Bégaudeau, une des rares figures de gauche tenaces
Non mais c’est quand même dingue d’être capable de dire qu’aujourd’hui il y aurait une hégémonie de la droite dans les médias.
Comment avoir un débat politique avec quelqu’un pour qui il n’y a quasiment que des médias de droite ? Qui considère France Inter et Le Monde comme de centre-droit…
Bégaudeau prend le libéralisme comme marqueur politique entre la droite et la gauche, ça ne va pas du tout. Le libéralisme est perpendiculaire à l’axe gauche/droite. Certes, il a le droit de se considérer comme étant d’une gauche anti-libérale, mais ça ne veut pas dire qu’aucune autre gauche que la sienne ne peut exister. Il y a bien une gauche libérale, et effectivement c’est surtout cette gauche qui est représentée dans les médias de masse, télé et radio, magazine et journaux papier.
Le pourfendeur de la confusion confus
Si on part de présupposés aussi restrictifs, on en vient à dire que Macron est de droite. Macron se définit lui-même comme un « homme de gauche » et un « libéral » (dans son – certes grotesque – bouquin Révolution). En vérité, il n’est ni l’un ni l’autre, il zigzague au gré de l’actualité, dans l’espoir d’etre apprécié. C’est aussi idiot de dire qu’il est de droite que de gauche. Enfin il a quand meme commencé au parti socialiste et fait partie du gouvernement de Hollande. Mais pour Bégaudeau le PS est de droite! Et sortir que Macron est de droite parce qu’il a choisi un Premier ministre de droite après une dissolution qui a mis la droite majoritaire à l’Assemblée, est-ce un argument recevable?
Bégaudeau est bon dans son role d’intellectuel présomptueux capable de belles formules mais son chateau de cartes intellectuel est basé sur des définitions faussées, qui sont propres à son camp idéologique hyper minoritaire. D’où le fait que son interlocuteur Geoffroy Lejeune s’arrete sur ses définitions d’abord.
Oui la majorité des médias et de l’opinion est attaché à une certaine liberté, donc à certains degrés de libéralisme, meme Bégaudeau d’ailleurs est très libéral sur bien des aspects.
Mais c’est plus simple de se draper dans un gauchisme extreme qui lui sert de couverture. Comme pour lui rien n’est bon qui n’est pas anti-libéral, anti-capitaliste et anti-conservateur. Il ne reste alors pas grand chose sur le spectre politique, et il ne détaille pas ce pour quoi il est « pour » (la « joie » dans les révoltes sociales surement).
Bref pour un type qui aime parler de « confusion » à droite à tout bout de champs, où est-ce que lui apporte de la clarté?
Les médias sont-ils libres en France?
L’idée du débat était à la base de définir si les médias sont libres. Selon Bégaudeau, ils ne le sont pas tant qu’ils ont un patron « milliardaire ». On se demande pour quoi un patron millionnaire ou sans le sou serait moins influent sur sa rédaction? Et pourquoi des médias publics avec patron nommé par l’Etat seraient moins influençables. C’est évident qu’il n’y a pas un seul média qui soit sans influence, mais un média est toujours sous influence, au moins de ses journalistes.
La seule réponse valable dans la situation médiatique aujourd’hui en France, c’est est-ce qu’il est possible de librement créer un médias, d’y embaucher qui on veut, de le publier? Il me semble que oui. Qu’une direction influence sa ligne éditoriale, c’est tout aussi évident qu’un patron de média aura tendance à embaucher des journalistes qui pensent comme lui. Il aurait d’ailleurs pu parler de modèles alternatifs, de médias autogérés, avec un comité de publication, mais il ne propose rien. Son problème ce n’est pas la liberté des médias, mais la liberté du macrhé des médias qui permet à certains comme CNews de prospérer car ils sont numéro 1. Si seulement il pouvait interdir les médias à succès et en promouvoir d’autres qui n’ont pas de succès mais le mérite d’etre de son bord. On a vraiment l’impression dans son discours que c’est sa conception de la liberté.
Les médias français de droite?
Juste un petit tour des médias français : Déjà, au niveau du service public, ils sont peut-être parfois macronistes, mais ça ne veut rien dire sur leur bord politique. France 2/3/5, France Inter ou Arte, où est la droite, quels chroniqueurs sont de droite pure? Par contre, les penchants de gauche sont indéniables. Mais Bégaudeau va nous asséner que malgré le fait qu’ils s’auto-considèrent de gauche, ils se trompent.
La plupart des journaux régionaux sont disons de centre-gauche, mais certainement pas de droite. Le Monde, bien sûr qu’ils ne sont pas de droite, il hallucine (centre-gauche).
Le Télégramme, Libération, La Croix, L’Humanité : très loin d’être de droite.
Et Bégaudeau de sortir que quand il était gamin, TF1 était la télé la plus regardée. TF1 n’était pas « de droite » mais populaire, « beauf », du foot et des films. On est de la même génération, c’était Canal+ qui dictait la pensée du moment, personne n’était fan de TF1 dans les cours de récré, tout le monde se moquait de Jean-Pierre Pernaut et de ses faits divers. Oui, mais pour Bégaudeau, parler de faits divers = être de droite. Compliqué…
Compliqué pour Geoffroy Lejeune, qui reste dans un role de chroniqueur poli, de débattre dans ces conditions face à un type aussi obtu. Geoffroy Lejeune que les gauchistes considère d’extreme droite. Geoffroy Lejeune nervi fasciste, c’est ça. Soupir.
Revenons sur François Bégaudeau, l’intellectuel franchouillard gauchiste ultime
J’aime bien Bégaudeau par ailleurs, j’aime son côté intellectuel, sa façon de s’exprimer, très française d’ailleurs. Rien que son nom fait plaisir à entendre, on imagine un artisan, un type du terroir. Pas de bol, c’est un bobo parigo, ancien chanteur de punk, mais un punk propre sur lui et bourgeois. Si je trouve qu’il se trompe sur un peu près tout, il a le mérite d’etre un interlocuteur coriace, un beau débatteur. O ne se dit pas directement que c’est un abruti, mais un type intelligent à coté de la plaque.
Cela dit, si Bégaudeau est bon en débat, ses bouquins sont barbants et sans substance, beaucoup de bla-bla pour rien. Et on ne peut pas dire qu’il soit prolifique, il est beau parleur mais pour l’écrit, il se contente d’articles dans la presse (de gauche! bizarre je croyais qu’elle était quasi inexistante). Aucune publication en librairie entre 2009 et 2019, faudrait peut-etre bosser un peu plus François!
J’ai lu ses 2 derniers bouquins, Histoire de ta bêtise (2019) et Notre Joie (2021). Un petit résumé de ces 2 essais. Je n’ai pas lu son roman sorti l’année dernière qui avait l’air assez navrant.
Histoire de ta bêtise (2019)
C’est le bouquin qui lui a valu son statut d’intellectuel à gauche. Bégaudeau y critique la bourgeoisie contemporaine (celle de papa). Il accuse ce groupe social de défendre ses intérêts sous couvert de valeurs universelles comme la tolérance et la liberté, tout en maintenant ses privilèges. Il faut comprendre la gauche caviar meme si il ne précise pas, c’est plus pratique pour lui de parler de bourgeoisie, pour pouvoir la qualifier de « droite » de façon indistincte.
Et c’est toujours la même chose, toujours les mêmes définitions de base faussées et toujours aucune solution, seulement des critiques. Anti-libéral, mais aucune explication sur la façon de mettre en place une société anti-libérale. S’il faut combattre le marché, qui décide des règles pour s’opposer au marché libre qui inévitablement se met en place de façon autonome ? Tout de suite, ça devient beaucoup plus compliqué dès qu’il doit etre question de répondre à cette question. C’est un peu le même topo avec Jean-Claude Michéa, ce manque de solutions, mais je ne les comparerais même pas. Michéa est bien au-dessus intellectuellement dans ses écrits (il faudra que j’en parle).

2022
Notre joie
François Bégaudeau
François Bégaudeau, romancier et essayiste dont Entre les murs a révélé l'acuité du regard sur le fait scolaire, propose avec cet essai une réflexion philosophique et politique décapante sur la joie comme catégorie existentielle et collective. Loin de tout développement personnel et de toute complaisance sentimentale, Bégaudeau prend le risque d'une pensée exigeante qui lie indissociablement la joie à la politique et à l'émancipation sociale. Sa thèse provocatrice est que la joie authentique — distincte du bonheur bourgeois privatisé et de l'épanouissement individuel promu par la culture néolibérale — est inséparable d'une transformation du monde. On ne peut être vraiment joyeux sans participer à la construction d'un monde plus juste : la joie est acte, non état passif. Bégaudeau s'attaque au discours dominant du bonheur individuel comme diversion politique, manière de canaliser l'énergie des individus vers l'intérieur tout en laissant intact l'ordre social inégalitaire. Son écriture, volontairement provocante et peu accommodante, n'hésite pas à déranger le lecteur dans ses certitudes. L'essai est aussi une réflexion sur ce que signifie militer, s'engager collectivement, éprouver la solidarité comme source d'une joie que nulle satisfaction consumériste ne saurait atteindre. Texte inclassable entre l'essai philosophique, le pamphlet politique et la méditation intime, il affirme avec une franchise rarissime que penser et se réjouir sont deux aspects indissociables de la même vitalité humaine.
Notre Joie (2021)
Après le succès d’Histoire de ta bêtise, Bégaudeau eut son petit succès, y compris à droite! Car à droite, on aime lire les intellectuels, meme ceux de gauche. Il y a nombre de type à droite ayant lu Marx, des gauchistes ayant lu des auteurs conservateurs, peu probable.
Dans Notre Joie, Bégaudeau commence par décrire comment il s’est fait alpaguer par un fan après avoir animé une conférence et comment il a découvert que c’était en fait un type de droite (et un maghrébin, chose qu’il ne révèle qu’à la fin, dépité). Il part de discussion avec ce type, qu’il manipule du coup comme un épouvantail, pour ensuite élaborer une réflexion sur la joie collective comme moteur d’émancipation. Une « joie » au final issue de la lutte, des mouvements sociaux et grèves. Pourquoi pas, mais du coup, une fois obtenu ce qui a été réclamé pendant ces mouvements sociaux, du coup en quoi se transforme cette joie? Si la joie dans l’action collective pour transformer la société, j’ai bien peur, et ça s’est toujours confirmé dans l’histoire, que les nouveaux gagnants reproduisent à leur faveur l’égoïsme bourgeois.
De toutes façons, le problème des anti-libéraux est toujours le même. Si on ne laisse pas le marché décider, donc la masse des actions individuelles indistinctes (égoïste si il veut), s’il faut du dirigisme, qui dirige ? Toi ? Lui ? Pourquoi ? De quel droit ? Qu’est-ce qu’il a de mieux que moi pour décider pour moi ?
Le sujet initial c’était la liberté des médias, ça a vite dévié dans cet échange avec Lejeune. Et on n’a aucune réponse sur ce qu’il suggère pour les médias. Si ils ne sont pas libres, comment faire pour qu’ils le deviennent. Qu’ils soient tous étatisés ? Qu’est-ce qui prouve que ça va changer quoi que ce soit? Interdire la propriété privée des médias? La voie idéale vers la dictature…
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