CHARLES GAVE, ÉCONOMISTE : LA FRANCE S’APPAUVRIT, FAUT-IL SORTIR DE L’EUROPE ? OÙ VA NOTRE ARGENT ?
Dans une récente interview sur la chaine « LEGEND », Charles Gave, économiste et entrepreneur, a partagé ses réflexions sur l’état économique de la France, la dette nationale, et l’avenir du pays au sein de l’Union européenne. À travers une analyse franche et directe, Gave met en lumière les défis économiques auxquels la France est confrontée et propose des solutions audacieuses pour inverser la tendance actuelle.
Présentation générale de l’invité et du cadre
Charles Gave est présenté comme financier, économiste, entrepreneur et fondateur de l’Institut des Libertés. À 82 ans, il revendique plus de cinquante années passées à analyser les marchés financiers et à contester l’économie « enseignée » dans les médias et les universités.
Son objectif déclaré n’est plus d’enrichissement personnel, mais de transmission intellectuelle et de défense de la liberté individuelle.
L’émission aborde successivement l’état économique de la France, la dette, l’euro, la souveraineté, les retraites, l’investissement, l’éducation, la démocratie et son propre parcours.
La France est-elle encore un pays riche ?
Une définition alternative de la richesse
Pour Charles Gave, un pays riche n’est pas celui où les plus aisés s’enrichissent, mais celui où les plus pauvres voient leur niveau de vie progresser de façon continue. Il s’appuie sur la philosophie de John Rawls pour affirmer qu’un pays juste est celui où les plus défavorisés s’améliorent.
Constat d’un appauvrissement structurel
Selon lui, depuis près de vingt ans, le dernier tiers de la population française s’appauvrit tandis que les plus riches s’enrichissent. Cette évolution n’est pas accidentelle mais le résultat de choix politiques volontaires, notamment :
- l’euro,
- des taux d’intérêt artificiellement bas,
- une fiscalité et une réglementation favorables aux détenteurs d’actifs.
Un pays en déclin économique
Charles Gave commence par dresser un tableau sombre de l’économie française, soulignant que le dernier tiers de la population s’appauvrit continuellement. Selon lui, cette situation résulte d’une « politique volontaire d’appauvrissement des plus pauvres », exacerbée par une dette nationale détenue majoritairement par des créanciers étrangers.
Ce qu’est réellement l’économie selon Charles Gave
La création de valeur comme acte fondamental
L’économie repose sur la création de valeur, assurée par une minorité d’entrepreneurs (environ 15 à 20 % de la population). Ceux-ci sont comparés à des artistes : ils transforment le monde par l’innovation.
Conditions nécessaires à la prospérité
La création de valeur suppose :
- le respect du droit de propriété,
- une fiscalité simple,
- une réglementation limitée,
- la liberté d’entreprendre.
Il cite l’Angleterre du XVIIIᵉ siècle comme exemple fondateur, avec John Locke et l’émergence ultérieure de la révolution industrielle.
Opposition entre entrepreneurs et État hypertrophié
Selon lui, la France a progressivement remplacé une culture entrepreneuriale par une domination bureaucratique. Les fonctionnaires redistribuent la valeur mais n’en créent pas, et leur poids excessif étouffe l’économie productive.
Fiscalité, réglementation et destruction de l’emploi
Une fiscalité illisible et punitive
La France cumulerait près de 470 impôts, avec une base étroite et une complexité extrême, décourageant l’investissement et l’embauche.
Le coût du travail comme frein majeur
Embaucher un salarié coûte plus du double de son salaire net, ce qui dissuade la création d’emplois. Gave oppose ce modèle à celui du Royaume-Uni ou de Hong Kong, où la fiscalité est simple et faible.
L’exil des entrepreneurs
Face à ces contraintes, les entrepreneurs français s’expatrient massivement, notamment vers les États-Unis, le Royaume-Uni ou l’Asie, privant la France d’emplois et de croissance.
Pouvoir d’achat et conditions de vie des plus pauvres
La structure des dépenses des ménages modestes
Pour les plus pauvres, le budget se répartit principalement entre :
- alimentation,
- logement,
- énergie.
Toute hausse de ces postes détruit immédiatement leur pouvoir d’achat.
Responsabilité politique
Les politiques énergétiques, fiscales et monétaires ont fait exploser ces coûts, provoquant des mouvements sociaux comme celui des Gilets jaunes.
Gave affirme que le pouvoir d’achat des classes populaires a baissé depuis que les politiques économiques sont devenues idéologiques et déconnectées des réalités.
L’euro, l’Europe et la perte de souveraineté
L’euro comme prix faux
L’euro empêche les ajustements par le taux de change. Avant, la France compensait son État plus coûteux par une monnaie plus faible. Aujourd’hui, la rigidité monétaire pénalise l’industrie et favorise la désindustrialisation.
Définition de la souveraineté
Il rappelle les cinq critères classiques :
- un territoire,
- des frontières,
- une armée,
- une monnaie,
- une justice indépendante.
Selon lui, la France ne remplit plus aucun de ces critères et est devenue une province sans souveraineté réelle.
Critique de l’Union européenne
L’UE est décrite comme une structure sans légitimité démocratique réelle, gouvernée par des élites non élues. Les référendums seraient évités car le peuple voterait contre l’intégration européenne.
Démocratie représentative versus démocratie directe
La fin de la démocratie représentative
Avec les technologies actuelles, Gave estime que la démocratie représentative n’a plus de raison d’être. Elle sert avant tout à maintenir une classe politique coupée du peuple.
Le modèle suisse comme référence
Il vante la démocratie directe suisse :
- référendums fréquents,
- contrôle citoyen des décisions,
- discipline budgétaire constitutionnelle.
Il estime que la France pourrait techniquement adopter un tel modèle.
La dette française : un danger majeur
Une dette détenue majoritairement par l’étranger
Environ 60 % de la dette française est détenue par des investisseurs étrangers. Contrairement à une dette interne, cela implique un transfert réel de richesse hors du pays.
La dette comme impôt différé
La dette est qualifiée d’antidémocratique car elle engage des générations futures qui n’ont pas voté pour ces dépenses.
Impossibilité de l’annuler
Un défaut provoquerait l’effondrement des banques, assurances et caisses de retraite françaises, lourdement exposées à la dette publique.
Risque systémique inéluctable
Selon lui, la crise de la dette française est inévitable et marquera l’effondrement du modèle social-démocrate fondé sur l’endettement.
Retraites : un système condamné
Le système par répartition assimilé à une pyramide de Ponzi
Avec une démographie déclinante, le système actuel ne peut fonctionner durablement. Une part importante du déficit provient du financement des retraites non provisionnées.
La capitalisation comme alternative
Il cite la Suède comme modèle, avec des fonds de retraite capitalisés, diversifiés et partiellement gérés par l’État pour les épargnants non avertis.
Message central aux actifs
Ne pas compter sur la retraite publique et apprendre à investir soi-même son épargne.
Investissement et protection du patrimoine
À éviter absolument
- obligations d’État françaises,
- immobilier locatif fortement taxé et peu liquide.
À privilégier
- actions de grandes entreprises françaises mondialisées (Air Liquide, Schneider, etc.),
- or,
- Bitcoin (considéré comme un « or numérique » à offre limitée).
Stratégie générale
Se détacher de l’État français tout en profitant de la puissance des entreprises françaises opérant à l’international.
Parcours personnel et valeurs
Une vie marquée par le refus et l’exil
Fils d’officier, Charles Gave affirme avoir appris très tôt à dire non. Il quitte la France en 1981 par refus idéologique, ce qui l’amène à construire sa carrière à Londres puis en Asie.
Entrepreneuriat et chance
Il insiste sur le rôle du hasard, combiné à la capacité de saisir les opportunités.
Transmission comme finalité
Aujourd’hui, il se consacre à la diffusion de ses idées via l’Institut des Libertés, les médias et une université de l’épargne.
Vision du monde à venir
Tendances lourdes identifiées
- déclin démographique européen,
- basculement du centre économique mondial vers l’Asie,
- fin de l’hégémonie du dollar,
- montée en puissance du triangle Russie–Chine–Inde avec Hong Kong comme centre financier.
L’Europe marginalisée
Selon lui, l’Europe s’est volontairement affaiblie en se coupant de l’énergie bon marché et en s’alignant sur les États-Unis.
Conclusion générale
Charles Gave dresse un diagnostic radical :
- la France s’appauvrit structurellement,
- l’État est devenu prédateur,
- la démocratie représentative est vidée de son sens,
- la crise de la dette est inévitable.
Mais il propose une ligne de conduite individuelle claire :
- préserver sa liberté,
- protéger son patrimoine,
- investir hors de l’État,
- penser par soi-même,
- transmettre plutôt que subir.
Son message central reste constant :
la liberté précède la prospérité, et l’argent n’est qu’un moyen d’y accéder.
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