Université de São Paulo. Lévi-Strauss critique l'impact destructeur de la civilisation occidentale sur les cultures indigènes et déplore l'illusion du voyage, cherchant à se confronter à la vérité de son expérience.

Tristes Tropiques est un ouvrage de C. Lévi-Strauss, de L’Académie française. Publié pour la première fois en 1955, avec une nouvelle édition révisée en 1973, le livre contient 38 illustrations, une carte dans le texte, 63 photographies de l’auteur hors texte et un index.

Le livre se présente comme un récit de voyages et d’expéditions, bien que l’auteur commence par exprimer sa haine des voyages et des explorateurs. L’aventure est décrite non pas comme l’essence de la profession d’ethnographe, mais comme une servitude qui fait perdre des semaines ou des mois.

Critique du voyage et de la civilisation (Première partie : La fin des voyages)

Lévi-Strauss critique le genre du récit de voyage, dont la faveur est inexplicable. Il dénonce les explorateurs modernes qui transforment les « platitudes et les banalités » en révélations par le seul fait d’avoir parcouru des milliers de kilomètres. Il oppose ces spectacles modernes (conférences dans de grandes salles) aux humbles rassemblements scientifiques du passé.

L’auteur affirme que les voyages ne livreront plus jamais leurs trésors intacts car une civilisation proliférante et surexcitée trouble à jamais le silence des mers. Il observe que la grande civilisation occidentale produit une masse prodigieuse de sous-produits maléfiques dont la terre est infectée. Il déplore que l’humanité s’installe dans la monoculture et s’apprête à produire la civilisation en masse.

Il analyse la fascination moderne pour les récits d’exploration comme une illusion de ce qui n’existe plus. Les récits d’explorateurs, même honnêtes, sont falsifiés (souvent inconsciemment) et substitués au vécu par le poncif.

Lévi-Strauss compare la mode des récits d’exploration à la « quête du pouvoir » des tribus indigènes d’Amérique du Nord, où les adolescents s’isolent et s’exposent à des souffrances physiques pour obtenir une puissance personnelle qui révoquera un ordre social autrement immuable. De même, la société contemporaine confère un pouvoir « magique » (articles de presse, gros tirages) à ceux qui s’exposent à des situations extrêmes. Le livre est, pour l’auteur, le témoignage de l’échec de l’évasion.

Récits d’expéditions et mésaventures

L’auteur raconte ses expériences, y compris son premier départ pour le Brésil pour enseigner la sociologie à l’Université de São Paulo en 1934. Il évoque son mentor, Georges Dumas.

Il décrit deux traversées contrastées :

  1. Avant-guerre (période 1935) : Il évoque le privilège royal d’occuper seul les premières classes de paquebots mixtes.
  2. Pendant la guerre (1941) : Il relate sa tentative de fuite de la France occupée vers New York via la Martinique, sous l’égide de la Fondation Rockefeller. Après un refus de visa au Brésil, il embarque sur le Capitaine-Paul-Lemerle, qui transporte environ 350 personnes, dont André Breton et Victor Serge, entassées dans des cales sans air ni lumière. Les conditions de promiscuité et de malpropreté forcée étaient intolérables. À Fort-de-France, les passagers furent traités comme des boucs émissaires par les autorités militaires françaises en proie à une « fièvre obsidionale », et beaucoup furent internés au Lazaret.

Après avoir réussi à protéger ses documents ethnographiques (fichiers linguistiques, cartes, négatifs) du contrôle martiniquais, il part pour Porto Rico. Là, il est interné par la police américaine qui le soupçonne d’être un émissaire de Vichy ou des Allemands, jusqu’à ce qu’un spécialiste du FBI valide ses documents.

La genèse de l’ethnographe (Deuxième partie : Feuilles de route)

Lévi-Strauss revient sur les circonstances de son départ pour le Brésil, révélé par un coup de téléphone en 1934. Il relate la confusion autour de la présence des Indiens : son contact Bouglé lui promettait des Indiens dans les faubourgs de São Paulo, tandis que l’ambassadeur du Brésil assurait qu’ils avaient tous été exterminés aux siècles précédents. L’auteur découvre que, en 1935, il n’y avait plus d’indigènes dans l’État de São Paulo (grand comme la France), le résultat d’une extermination continue, y compris par l’utilisation de vêtements infectés. Il a dû voyager trois mille kilomètres dans l’intérieur pour trouver des Indiens.

Il explique son choix de l’ethnographie par son dégoût de la philosophie. Il décrit l’enseignement de la philosophie à la Sorbonne comme une gymnastique verbale basée sur la dialectique (thèse/antithèse/synthèse) qui remplaçait le goût de la vérité par le savoir-faire. Il explique qu’il était incapable de répéter ses cours (possédant une « intelligence néolithique » qui dévastait le terrain après une seule récolte) et que l’ethnographie fut sa planche de salut.

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