Musulmans, Juifs, Chrétiens : pour qui votent-ils vraiment ?

Julien Rochedy Julien Rochedy 25 mars 2026 20:24

Dans cette vidéo, Julien Rochedy aborde la question du vote en France à travers le prisme des communautés musulmanes, juives et chrétiennes. Il remet en question l’idée d’une République française universelle et indivisible, en soulignant l’importance croissante du vote ethno-religieux. Rochedy s’appuie sur des statistiques pour démontrer que la communauté musulmane, représentant environ 10 % de la population française, est en pleine dynamique démographique et se déclare plus religieuse que la moyenne nationale. Il évoque également le soutien massif des musulmans à Jean-Luc Mélenchon, qui a adapté son discours pour séduire cette communauté, en délaissant ses positions antérieures sur la laïcité et le voile.

En parallèle, il examine le vote des juifs en France, qui tend à se déplacer vers la droite, en raison d’une prise de conscience accrue des menaces d’antisémitisme, notamment en provenance de l’extrême gauche. Rochedy souligne que les juifs sont de plus en plus nombreux à percevoir l’antisémitisme comme un problème lié à l’extrême gauche plutôt qu’à l’extrême droite, ce qui marque un changement significatif dans leurs préférences électorales.

Concernant les catholiques, Rochedy décrit une déchristianisation alarmante en France, avec une baisse drastique des baptêmes et des mariages catholiques. Il note que les catholiques, qu’ils soient pratiquants ou non, ont tendance à voter pour des candidats modérés et sont de plus en plus réticents à soutenir des candidats qui mettent en avant leur identité catholique. Ce phénomène est lié à l’évolution des valeurs et à la réaction des électeurs face à l’immigration.

En conclusion, Rochedy affirme que la France n’est plus une République laïque et universaliste, mais qu’elle est désormais marquée par le communautarisme, un phénomène qui influence de plus en plus les dynamiques politiques et électorales du pays. Il appelle à une réflexion sur l’avenir politique de la France face à ces évolutions.

Thèse principale de la vidéo

La France se présente encore comme une République une et indivisible, laïque et universaliste qui ne reconnaît pas les communautés. Pourtant, le vote ethno-religio-culturel (musulman, juif, catholique) pèse de plus en plus lourd, remettant en cause cette illusion républicaine. La question posée : la France risque-t-elle de devenir un Liban communautarisé ? Rochedy conclut que la France n’est plus une République laïque et universaliste ; le communautarisme s’installe malgré les discours officiels.

1. La communauté musulmane (environ 10 % de la population, mais jeune et en forte croissance démographique)

  • Profil : Très religieuse (66 % se déclarent croyants/religieux vs 12 % des Français ; 76 % disent que la religion a beaucoup/assez d’importance vs 27 % des catholiques). La religiosité s’intensifie chez les jeunes : baisse de la consommation d’alcool (21 % aujourd’hui vs 39 % en 1994 ; seulement 12 % chez les <25 ans), hausse du voile (45 % chez les <25 ans vs 16 % chez les >50 ans). L’islam devient un marqueur identitaire fort ; les jeunes générations (enfants/petits-enfants d’immigrés) pratiquent de manière moins discrète que la première génération.
  • Démographie : Dans de nombreux départements, ¼ à plus de ½ des prénoms donnés aux nouveau-nés sont musulmans. Projection : 20-30 % (voire jusqu’à 50 %) de la population d’ici 20-30 ans si l’immigration continue.
  • Opinions et vote :
  • 83 % des musulmans considèrent le conflit israélo-palestinien comme important/très important pour leur vote (vs 25 % national).
  • Antipathie pour le Hamas : plus faible chez les musulmans ; sympathie pour le Hamas : 19 % vs 3 % national.
  • 59 % pensent que les Juifs ont trop de pouvoir dans les médias (vs 24 % national) ; 45 % des élèves musulmans ne voudraient pas d’un Juif comme ami/relation (vs 11 % sans religion).
  • Vote massif pour LFI/Jean-Luc Mélenchon : ~70 % en 2022, en hausse. LFI cible explicitement cet électorat via l’antisionisme, la dénonciation de « l’islamophobie », et le focus sur Gaza (surtout après le 7 octobre 2023).
  • Évolution de Mélenchon : Ancien laïcard trotskiste, franc-maçon (Grand Orient, anticlérical), hostile au voile (« chiffon »). Après l’échec à Hénin-Beaumont (2012) face à Marine Le Pen et la déception des Gilets jaunes (qui penchaient plutôt RN), il abandonne l’électorat « petit peuple blanc » (qu’il méprise ouvertement, le qualifiant de « déplorable », alcoolique, illettré). À partir de 2019, il bascule vers l’islamo-gauchisme : manifestations contre l’islamophobie avec radicaux, dog whistles antisémites/complotistes (ex. : Mohamed Merah, propos sur Zemmour liant extrême droite et « traditions juives »). Stratégie électorale payante à court/moyen terme dans les banlieues, mais risquée à long terme (quand les musulmans n’auront plus besoin des gauchistes).
  • Contre-argument social : Les pauvres votent RN (départements les plus pauvres : Le Pen en tête), les Arabes pauvres votent LFI. Ce n’est pas seulement la pauvreté, mais l’origine ethnique/religieuse.

2. La communauté juive (environ 1,6 % de la population, urbaine, plus CSP+ mais avec 15 % sous le seuil de pauvreté)

  • Évolution du vote : Passage clair à droite.
  • Autrefois plus à gauche (Jospin en 2002).
  • Puis Sarkoz y (2007), Fillon (2017), et forts scores pour Zemmour en 2022 (dans les villes/bureaux de vote à forte présence juive comme Sarcelles, Neuilly, Levallois ; également en Israël).
  • Hausse du vote RN.
  • Perception de l’antisémitisme : Seulement 10 % citent l’extrême droite comme cause principale (vs ⅓ des Français) ; 42 % citent l’extrême gauche (vs 16 % national). 92 % estiment que LFI véhicule de l’antisémitisme.
  • Explications : Structurelles (passage bourgeois de gauche progressiste à droite conservatrice/sécuritaire) + prise de conscience du basculement de l’antisémitisme vers les musulmans/tiers-monde. Rochedy écarte (sans l’endosser) les théories « intentionnalistes » dissidentes (complot juif pour manipuler les patriotes).

3. Les catholiques (majorité culturelle historique, mais forte décristianisation)

  • Décristianisation massive :
  • Baptêmes : 800 000 en 1965 → 400 000 en 2000 → 200 000 en 2023.
  • Mariages religieux : 40 % en 2000 → 17 % aujourd’hui.
  • Messe dominicale : 5 % des Français (probablement ~1 % max chez les jeunes de souche).
  • 60 % des Français ignorent ce qu’est Pâques (étude 2020).
  • « Catholiques zombies » (terme d’Emmanuel Todd) : Français d’origine catholique, souvent baptisés, imprégnés de valeurs chrétiennes sécularisées devenues égalitaristes, universalistes, méritocratiques, pacifistes et bourgeoises. Ils ne pratiquent plus vraiment mais conservent un socle culturel.
  • Vote :
  • Refus des extrêmes et des candidats qui portent le catholicisme comme marqueur identitaire (Boutin, Philippe de Villiers, Zemmour, même J.-M. Le Pen échouent chez eux).
  • Traditionnellement : droite classique + centre (Fillon + Macron ~75 % en 2017). Les pratiquants plus à droite, les zombies plus au centre (Macron en tête).
  • Géographie : Grand Ouest, vote conformiste, bourgeois, pro-européen, loyal à l’État, anti-populiste, anti-identitaire assumé.
  • Évolution récente : Bascule structurelle vers la droite (comme chez les Juifs). En 2022, Macron 29 % et Le Pen 25 % chez les pratiquants (meilleur que sa moyenne nationale). Jordan Bardella progresse fortement chez les catholiques (+11 points chez eux entre européennes 2019-2024, jusqu’à 32 % chez les pratiquants). Raison principale : arrivée de l’immigration dans les zones autrefois préservées (ex. Sarthe). « Les Français qui ne vivent pas avec les immigrés sont un problème ; ceux qui vivent avec ont des problèmes. » Le RN se recentre sur des thèmes chers (Europe, etc.), créant une convergence possible. Paradoxe : insister sur le catholicisme identitaire fait peur aux catholiques ; Bardella (non baptisé) les séduit mieux.

Conclusion de la vidéo (citant le livre)

« Nul besoin de circonvolutions. Allons droit au but. La France n’est plus une République laïque et universaliste, même si les responsables politiques ne l’assument pas ouvertement. L’heure est au communautarisme, un phénomène que des phrases creuses, des incantations ou des odes à l’unité nationale ne cachent plus. »

Rochedy voit dans ces dynamiques (vote musulman → LFI, juif et catholique → droite/RN) l’émergence d’une « Nouvelle France » communautarisée.

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