Je m’intéresse à l’islam depuis bien longtemps, et meme si je commence à avoir fait le tour du sujet (voir les multiples articles ici meme), il est toujours intéressant de lire d’autres avis. J’ai ces derniers jours lu trois livres coup sur coup traitant de l’islam, trouvés presque par hasard. Ils m’ont laissé le même sentiment : celui d’assister à un combat perdu d’avance, mais dont les acteurs refusent encore d’admettre la défaite.

Le premier auteur est un prêtre catholique dominicain, Français installé en Égypte de longue date, la deuxième est un Franco-Algérienne d’origine berbère, musulmane progressiste qui se veut « imam », et le dernier un essayiste et journaliste sur des médias de droite, Franco-Comorien, qu’on a pu voir sur les plateaux de télé ces derniers temps suite à la sortie d’un livre sur l’islam.

Trois auteurs proches de l’islam qui, chacun à sa manière, tentent de dire ce qu’est cette religion face au monde moderne. Et qui, malgré eux, finissent par dire la même chose : l’islam, tel qu’il est, est incompatible avec la civilisation occidentale.

1. Adrien Candiard – Le texte éternel et ses contorsions

Comprendre l’islam est le livre le plus troublant des trois, parce qu’il est le plus honnête. C’est un livre de la collection Champs Actuel de Flammarion qui publie des essais historiques ou sociologiques destinés au grand public cultivé. J’ai tout un rayon de livres de poche à la couverture jaune de cette collection sur mon étagère.
Candiard, prêtre dominicain d’une quarantaine d’années installé au Caire, ne vient pas faire la morale. Il vient décrire. Et si on sent qu’il aimerait défendre l’islam, une religion dont il est paradoxalement imprégné dans son travail quotidien et son pays de résidence tout en n’étant pas la sienne. Mais ce qu’il décrit est glaçant de lucidité. Il adopte une démarche analytique et documentée plutôt qu’un ton polémique.

Il commence par une image qui reste : les chrétiens lisent la Bible comme de la prose, les musulmans le Coran comme de la poésie. Pas pour en tirer des leçons, mais pour faire advenir Dieu. Le Coran n’est pas un texte à comprendre, c’est un texte à réciter. Il est la présence divine elle-même. D’où son omniprésence sonore, des taxis aux veillées funèbres, du Ramadan aux enterrements. On ne lit pas le Coran. On l’incarne.

Candiard note ensuite, presque en passant, que le Coran contient des versets pacifiques et d’autres violemment conquérants. « Chacun choisira ceux qu’il veut. » Phrase anodine en apparence, mais que je trouve curieuse. On ne peut choisir ce qu’on veut dans un texte qui représente la parole divine, et meme en imaginant qu’on préfère y piocher ce qui nous arrange, on ne pourra que constater que d’autres pourrons alors piocher différemment. Si un fou a parfois des paroles sensées, est ce qu’on va le juger sur ses seuls moments de lucidité et occulter les délires psychotiques ? Pour juger une idéologie on se base évidemment sur ce qu’elle a de pire car le sage n’efface pas le dément.

Le reste du livre est une longue démonstration involontaire : les musulmans modérés passent leur temps à faire des contorsions intellectuelles pour rester musulmans, et l’on fait depuis les débuts de cette religion jusqu’au XXIe siècle (on retrouvera ça chez l’auteur suivant). Il cite de nombreux auteurs anciens musulmans, qu’il connait certainement très bien, et leurs analyses ouvertes sur l’islam. Certes, mais il reconnait aussi que salafisme, lui, ne fait pas de gymnastique. Il est cohérent. Il est logique. Il est fidèle au texte. Et c’est bien pour ça qu’il gagne.

Le traitement par l’auteur des mouvements extrémistes donne l’impression que ces derniers sont ceux qui respectent le plus l’islam, quand la majorité des musulmans font preuve de contorsions idéologiques et spirituelles compliquées pour continuer à vivre comme musulman tout en étant conscient des incohérences que ça implique.

C’est bien beau de confronter islam traditionnel et les interprétations extrémismes désormais bien installés, mais c’est le fait que l’islam traditionnel n’arrive pas à répondre aux questions de l’occident moderne, dont l’égalité en droits des hommes et des femmes, qui renforce une mouvance comme le salafisme qui paraît beaucoup plus logique, moins hypocrite, aux croyants.

Candiard cite cette phrase terrible, presque prophétique : « Les institutions héritières de l’islam classique semblent tétanisées, incapables de sortir des réponses élaborées il y a des siècles pour des questions qui ne se posent plus, comme si prendre le risque d’innover était s’exposer précisément au sarcasme des salafistes. »

Et surtout, il pose le problème de fond, celui que personne n’ose vraiment regarder en face : la conception musulmane de la révélation. Le Coran n’est pas inspiré. Il est incréé. Parole éternelle de Dieu, dictée à Mahomet. Demander aux musulmans de relativiser cela, c’est leur demander de cesser d’être musulmans. Point final. Les chrétiens ont pu historiciser la Bible. Les musulmans, non. Parce que leur Dieu ne parle pas à travers des hommes. Il parle malgré les hommes.

Ce passage est assez révélateur: « Les chrétiens ont pu accepter le questionnement scientifique de la Bible, parce qu’il ne remettait pas en question leur conception traditionnelle de l’inspiration : Dieu s’adresse à l’homme à travers des auteurs humains, avec leur culture et leurs limites culturelles, dont les textes sont aussi l’expression. La conception musulmane de la révélation est différente. Demander aux musulmans d’y renoncer, de relativiser la Révélation coranique, d’adopter par exemple la conception chrétienne de l’inspiration, c’est leur demander de renoncer à un dogme fondamental de l’islam depuis l’origine ; c’est exiger d’eux de renoncer à l’islam. »

Il est frappant de constater combien d’énergie intellectuelle a été mobilisée, depuis quatorze siècles, autour d’un corpus religieux dont l’obscurité et les ambiguïtés ont suscité une infinité d’exégèses. Des générations de savants ont consacré leur vie à interpréter, commenter, harmoniser, défendre, souvent avec une ingéniosité remarquable, la tradition islamique reçue de leurs ancêtres, celle dans laquelle ils avaient grandi et qu’ils associaient aux figures qu’ils respectaient et aimaient.

Cette entreprise apparaît d’autant plus problématique qu’aucune interprétation n’a jamais réussi à s’imposer de manière consensuelle, et qu’aucune ne le pourra probablement. Pour qu’un tel consensus existe, il faudrait qu’un interprète soit lui-même investi d’une autorité quasi prophétique, capable de clore le débat — et encore, même une telle autorité engendrerait inévitablement une nouvelle ligne de fracture entre ceux qui reconnaîtraient son caractère sacré et ceux qui le contesteraient. L’émergence du chiisme en est l’illustration la plus nette.

L’histoire en témoigne : des milliers de courants, d’écoles juridiques, de tendances théologiques et de mouvements spirituels ont émergé au fil des siècles, et de nouveaux apparaissent encore. Aucun ne peut prétendre à une légitimité absolue, car tous procèdent d’un même effort humain d’interprétation.

Depuis quatorze siècles, l’islam se déploie comme un vaste champ d’interprétations successives cherchant à stabiliser le sens d’un corpus dont la complexité et les ambiguïtés rendent toute lecture définitive illusoire. C’est une impasse.

Livre "Comprendre l'islam" d'Adrien Candiard, analyse critique de la religion.

2016

Comprendre l’islam

Adrien Candiard

Le paradoxe fondamental de l'islam fascine Adrien Candiard : une multiplicité culturelle et doctrinale aspirant constamment à l'unité normative. Refusant les lectures essentialistes qui prétendent figer l'islam dans une définition unique ou réductrice, cet ouvrage entreprend une déconstruction rigoureuse des mythes entourant l'exégèse coranique et les rapports entre islam et démocratie. Candiard, spécialiste de l'histoire religieuse et chercheur à l'Institut dominicain d'études orientales au Caire, trace une distinction capitale entre l'islam traditionnel impérial, qui gérait la pluralité théologique et institutionnelle, et le salafisme contemporain, mouvement moderne affirmant un littéralisme textuel rejetant les traditions d'interprétation. Cette opposition révèle comment les crises actuelles du monde musulman opposent fondamentalement deux visions de l'autorité religieuse et de la légitimité doctrinale. L'auteur invite à reconnaître les multiples visages de l'islam non comme des déviations d'une essence prétendue, mais comme autant de choix éthiques du croyant confronté au texte sacré. Ce faisant, il échappe tant aux essentialisations religieuses qu'aux réductionnismes sociologiques, restituant à l'interprétation théologique sa dimension de responsabilité existentielle.

2. Kahina Bahloul – L’imame et son rêve d’un islam qui n’existe pas

Mon islam, ma liberté est le livre le plus touchant du lot car le plus personnel. Mais aussi le plus vain et le plus fatiguant.

Pour résumer, Kahina Bahloul se présente comme la première femme imam en France. Imame? Enfin après tout quiconque peut devenir imam, rien ne décrit précisément ce qu’est ou n’est pas un imam.

Elle a fondé une mosquée libérale à Paris en 2019 et publié ce livre en 2021. Elle est certainement sincère mais son livre verbeux tourne autour du pot, beaucoup de détours, beaucoup d’histoire, pour éviter de parler des sujets qui fâchent. Pour etre honnête, elle finit par les aborder cependant quand elle traite de son role d’imam.

Son propos porte cependant plus sur l’histoire du Maghreb, mais surtout son histoire personnelle, sa « berberité ». Bref un livre très féminin, autocentré, ce qui n’est pas un reproche et il n’est pas sans intérêt mais n’apporte pas grand chose en termes de compréhension de ce qu’est l’islam, car il n’aborde que son islam à elle. Un islam même pas minoritaire mais minuscule, qui se résume à elle et quelques amis…

Elle a cherché dans le soufisme ce que l’islam sunnite orthodoxe ne lui donnait pas : une spiritualité vivante, une mystique, une voie intérieure. Elle l’a trouvée. Tant mieux pour elle.

Mais elle le dit elle-même : le soufisme est dénoncé par la majorité des sunnites. C’est une voie parallèle qui ne résout rien des textes. Elle les contourne. L’idée est de prendre en « compte le sens global du texte coranique, son « esprit » », mais pas les détails dérangeants. ça nécessite d’etre capable de cherry-picking spirituel de très haut vol.

Comme l’écrit Jean-Jacques Rousseau dans Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité
parmi les hommes (1754): « Commençons donc par écarter tous les faits, car ils ne touchent point à la question. Il ne faut pas prendre les recherches, dans lesquelles on peut entrer sur ce sujet, pour des vérités historiques, mais seulement pour des raisonnements hypothétiques et conditionnels ; plus propres à éclaircir la nature des choses, qu’à en montrer la véritable origine. »

Ce livre est donc surtout l’histoire d’une femme berbère. On y apprend ainsi en détails les origines de son prénom comme de son nom de famille, son rapport à l’Algérie, à la France, à sa mère juive. C’est très féminin. C’est autocentré. Mais ça ne parle presque pas de l’islam véritable. Ça parle de l’histoire de l’islam, puis de son islam. Ce qui est légitime, mais qui ne pèse pas lourd face aux milliers de mosquées où l’on prêche tout autre chose.

Elle veut tout : l’égalité hommes-femmes, la fin de la dhimmitude, de l’esclavage, du voile obligatoire, du mariage inégal, tout. Et elle veut quand meme garder Mahomet comme modèle, mais pas le Mahomet historique alors ? Elle veut la foi dans l’exemple du Prophète. Elle veut changer le couteau islam : changer le manche, changer la lame, et continuer à l’appeler islam.

Quand elle nous dit: « Le professeur Nasr Abû Zayd (1943-2010), professeur à l’université du Caire puis professeur d’études islamiques à l’université de Leyde aux Pays-Bas, est connu pour l’affaire qui porte son nom et a défrayé la chronique au niveau mondial. Il a été divorcé de son épouse contre leur gré par des tribunaux égyptiens l’ayant jugé « apostat », notamment parce qu’il aurait considéré que les lois de la dhimma et de l’esclavage ne constituaient pas l’horizon indépassable du progrès humain, ou encore parce qu’il aurait remis en cause l’existence des djinns. » J’aurais bien aimé avoir son avis à elle sur comment imaginer un islam sans dhimmitude, esclavage et djinns… On sabre largement dans le Coran et les Haddiths pour y enlever tout ce qui concerne ces sujets?

Elle finit par évoquer le muʿtazilisme. D’ailleurs, nombre d’ouvrages contemporains consacrés à l’islam, en particulier ceux qui cherchent à en proposer une lecture compatible avec la modernité, en viennent à mobiliser ce courant. Le précédent livre faisait de même.

Le muʿtazilisme, né au VIIIᵉ siècle dans le contexte abbasside, représente une école théologique qui accordait une place centrale à la raison dans l’interprétation du dogme. Ses penseurs défendaient notamment l’idée que le Coran était créé et non incréé, position qui rompait avec la thèse dominante (ultérieurement, et depuis) du Coran comme parole éternelle et incréée de Dieu.

Elle nous explique: « Le calife al-Ma’mûn (813-833) met ainsi en place une vaste politique de traduction dans la Maison de la Sagesse à Bagdad, et adopte officiellement la doctrine mu’tazilite comme doctrine d’État. Malheureusement, il accompagne ce patronage d’une politique répressive appelée la Mihna, ou plus exactement mihnat khalq al-Qur’ân, « l’épreuve du Coran créé » : il persécute et fait emprisonner et torturer tous les savants qui refusent de se rallier publiquement à la thèse mu’tazilite d’un Coran créé et non éternel. »

Pour la faire court ce mouvement a ensuite perdu mais a toujours depuis servi de justification au rejet de la rationalité dans l’islam, qui s’est alors retranché derrière un dogme strict.

Je veux bien mais tout ça a plus de mille ans… Si nulle part ce type de doctrine islamique a pu reprendre le dessus, c’est bien qu’il y a un problème fondamental.

Bref donc après le soufisme, le muʿtazilisme, les musulmans progressistes sont prêts à nous sortir toutes sortes de courants pour prouver qu’un jour dans l’Histoire il y a eu un islam modéré, sauf que ces mouvements ont été décimés et sont hyper minoritaires aujourd’hui.

Ce n’est pas elle seule qui va changer quoi que ce soit: « des réformes apparaissent absolument nécessaires : abolition de l’esclavage partout dans le monde, y compris dans les pays du monde musulman qui continuent à le pratiquer, mise en œuvre de législations égalitaristes entre les genres, égalité d’héritage, de témoignage et de droit au divorce pour les femmes et les hommes, abolition de la tutelle sur la femme, abolition de l’obligation de porter le voile, autorisation du mariage des musulmanes avec les non-musulmans de la même manière que les musulmans peuvent épouser des non-musulmanes. Nous devrions appliquer une égalité parfaite entre hommes et femmes dans tous les aspects de la vie et sur tous les plans. »

Et encore mieux: « Concernant le statut du texte coranique justement, nous devons intégrer les apports des sciences humaines sur cette question dans l’enseignement religieux et sortir du dogme du Coran incréé, qui empêche toute possibilité d’analyse historico-critique. »

C’est beau. Sauf que ça n’existe pas…

Au final, à la fin de ma lecture, j’ai eu l’impression que ce dont elle avait besoin, c’est du christianisme. Elle veut une foi sans la législation du VIIème siècle,
Il existe une religion centrée sur l’expérience intérieure, la conscience individuelle et l’éthique personnelle, plutôt que sur un corpus législatif structurant la vie sociale et politique. Qu’elle se convertisse au christianisme. Pourquoi vouloir forcer un changement de l’islam si c’est pour en faire un christianisme bis.

Notre imame veut un islam des Lumières. Elle précise que sa première prêche eut « une vingtaine de fidèles, femmes, hommes et enfants, venus assister à cette première de la vie de notre mosquée et de l’islam libéral. »
Merci mais ça pèse pas lourd face aux milliers de mosquées installées en France aux prêches fondamentalistes, salafistes ou fréristes.
C’est pas une gauchiste imam femme avec une mère juive, prônant l’amour comme valeur ultime, qui va faire évoluer l’islam…

L’amour c’est évident transparaît de l’histoire musulmane.

Portrait de Kahina Bahloul, auteure engagée sur liberté et islam.

3. Ferghane Azihari – Le coup de massue, la désislamisation ou rien

Et puis il y a L’Islam contre la modernité. Le livre qui fait mal. Parce qu’il dit ce que les deux autres n’osent qu’effleurer.

Ferghane Azihari est d’origine comorienne, musulman de culture, mais Français parfaitement assimilé, libre-penseur de conviction. Il autopsie les mythes autour de l’islam. Et l’autopsie est sans appel.

L’Islam contre la modernité développe une thèse simple et frontale : le retard politique, scientifique et moral du monde musulman n’est pas principalement imputable au colonialisme occidental, mais à la structure même de l’islam en tant que système normatif total englobant la sphère religieuse, juridique et politique.

L’ouvrage procède par démolition successive de ce que l’auteur considère comme les grands mythes consolateurs du récit islamo-progressiste:

  • L’idée selon laquelle l’Orient aurait été un monde harmonieux brisé par l’irruption européenne. Il soutient que les sociétés musulmanes étaient déjà marquées par le despotisme, l’esclavage et les hiérarchies sociales avant la colonisation. L’impérialisme occidental aurait été davantage la conséquence d’un affaiblissement interne que sa cause. Le retard scientifique, économique et institutionnel du monde musulman est attribué à la priorité donnée au dogme sur la raison.
  • Le prétendu « âge d’or islamique » n’aurait pas été un produit de l’islam, mais une appropriation temporaire d’un héritage grec, perse et chrétien antérieur. Les grandes figures scientifiques auraient brillé malgré le cadre religieux, et non grâce à lui. L’institutionnalisation théologique (madrasas, orthodoxie sunnite) aurait progressivement étouffé l’élan rationaliste.
  • L’image d’une religion des opprimés. L’islam est au contraire présenté comme une civilisation impériale, hiérarchique et esclavagiste. L’abolition de l’esclavage n’aurait pas été initiée de l’intérieur, mais imposée sous pression occidentale. L’auteur conteste l’idée d’un islam intrinsèquement égalitaire ou antiraciste.

Une large part de l’ouvrage vise moins les musulmans que les élites européennes. Azihari dénonce une culpabilité postcoloniale qui conduirait à excuser l’islam au nom du relativisme culturel. Selon lui, l’Occident projette sur l’Orient un mythe du « bon sauvage » et s’interdit toute critique frontale par peur d’être accusé de racisme.

L’auteur ne croit pas à un « islam des Lumières ». Pour lui, l’intégrisme ne serait pas une déviation mais une lecture cohérente du texte fondateur. La solution ne passerait ni par la rechristianisation ni par le multiculturalisme, mais par une radicalité républicaine assumée : critique historique du Coran, fermeté juridique, limitation migratoire, et défense active des principes laïques.

Il va d’ailleurs plus loin en estimant que l’immigration en provenance de sociétés non sécularisées introduit des normes incompatibles avec l’ordre libéral. Il voit dans l’islamisme une force idéologique transnationale et accuse les démocraties de passivité.

Et surtout, il dit l’impensable : l’islam n’est pas réformable. Parce qu’il n’est pas une religion comme les autres. C’est un système totalitaire qui régit chaque geste, chaque pensée, chaque relation. Un système qui a toujours reculé devant la raison, jamais devant la foi.

Son épilogue est un appel à la désislamisation des esprits. Pas à la réforme. À la sortie. À l’apostasie de masse. À la critique historico-critique sans concession. À la fin de l’illusion d’un « islam des Lumières » qui serait « comme un stalinisme à visage humain ».

Je suis évidemment tout à fait d’accord, sur toute la ligne de A à Z.

Couverture du livre "L'Islam contre la modernité" de Ferghane Azihari, réflexion sur le rapport entr.

2026

L’Islam contre la modernité

Ferghane Azihari

Un essai courageux au service d'un combat désormais inévitable contre l'intolérance, le fanatisme et l'oppression. Dans L'Islam contre la modernité, Ferghane Azihari, issu d'une famille musulmane comorienne, mais d'abord libre penseur, mène un combat intellectuel à la manière de Voltaire. À la lumière des textes fondateurs et de la géopolitique, il montre comment l'Islam a rejeté l'héritage des grandes civilisations antiques, colonisé les esprits et les peuples, et bâti un système de surveillance morale étouffant. Passant en revue les rendez-vous que l'Islam a manqués avec la modernité au cours de son histoire, il dénonce une " superstition " responsable du blocage des sociétés islamiques, rétives à toute réforme, et interroge la menace que fait peser aujourd'hui l'expansionnisme islamique sur l'Europe et ses libertés. Essayiste, Ferghane Azihari est chroniqueur au Figaro Magazine et sur France Info TV.

Conclusion : la modernité gagne, l’islam perd

Ces trois livres se complètent comme trois actes d’une même tragédie.

Candiard montre la beauté du monstre. Bahloul montre le rêve de ceux qui voudraient l’apprivoiser. Azihari montre qu’on ne l’apprivoise pas. On le tue. Ou il nous tue.

L’islam, dans sa version orthodoxe, est incompatible avec la modernité. Pas parce qu’il est « mal compris ». Parce qu’il est parfaitement compris par ceux qui le prennent au sérieux. Les autres font du bricolage. Du bricolage charmant chez Bahloul, désespéré chez Candiard, illusoire partout ailleurs.

La question n’est plus de savoir si l’islam peut s’adapter. Elle est de savoir combien de temps l’Occident va encore faire semblant de croire que c’est possible. Et combien de temps les musulmans eux-mêmes vont continuer à se mentir.

Le XXIe siècle ne sera pas celui du dialogue des civilisations. Il sera celui de la confrontation finale entre la raison et la « révélation ».

Et la raison, jusqu’à présent, a toujours gagné. Même quand elle a mis quatorze siècles à le faire.

La bannière est la mosquée Al-Rasool à Téhéran incendiée par les manifestants lors des grandes vagues de protestations anti-régime en janvier 2026.

Post-scriptum

Jacques Ellul est un philosophe, sociologue et théologien protestant français du XXᵉ siècle, connu pour sa critique radicale de la société technicienne et de l’idéologie du progrès, ainsi que pour sa réflexion sur les rapports entre christianisme, modernité et pouvoir. Le texteci-dessous est un article publié en 1989, dans le contexte des débats français sur la laïcité et la place de l’islam dans l’espace public à la fin des années 1980 (notamment autour de l’affaire du voile).

Non à l’intronisation de l’islam en France
Jacques Ellul (Article paru dans l’hebdomadaire Réforme le 15 juillet 1989)

Ce n’est pas une marque d’intolérance religieuse : je dirais « oui », aisément, au bouddhisme, au brahmanisme, à l’animisme…, mais l’islam, c’est autre chose. L’islam est la seule religion au monde qui prétende imposer par la violence sa foi au monde entier.

Je sais qu’aussitôt on me répondra : « Le christianisme aussi ! »

Et l’on citera les croisades, les conquistadors, les Saxons de Charlemagne, etc. Eh bien il y a une différence radicale.

Lorsque les chrétiens agissaient par la violence et convertissaient par force, ils allaient à l’inverse de toute la Bible, et particulièrement des Évangiles. Ils faisaient le contraire des commandements de Jésus, alors que lorsque les musulmans conquièrent par la guerre des peuples qu’ils contraignent à l’islam sous peine de mort, ils obéissent à l’ordre de Mahomet.

Le djihad est la première obligation du croyant musulman. Et le monde entier doit entrer, par tous les moyens, dans la communauté islamique.

Je sais que l’on objectera : « Mais ce ne sont que les “intégristes” qui veulent cette guerre. »

Malheureusement, au cours de l’histoire complexe de l’islam, ce sont toujours les « intégristes », c’est-à-dire les fidèles à la lettre du Coran, qui l’ont emporté sur les courants musulmans modérés, sur les mystiques, etc.

Déclarer sérieusement qu’en France l’adhésion de « certains musulmans » à l’intégrisme islamique est le résultat d’une crise d’identité est une désastreuse interprétation.

L’intégrisme islamique en Iran, en Syrie, au Soudan, en Arabie Saoudite, maintenant en Algérie est-il une réaction à une crise d’identité ?

Non, l’intégrisme islamique est seulement le réveil de la conscience religieuse musulmane chez des hommes qui sont musulmans mais devenus plus ou moins « tièdes ».

Maintenant, le réveil farouche et orthodoxe de l’islam est un phénomène mondial. Il faut vivre dans la lune pour croire que l’on pourra « intégrer » des musulmans pacifiques et non conquérants. Il faut oublier ce qu’est la rémanence du sentiment religieux (ce que je ne puis développer ici). Il faut oublier la référence obligée au Coran. Il faut oublier que jamais pour un musulman l’État ne peut être laïque et la société sécularisée : c’est impensable pour l’islam.

Il faut enfin oublier comment s’est faite l’expansion de l’islam du viie au ixe siècle. Une étude des historiens arabes des viie et ixe siècles, que l’on commence à connaître, est très instructive : elle apprend que l’islam s’est répandu en trois étapes dans les pays chrétiens d’Afrique du Nord et de l’Empire byzantin.

Dans une première étape, une infiltration pacifique de groupes arabes isolés, s’installant en paix.

Puis une sorte d’acclimatation religieuse : on faisait pacifiquement admettre la validité de la religion coranique. Et ce qui est particulièrement instructif, c’est que ce sont les chrétiens qui ouvraient les bras à la religion sœur, sur le fondement du monothéisme et de la religion du Livre, et enfin lorsque l’opinion publique était bien accoutumée, alors arrivait l’armée qui installait le pouvoir islamique — et qui aussitôt éliminait les Églises chrétiennes en employant la violence pour convertir à l’islam.

Nous commençons à assister à ce processus en France (les autres pays européens se défendent mieux). Mais c’est du rêve éveillé que de présenter un programme de fédération islamique en France, pour mieux intégrer les musulmans. Ce sera au contraire le début de l’intégration des Français dans l’islam.

La seule mesure juridique valable, c’est de passer avec tous les immigrés un contrat comportant : la reconnaissance de la laïcité du pouvoir, la promesse de ne jamais recourir au djihad (en particulier sous forme individuelle — terrorisme, etc.), le renoncement à la diffusion de l’islam en France. Et si un immigré, beur ou pas, désobéit à ces trois principes, alors, qu’il soit immédiatement rapatrié dans son pays.

La mosquée Al-Rasool brulée par les manifestants à Téhéran en Janvier 2026.
La mosquée Al-Rasool brulée par les manifestants à Téhéran en Janvier 2026.

Discussion membre

Discussion et réponses

Connectez-vous pour lire la discussion membre et participer à la conversation autour de ce contenu.

Conversation réservée aux membres

La discussion autour de ce contenu est réservée aux membres connectés. Utilisez l'accès par e-mail sans mot de passe pour lire le fil et publier votre réponse.

Se connecter pour participer