Je n’habite plus en France depuis bien longtemps, quasiment 15 ans. Les raisons de mon départ n’avaient rien à voir avec une envie de quitter la France, je me surprends d’ailleurs à me trouver, à l’époque, bien casanier. Je me demande, par exemple, pourquoi je n’avais pas envisagé au moins un stage à l’étranger pendant mes études.
Toujours est-il que je me suis retrouvé, un jour, à avoir l’opportunité de vivre à presque 10 000 kilomètres de la France, après un seul voyage en Thaïlande, et j’ai sauté le pas immédiatement.
Je ne cherchais pas à fuir quoi que ce soit, à m’éloigner de gens ou de situations, tout allait plutôt bien. J’avais tout ce qu’il me fallait.
Alors que j’habitais au centre de Paris, je me suis retrouvé à vivre pendant presque deux ans sur une île, dans un isolement culturel à l’opposé de mes sorties hebdomadaires pour voir des concerts, jouer avec mon groupe de rock, ou sortir avec mes potes. Je ne devenais pas pour autant plus anonyme, la vie dans une grande ville aujourd’hui ne prémunit pas contre la solitude, d’autant que, même sur une plage au bout du monde, le wifi donne accès aux mêmes informations et réseaux, et on a d’autres raisons de créer des liens.
J’aurais peut-être eu plus de mal à partir si j’avais su que je me coupais alors de possibilités d’être au courant des sorties musicales, mon passe-temps principal.
Une fois en Thaïlande, je n’ai pas moins vu ma famille ; j’habitais déjà dans une autre ville que mes parents, et je les vois même plus souvent aujourd’hui qu’à l’époque, car ils passent plus d’un mois chez moi tous les ans.
Je ne me libérais de rien en partant, j’étais déjà complètement indépendant. Une forme d’individualisme m’a fait me détacher de tout sentiment de responsabilité vis-à-vis de la France, tout en n’étant jamais bien loin d’elle. D’une certaine manière, je suis satisfait de ne plus être en contact direct avec les Français, mais, d’un autre côté, je ne pourrais vivre sans un contact virtuel avec l’actualité et la culture de mon pays, que je pense suivre autant que si j’étais en France, au final. La France sans les Français.
L’expatriation d’aujourd’hui n’a vraiment pas grand chose à voir avec ce qu’elle a pu etre. Ici, je suis un vrai marginal. Personne ne sait si je suis un touriste ou un immigré. Personne n’imagine que je puisse etre ou un jour devenir Thaïlandais, je ne suis pas du tout assimilé mais confortablement intégré. Je parle peu la langue et ne comprends pas le brouhaha quotidien, ce qui m’évite de subir les opinions du Français moyen, du bobo comme du « jacky tuning ». C’est difficile d’etre dans le détachement total, seuls des saints illuminés y sont parvenus, nos racines nous rappellent toujours qui on est.
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