La génération Z va mal. Tout le monde le répète. Les spécialistes, les journalistes, les parents, les professeurs, les influenceurs. Nés entre 1995 et 2013, ces jeunes de 13 à 31 ans sont décrits comme plus déprimés, plus anxieux, plus fragiles et plus malheureux que toutes les générations qui les ont précédés. Pierre Valentin, dans un livre qui vient de sortir, Malaise dans la génération Z, aligne les chiffres sans fioritures. Aux États-Unis, où les données sont les plus abondantes, 50 % des 18-35 ans déclarent avoir régulièrement songé au suicide. 42 % ont déjà reçu au moins un diagnostic de trouble mental. 70 % affirment que les « défis liés à la santé mentale » constituent une partie importante de leur identité — plus de deux fois plus que chez les baby-boomers. Les femmes sont encore plus touchées. Sur TikTok, #trauma dépasse les 25 milliards de vues, #mentalhealth les 100 milliards. La normalité devient anormale, ou plutôt l’anormalité devient la norme.
En France, le même phénomène s’installe. La part de Français ayant suivi une psychothérapie est passée de 5 % en 2001 à plus de 20 % en 2013. Le nombre de psychologues a grimpé de 27 000 en 2008 à 66 000 dix ans plus tard, puis à 77 000 actifs de moins de 62 ans début 2024. Les séries En thérapie et HPI pulvérisent les records d’audience. Miss France parle de sa santé mentale en direct. Stromae chante ses pensées suicidaires au journal télévisé de TF1 et l’album devient un succès colossal. Des champions du monde de football témoignent de leurs difficultés psychologiques dans des documentaires multidiffusés. La culture thérapeutique a gagné.
Pierre Valentin voit juste sur les faits. Il décrit correctement l’extension du langage thérapeutique, la pathologisation du quotidien, l’enfermement identitaire dans le trouble. Il a raison de noter que cette culture encourage les jeunes à s’identifier à leurs souffrances plutôt qu’à les surmonter. Mais il reste trop prudent, trop centré sur l’individualisme abstrait, les smartphones et le Covid. Ces éléments existent. Ils ne sont pas la cause principale. La cause principale est plus ancienne, plus profonde et plus gênante à nommer : la féminisation de la société, telle que Alain Soral et Éric Zemmour la diagnostiquaient déjà il y a vingt ans. Une féminisation qui a transformé la psyché masculine, produit des hommes psychologiquement faibles, et installé un cercle vicieux où la plainte devient le mode d’existence dominant.
L’imposture fondatrice
Tout commence avec Sigmund Freud (1856-1939). Michel Onfray, dans Le Crépuscule d’une idole, a fait le travail de démolition nécessaire. Freud n’était pas un savant. C’était un imposteur. Cas cliniques inventés ou grossièrement déformés, usage intensif de la cocaïne, théories farfelues, plagiat, construction d’un système qui transforme la responsabilité morale en symptôme, la faute en névrose, le caractère en pathologie.

2010
Le crépuscule d’une idole
Michel Onfray
Michel Onfray, cohérent avec lui-même, s’en prend ici à une religion qui, bien plus que les monothéismes qu’il pourfendait dans son Traité d’athéologie, semble avoir encore de beaux jours devant elle. Cette religion, c’est la psychanalyse – et, plus particulièrement, le freudisme. Son idée est simple, radicale, brutale : Freud a voulu bâtir une « science », et il n’y est pas parvenu; il a voulu « prouver » que l’inconscient avait ses lois, sa logique intrinséque, ses protocoles expérimentaux – mais, hélas, il a un peu (beaucoup ?) menti pour se parer des emblèmes de la scientificité. Cela méritait bien une contre-expertise. Tel est l’objet de ce travail. Avec rigueur, avec une patience d’archiviste, Michel Onfray a donc repris, depuis le début, les textes sacrés de cette nouvelle église. Et, sans redouter l’opprobre qu’il suscitera, les confronte aux témoignages, aux contradictions, aux correspondances. A l’arrivée, le bilan est terrible : la psychanalyse, selon Onfray, ne serait qu’une dépendance de la psychologie, de la littérature, de la philosophie – mais, en aucun cas, la science « dure » à laquelle aspirait son fondateur. On sera, devant une telle somme, un peu médusé : Freud n’en ressort pas à son avantage. Et encore moins sa postérité – qui aura beau jeu de prétendre que si Michel Onfray conteste si violemment la religiosité en vogue chez les archéologues de l’inconscient, ce serait précisément parce qu’il craindrait de contempler le sien. Une « ouverture » biographique, semblable à celle qui précède chacun de ces essais, devance cette objection en racontant comment et pourquoi Michel Onfray a découvert – en vain – cette « science de l’âme » qui n’en est pas une.
Karl Popper (1902-1994), le philosophe des sciences qui a formulé le critère de falsifiabilité — une théorie n’est scientifique que si elle peut être confrontée à l’expérience et éventuellement réfutée —, avait déjà classé la psychanalyse parmi les doctrines non scientifiques. Impossible à mettre réellement à l’épreuve, elle explique tout et son contraire : un échec devient une « résistance », un succès une confirmation. Elle n’est pas une science, c’est une rhétorique. Onfray a simplement achevé le portrait : un homme qui a bâti sa célébrité sur des mensonges et une rhétorique destinée à exonérer l’individu de toute exigence trop rude.
Depuis cent cinquante ans, cette imposture s’est diffusée. La psychanalyse pure a perdu du terrain, mais l’esprit est resté. Toutes les thérapies qui ont prétendu « corriger » Freud ont repris l’essentiel : le mal-être n’est jamais vraiment de la faute du patient. C’est un trauma, une structure, un trouble, un héritage inconscient. Le DSM, manuel de référence de la psychiatrie américaine, illustre parfaitement la dérive. Une centaine de pages en 1952. Près de 500 en 1980. 1 120 pages en 2022. Le professeur canadien Rob Whitley, cité par Pierre Valentin, le dit clairement : le DSM jette un filet diagnostique de plus en plus large. Chaque révision transforme des millions de personnes saines en patients potentiels. Ce n’est pas seulement le progrès de la recherche. C’est la pathologisation méthodique de comportements qui, autrefois, s’appelaient faiblesse, lâcheté, manque de caractère ou simplement vie.
La culture thérapeutique qui en découle n’est pas neutre. Elle sacralise le ressenti, disqualifie le jugement moral, déresponsabilise l’individu et remplace les anciennes autorités (parents, prêtres, enseignants) par le psy. Christopher Lasch (1932-1994), l’historien et critique social américain qui a disséqué la culture du narcissisme dans The Culture of Narcissism (1979) puis The Minimal Self (1984), l’avait déjà vu avec une clarté impitoyable : on passe du péché à la maladie. L’autorité morale cède la place à l’expert thérapeutique. La faute devient symptôme, la responsabilité s’évapore, et l’individu se retrouve prisonnier d’un moi hypertrophié, fragilisé et perpétuellement en quête de validation. Ce glissement a un prix. Il fabrique des êtres qui se définissent par leurs failles plutôt que par ce qu’ils sont capables de supporter.

1979
La culture du narcissisme
Christopher Lasch
Christopher Lasch analyse comment les transformations économiques et sociales du XXe siècle américain ont fait émerger une personnalité narcissique devenue dominante dans la culture. S’appuyant sur Freud et sur une grille de lecture en partie marxiste, Lasch décrit une société où l’autorité, les communautés traditionnelles et les liens familiaux se sont affaiblis, produisant des individus anxieux, obsédés par leur image, dépendants du regard des autres et incapables de se projeter dans l’histoire. Il critique autant la gauche progressiste – accusée d’avoir fragilisé la famille – que la droite libérale – qui aurait dissous les solidarités locales. Des phénomènes tels que le développement personnel, les nouveaux mouvements spirituels, l’évolution du sport ou le comportement des hommes politiques lui apparaissent comme les symptômes d’une même pathologie culturelle. L’ouvrage, polémique et incisif, est devenu une référence majeure de la critique sociale américaine.
La féminisation comme moteur
La diffusion de cette culture n’est pas un accident. Elle s’est accélérée dans une société en pleine féminisation. Alain Soral l’avait déjà analysée dès Vers la féminisation ? (1999), et Éric Zemmour l’a martelée sans détour dans Le Premier sexe (2006). La société occidentale a progressivement valorisé les traits autrefois associés au féminin — l’empathie, la vulnérabilité, la parole émotionnelle, la protection, le refus de la frustration — au détriment des traits autrefois associés au masculin — la résilience, la hiérarchie, l’épreuve, la capacité à encaisser sans se plaindre, la compétition. Ce basculement n’est pas une opinion. Il se lit dans les institutions, l’éducation, les médias, le droit, le langage.
Les différences moyennes de personnalité entre sexes sont documentées depuis longtemps. Les femmes scorent plus haut en névrosisme et en agréabilité. Elles consultent davantage, déclarent plus de troubles anxieux et dépressifs, s’identifient plus facilement au statut de victime. Quand les secteurs du care, de la psychologie, de l’éducation et de la communication se féminisent massivement, le langage dominant change. Le ressenti devient la mesure de toute chose. La blessure devient un capital. La plainte devient une preuve d’authenticité.
Mais le point central n’est pas seulement que les femmes souffrent plus ou consultent plus. C’est que la psyché masculine elle-même a été féminisée. On a appris aux garçons, dès le plus jeune âge, que la dureté est toxique, que la compétition est suspecte, que la frustration est un trauma, que « parler de ses émotions » est une obligation, que la force doit s’excuser. Résultat : une génération d’hommes plus fragiles psychologiquement. Des hommes qui surestiment leurs blessures, qui amplifient celles des autres, qui transforment chaque contrariété en récit de victimisation. Ces hommes faibles ne se contentent pas de souffrir. Ils entretiennent et diffusent la culture de la plainte. C’est le cercle vicieux.
Valentin note que 70 % des jeunes de la génération Z font de leur santé mentale une part importante de leur identité. Il voit là un effet de la culture thérapeutique. Il a raison. Mais il refuse de tirer le fil jusqu’au bout. Cette identification massive n’est possible que dans une société qui a déjà dévalorisé la capacité à endurer. Une société qui a cassé le ressort masculin et qui s’étonne ensuite que tout le monde se mette à trembler.

1999
Vers la Féminisation ?
Alain Soral
Cet ouvrage propose une critique acerbe de la féminisation de la société, qu’il perçoit comme une dérive orchestrée par le néo-libéralisme. L’auteur soutient que l’effacement de l’autorité du père et des valeurs viriles au profit d’un psychologisme féminin favorise le consumérisme et la passivité politique. Il analyse le féminisme non pas comme une libération, mais comme une idéologie servant les intérêts de la bourgeoisie et de la production de masse. En s’appuyant sur la psychanalyse et la sociologie, Soral affirme que cette mutation culturelle conduit à un appauvrissement intérieur et à une perte du sens moral. Selon lui, seule une conscience globale réhabilitant le rôle social de l’homme peut contrer ce chaos social-démocrate.

2006
Le Premier Sexe
Eric Zemmour
Dans cet essai polémique, Éric Zemmour soutient que la société occidentale traverse une mutation anthropologique majeure caractérisée par une féminisation de l’homme et la déconstruction des valeurs viriles traditionnelles. L’auteur articule sa réflexion autour du déclin de la figure paternelle et de l’autorité, affirmant que l’idéologie féministe et le capitalisme ont collaboré pour transformer les hommes en consommateurs androgynes et sentimentaux. À travers une analyse mêlant culture populaire, politique française et sociologie, il dénonce la disparition de la distinction entre les sexes comme un facteur de désordre social et de stérilité démographique. Le texte a pour dessein de réhabiliter une psyché masculine assumée face à ce qu’il perçoit comme un totalitarisme de la bien-pensance qui castre le désir et fragilise l’identité européenne.
La plainte dans le confort
Il suffit de lire les commentaires sous les vidéos YouTube. Tellement de gens qui se plaignent. On peut lire : « J’ai 27 ans et l’époque dans laquelle je vis me dégoûte. » Puis des réponses du genre : « 46 ans et pareil. » Et bien sûr, jamais d’explication, d’arguments concrets. Ce serait trop dur pour ces mous du bulbe de justifier un tel propos. Ces gens vivent dans le plus grand confort matériel que l’humanité ait jamais connu. Pas de famine. Pas de guerre à leur porte. Pas de mortalité infantile qui emporte la moitié des enfants. Pas de travail laborieux aux champs pour survivre. Ils ont l’eau chaude, l’électricité, les antibiotiques et le droit de se plaindre en public sans risquer grand-chose. Et ils se déclarent dégoûtés de leur époque. Il ne manque plus que des allusions à un « génocide » ou au « patriarcat » et on aura atteint le fond.
Ce ne sont pas des victimes d’un système oppressif. Ce sont des abrutis — et je n’écris pas ça pour parler de leur intelligence, mais d’un abrutissement. Ils n’ont à la fois aucune culture historique et sont imprégnés de discours que des personnalités elle-meme insignifiantes leur ont inculqués sur de sr;eseaux sociaux et qu’ils récitent machinalement. Ils n’ont aucune idée de ce qu’a été la lutte pour la survie de 99 % des êtres humains qui ont marché sur cette planète. Leur plainte n’est pas le produit d’une souffrance historique. Elle est le produit d’une culture qui leur a appris que se plaindre, c’est exister, et que le confort n’empêche pas d’être une victime. La culture thérapeutique a transformé le luxe de la plainte en obligation morale. Elle a fait de la vulnérabilité affichée une forme de statut social.
Il existe bien sûr des souffrances réelles. Des dépressions graves, des angoisses invalidantes, des isolations destructrices. Les nier serait stupide. Mais la plupart du temps, ce qu’on appelle aujourd’hui « santé mentale » est une construction. On prend des contrariétés ordinaires, des frustrations normales, des échecs classiques, et on les habille en trauma. On apprend aux gens à les regarder comme des maladies plutôt que comme des épreuves. On les invite à en faire le centre de leur identité. Et on s’étonne ensuite que les chiffres explosent.
Le cercle vicieux des hommes faibles
La féminisation de la psyché masculine est le nœud. Un homme qui n’a plus le droit d’être dur devient un homme qui casse plus facilement. Un homme qui a appris que la frustration est un trauma devient un homme qui transforme chaque obstacle en récit de blessure. Ces hommes, une fois fragilisés, ne restent pas isolés. Ils participent à la diffusion de la culture thérapeutique. Ils surestiment les traumas de tout le monde. Ils rendent la plainte contagieuse. Ils transforment l’exigence en violence, la critique en agressivité, la compétition en toxicité.
C’est un cercle vicieux. Plus les hommes s’effondrent psychologiquement, plus la société entière s’enfonce dans le langage de la vulnérabilité. Plus ce langage domine, plus les hommes sont encouragés à s’effondrer. Les statistiques de la génération Z le montrent : les jeunes hommes ne sont pas épargnés. Ils participent pleinement à l’inflation diagnostique, à l’identification au trouble, à la plainte permanente. La féminisation ne les a pas seulement affaiblis. Elle les a convertis en agents de la culture qu’ils subissent.
Valentin décrit correctement les effets numériques. Les réseaux sociaux recréent des communautés autour du trauma. Les hashtags transforment le mal-être en contenu. Les jeunes isolés trouvent une identité dans le diagnostic. Tout cela est vrai. Mais ces mécanismes ne fonctionnent à plein régime que parce que le terrain a été préparé. Une société qui avait encore une exigence masculine minimale n’aurait pas transformé le hashtag #trauma en phénomène de masse. Une société qui avait encore des rites de passage et des épreuves structurantes n’aurait pas fait de la santé mentale le nouveau ciment identitaire. Il y a encore quelques décénnies, on se serait moqué de ces pleurnicheries adoelscentes, et on aurait eu raison.
La France n’est pas une exception
On entend parfois que ce phénomène est surtout anglo-saxon, mais la France suit le même chemin, avec un temps de retard et un vernis culturel différent. Les succès d’audience de séries du genre En thérapie et HPI ne sont pas anodins. Ils révèlent une fascination collective pour le langage thérapeutique. Les podcasts où l’on « se confie » sur son parcours en santé mentale se multiplient. Les célébrités enchaînent les confessions cathodiques. Miss France utilise son temps d’antenne pour parler de sa santé mentale. Stromae chante ses pensées suicidaires en regardant la caméra et tout le monde trouve cela admirable.
Le nombre de psychologues a plus que doublé en quinze ans. La psychothérapie est devenue un marqueur social pour une partie des classes moyennes et supérieures. On ne dit plus « j’ai des problèmes ». On dit « je fais un travail sur moi ». Le glissement est le même qu’aux États-Unis : du moral au médical, de la responsabilité à la pathologie, de l’épreuve à la plainte.
La culture thérapeutique française a ses propres codes. Elle se pare parfois d’un discours politique, « intime et politique » comme le dit une journaliste. Elle mobilise les footballeurs champions du monde pour témoigner. Elle transforme la confession en contenu de divertissement. Mais le fond reste identique. On sacralise le ressenti. On dévalorise la capacité à encaisser. On fabrique des identités autour de la faille.
Pourquoi les autres explications restent insuffisantes
Les smartphones et les réseaux sociaux jouent un rôle. Ils amplifient la comparaison, détruisent l’attention, favorisent l’isolement. Le Covid a accéléré la dynamique. L’individualisme, au sens où l’entendait Émile Durkheim dans Le Suicide (1897) — c’est-à-dire un affaiblissement des liens sociaux et des règles collectives qui laisse l’individu sans boussole ni cadre —, produit de l’anomie. Autrement dit : plus la société se désagrège en individus isolés, plus le mal-être et le sentiment de vide explosent. L’effondrement de l’avenir, la difficulté à se projeter, la perte des grands récits collectifs pèsent lourd. Tout cela est vrai et Pierre Valentin a raison de les souligner.
Mais ces facteurs ne suffisent pas à expliquer l’ampleur et la forme particulière de la crise. D’autres sociétés ont connu des crises collectives sans transformer la plainte en identité de masse. Ce qui change tout, c’est le cadre culturel dans lequel ces chocs arrivent. Un cadre déjà féminisé, déjà thérapeutique, déjà hostile à l’exigence masculine. Dans ce cadre, chaque difficulté devient un trauma, chaque frustration une pathologie, chaque homme un potentiel fragile qu’il faut protéger plutôt que forger.
La destigmatisation massive de la santé mentale, présentée comme un progrès, a eu l’effet inverse de celui annoncé. En multipliant les campagnes, les témoignages, les hashtags, on n’a pas seulement aidé ceux qui souffraient vraiment. On a invité des millions de personnes à se regarder comme malades. On a transformé des états passagers en identités stables. On a rendu la normalité suspecte.
Ce qu’il faut refuser
On peut soigner les vrais troubles. On doit le faire. Il existe des souffrances graves qui demandent une prise en charge sérieuse. Nier cela serait aussi absurde que de prétendre que tout est inventé. Mais continuer à traiter comme une maladie ce qui est souvent de la mollesse cultivée, c’est mentir. Continuer à refuser de nommer la féminisation de la psyché masculine comme moteur principal, c’est mentir plus fort encore.
La génération Z n’est pas seulement la victime d’une crise du sens. Elle est le produit abouti d’une société qui a volontairement affaibli ses hommes, sacralisé la plainte et transformé le confort en prétexte à la victimisation. Les chiffres du bouquin de Pierre Valentin sont réels. L’interprétation soft qui les accompagne généralement est fausse. Tant qu’on continuera à parler d’individualisme, de smartphones et de Covid sans oser dire que la féminisation a cassé le ressort masculin, on tournera en rond.
Les hommes faibles ne se contentent pas de souffrir. Ils contaminent. Ils transforment chaque génération suivante en version encore plus fragile de la précédente. Le cercle vicieux ne s’arrêtera pas tout seul. Il s’arrêtera le jour où l’on cessera de célébrer la vulnérabilité comme une vertu et où l’on redonnera à l’exigence, à la dureté et à la capacité d’encaisser la place qu’elles n’auraient jamais dû perdre.
Jusque-là, on continuera à compter les diagnostics, à applaudir les confessions télévisées et à s’étonner que les jeunes aillent de plus en plus mal. Le constat est clair. La cause l’est aussi. Reste à avoir le courage de la nommer sans détour.








