Oussama Ammar est probablement l’un des personnages les plus fascinants du paysage entrepreneurial français. Son prénom peut faire froncer les sourcils, son physique et son style provocateur alimentent les mèmes, et ses histoires (Yakuzas, multiples copines, parcours) font le bonheur des réseaux. Pourtant, derrière la caricature se cache un esprit brillant, un orateur exceptionnel et un entrepreneur qui n’a jamais cessé d’évoluer.
J’ai découvert Oussama à l’époque de The Family. J’étais déjà en Thaïlande, déjà entrepreneur sur place, donc l’écosystème français me concernait peu. J’avais cependant lu des articles à son sujet et vu quelques vidéos de lui sur Youtube, ce qui m’a donné envie d’assister en 2018 à l’une de ses conférences à Bangkok, organisée par une structure liée à l’Ambassade de France. L’ambassadeur lui-même avait introduit l’événement.
La conférence portait sur l’ubérisation de l’économie et les mutations de la révolution numérique. J’en suis ressorti impressionné par son éloquence, son aisance devant une salle bondée et sa capacité à rendre simples des sujets complexes. Son concept de « shaman » pour décrire certains développeurs informatiques, ces derniers rendant volontairement opaque le développement technique face à un fondateur non-technique afin de conserver pouvoir et mystère, m’avait particulièrement marqué en tant qu’ingénieur.
En tant que dirigeant d’une agence de développement web, je ne me considère pas comme un entrepreneur au sens « startup » du terme ; je gère une structure de services concrète. Cependant, mes équipes travaillent quotidiennement sur des projets de ce genre, et je reste connecté à cet univers via des amis proches. L’un d’eux dirige d’ailleurs une firme d’investissement et un réseau de family offices dédié aux entrepreneurs de « frontière » qui bâtissent des technologies dans l’IA et la robotique. Cette proximité avec le monde du capital-risque me permet de voir en Oussama non pas juste un influenceur, mais un symptôme et un moteur de ces mutations.
Depuis, on peut dire que je le suis. Sa transformation en « meme mythomane » début 2023 m’a fait rire car je connaissais déjà le personnage, mais j’ai toujours vu en lui un type particulièrement intelligent et pertinent, sous les aspects farfelus de l’Arabe obèse au prénom « compliqué ». Oussama a plutôt bien joué le jeu après une campagne de memes sur sa mythomanie supposée : il a assumé une partie des moqueries, a continué à poster du contenu et a même « joué avec le mème ». Ça fait partie de son personnage aujourd’hui. Même sa chute apparente, marquée par les conflits juridiques violents avec ses anciens associés de The Family, n’a fait que renforcer sa posture « d’anti-fragile ». Là où n’importe quel autre acteur de la French Tech aurait disparu de la circulation après de telles accusations, Oussama a pivoté, transformant ses déboires en un feuilleton narratif où il assume son rôle de pirate. C’est là sa force : il ne subit pas le réel, il le scénarise.
Du mentor de startups au « Venture Builder » souverain
Oussama a parcouru un chemin immense depuis l’époque de The Family. Déjà pour décrire The Family, c’était un incubateur parisien, une structure d’accompagnement pour jeunes entreprises innovantes, avec conseil, mentorat et accès à un réseau pour transformer une idée en modèle viable. C’était un incubateur atypique, une communauté ouverte : les startups donnaient un petit pourcentage d’équity en échange de conseils, de réseau et d’un accompagnement continu. Mais surtout, tout le monde venait pour Oussama Amar, pour son personnage, sa bonhomie, son énergie débordante et son talent de conteur. Oussama était le cœur battant de The Family, le gourou charismatique qui incarnait à lui seul l’esprit French Tech des années 2010.
Aujourd’hui, il ne s’agit plus pour lui de pousser des centaines de jeunes à lever des fonds, mais d’incarner lui-même ce qu’il appelle le « Solo Capitalist ». En gros, c’est l’idée qu’un individu seul, armé de son capital et de sa réputation, peut avoir autant d’impact qu’une institution entière. Basé à Dubaï, sa « terre promise » où il a multiplié son bonheur et sa liberté, il pilote désormais une structure unique.
Son message actuel est un électrochoc : la « startup fantasy » (levées de fonds, burnout et cash-burn) est morte. En 2026, l’ère est celle du Venture Building chirurgical. Pour le dire simplement, il ne se contente plus de conseiller : il construit la boîte de A à Z avec le fondateur, il met « les mains dans le cambouis » dès le premier jour. Oussama se définit comme le « co-fondateur préféré » : il co-crée environ cinq entreprises par an avec des fondateurs d’élite, apportant son génie narratif et stratégique en échange de parts au capital. Il a compris que dans un monde saturé d’IA, la valeur ne réside plus dans l’exécution technique, mais dans la vision et la capacité à bâtir des systèmes automatisés rentables.
L’Empire du contenu et la prophétie de l’IA
Son activité est devenue un média total. Avec pas mal d’abonnés sur sa chaîne YouTube et une présence hégémonique sur TikTok, il produit un flux massif de conseils concrets. À travers sa newsletter Better Call Ouss! et son podcast Sans Permission, il décortique l’avenir des entreprises 100 % IA. C’est-à-dire des structures où l’humain garde la vision stratégique, mais où l’exécution – le code, le marketing, le service client – est entièrement déléguée à des agents intelligents. Pour lui, l’IA est le grand égalisateur : elle permet à des structures minuscules de rivaliser avec des géants.
Il démonte les barrières mentales : pas besoin d’attendre un « déclic » ou de posséder un capital immense. En 2026, il a même pris une décision radicale : viser l’international en réduisant ses contenus en français pour conquérir le marché global. C’est une ambition qui ne s’embarrasse plus de frontières.
Le Pirate face au réel
Il y a une ironie fascinante dans cette évolution. L’homme qui a traversé les tempêtes judiciaires avec ses anciens associés (procédures au Royaume-Uni et en France) n’a pas seulement survécu : il a transformé ses cicatrices en galons. Il assume ses galères passées comme une partie intégrante de son storytelling, renforçant son image.
L’idée de devenir un « bâtisseur de systèmes » plutôt qu’un simple salarié ou un fondateur de startup épuisé est tentante. Sa vision d’une vie entre Dubaï et Tokyo, déconnectée des lourdeurs administratives françaises, fait rêver une nouvelle génération.
Qu’on adhère ou non à 100 % de son personnage de conteur insatiable, Oussama Ammar est aujourd’hui une voix francophone stimulante de l’entrepreneuriat moderne. Il incarne une France audacieuse, décomplexée et pragmatique… même si c’est désormais depuis le désert émirati qu’il montre la voie.
Israël n’est pas mon ennemi : une lucidité rare
Ce qui rend Oussama encore plus singulier, c’est son courage sur les sujets ultrasensibles. Le 18 avril, il a publié un texte puissant issu de son histoire personnelle :
« Je viens d’une famille du sud Liban. Ma grand-mère a été tuée par l’armée israélienne. Ma maman a vu sa maison détruite quatre fois. […] Et c’est précisément pour ça que je peux écrire ce qui suit. »
Sans filtre, il décrit la réalité du Hezbollah, l’influence iranienne, le prix du sang payé par les chiites du Sud et l’échec du modèle importé. Puis il pose le constat lucide : Israël est là, il est fort, il ne partira pas. Continuer la guerre ne sert qu’à faire plus de morts. Les Libanais n’ont rien à gagner à mourir pour les ambitions iraniennes.
« Israël n’est pas mon ennemi. Israël est un peuple avec qui j’ai envie d’avoir des liens. […] J’ai vu les drapeaux flotter ensemble et mes yeux se sont remplis de larmes. De joie. »
Un texte rare : ni naïf, ni idéologique. Il vient de quelqu’un qui a payé le prix fort et choisit la lucidité plutôt que la revanche éternelle.
Assimilation culturelle et vision identitaire réaliste
Oussama incarne un cas d’étude parfait pour une vision identitaire nuancée de la francité. Arrivé en France à 5 ans (de Beyrouth via Kinshasa), naturalisé en 2003, il parle un français d’une éloquence rare, s’est immergé dans l’écosystème entrepreneurial hexagonal et promeut des idées adaptées à la réalité française. Dans une perspective culturelle (modèle républicain revisité), il est Français par adoption profonde : audace, franc-parler, goût pour les idées générales, mégalomanie créatrice très French Tech.
Il incarne également cette figure moderne de « l’Individu Souverain ». Sa francité ne s’exprime pas par une soumission à l’administration ou à l’impôt, qu’il contourne par son nomadisme entre Dubaï et le Liban, mais par un usage magistral de la langue et du soft power français. C’est cette capacité à influencer et à séduire par la culture et les idées, plutôt que par la force. Il exporte une certaine idée de l’esprit français partout où il passe.
Il s’inscrit dans une longue tradition de Méditerranéens francisés, des Phocéens aux pieds-noirs. Il représente souvent la France à Dubaï mieux que bien des natifs timorés. Pourtant, il reste intrinsèquement à cheval sur plusieurs cultures : Libanais chiite d’origine, phénicien par fierté, globetrotter. Son physique, son prénom et son style le rendent immédiatement identifiable comme « issu de l’immigration ». L’assimilation individuelle est réelle et précieuse, mais incomplète à la première génération.
Le vrai test se joue dans la filiation. Ses enfants, élevés en français, dans une culture française dominante, avec un père qui valorise éloquence, entrepreneuriat et lucidité post-communautariste, auraient de très fortes chances de devenir des Français exemplaires. Ils porteraient un nom et des traits méditerranéens orientaux, mais la France a déjà intégré de nombreux profils similaires (italiens, espagnols, grecs, arméniens, libanais chrétiens). L’histoire française montre que l’assimilation réussie passe souvent par 2-3 générations.
À 39 ans, Oussama n’a a priori pas d’enfants. Il parle beaucoup de transmission, de famille et de contrats de mariage, mais reste le serial globe-trotter. Dans une optique identitaire démographique, la question est légitime : qu’attend-il pour faire des enfants à ses multiples copines ? Un homme brillant et lucide a un devoir de descendance s’il veut ancrer durablement son apport. On touche ici à une limite de son modèle : peut-on réellement prôner la survie de l’héritage français tout en vivant une vie de nomade déraciné sans descendance ? La transmission d’un patrimoine, qu’il soit une usine ou un nom, exige une forme de stabilité et de sacrifice de soi qu’il n’a pas encore totalement intégrée.
La pédagogie de la « claque bienveillante » : une leçon de réalisme social
Récemment, Oussama a publié une vidéo qui a fait le tour des réseaux, « T’as pas 50,000 Euros« , capturant un échange électrique avec un jeune de banlieue d’origine maghrébine avec des manières de racaille venu lui demander conseil pour trouver 50 000 €. C’est peut-être là qu’on voit l’Oussama le plus utile. Face à un jeune agressif, au discours confus, il ne choisit ni le mépris de classe, ni la complaisance victimaire.
Avec une brutalité salvatrice, il lui balance ses vérités : « Personne n’a envie de te donner de l’argent. Tu es agressif, tu présentes mal, tu as une tête d’arabe, tu as à peu près tout ce qui fait qu’on n’a pas envie de te donner de l’argent. » Ce n’est pas du racisme, c’est du réalisme de terrain. Oussama, qui connaît les codes de l’élite et ceux de la rue, explique au jeune que la vie est un « jeu de rôle » : si tu pars avec des malus (éducation, interface sociale, réputation), tu dois compenser par des compétences rares et une maîtrise de ton image. Il remplace le « travestissement » (ressenti comme une trahison par le jeune) par la « connexion émotionnelle ».
En lui disant « Moi je serais ton pote, je t’aurais foutu une tarte », il joue le rôle du grand frère ou du père que cette jeunesse en perdition n’a plus. Il offre une leçon d’assimilation par les codes : pour gagner, il faut comprendre les règles du jeu, descendre d’un ton, et acquérir une compétence que le marché valorise. Le dialogue se termine par un « Hamdoullah, tu m’as ouvert les yeux ». C’est la force du verbe d’Oussama : il utilise son identité comme un pont pour transmettre une exigence française de rigueur et de succès.
Synthèse
Mon opinion sur Oussama Ammar risque de clasher avec celle de la plupart des identitaires français, et je le comprends tout à fait. Vu mon profil et mon expérience (vie en Thaïlande, regard extérieur sur la France), j’ai toujours du mal à cacher mes incohérences : je défends des positions strictes sur l’attachement à l’identité française, tout en reconnaissant la valeur de certains profils comme le sien.
Oussama Ammar incarne une French Touch moderne : audace entrepreneuriale, franc-parler méditerranéen, résilience et refus des dogmes. On peut l’apprécier sincèrement tout en restant identitaire. Il est un exemple rare d’immigré qui enrichit la France par son talent et son courage intellectuel – plus « Français de culture » que bien des natifs déracinés. Mais il n’est pas Français de souche (héritage européen millénaire + catholicisme/laïcité historique). Son cas montre que l’assimilation est possible et désirable, à condition qu’elle soit sélective, contrôlée, et qu’elle s’accompagne de fécondité.
La France a besoin de plus d’Oussama… à condition qu’ils fassent des enfants français et que l’immigration reste choisie. La leçon est claire : l’identité française n’est pas seulement un passeport + la langue, c’est un héritage ethno-culturel qu’il faut transmettre majoritairement.
Personnellement, je continuerai à le suivre. Parce qu’il est rare de voir quelqu’un qui allie à ce point prise de risque, capacité à se réinventer et courage narratif. Et j’espère qu’il passera bientôt à l’acte sur la transmission – ce serait la plus belle preuve de son attachement réel à l’idée même de la France.
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