Nous vivons une époque fascinante où l’intelligence artificielle (IA) générative est partout. Et ce n’est que le début. Avec les avancées en robotique, nous verrons probablement de notre vivant des robots humanoïdes dignes de Star Wars ou I, Robot.

Avant les robots de métal, nous avons déjà les « robots de mots » : les IA comme ChatGPT, Claude, Grok ou Gemini.

Aujourd’hui, tout ce qui est texte peut passer à la moulinette de l’IA. Cela soulève une question simple mais importante : utiliser l’IA pour écrire, structurer ou argumenter, est-ce tricher ? Est-ce déloyal dans un débat ? Est-ce une forme de lâcheté intellectuelle ?

Réponse à un commentaire critique

Cette réflexion est née d’un long commentaire reçu sous une de mes vidéos sur le fascisme (celle où j’expliquais pourquoi le terme est souvent utilisé comme insulte paresseuse contre toute forme de droite). Le commentateur ne critiquait pas du tout le fond de mon article, mais uniquement la forme : l’utilisation d’une voix IA et de l’IA en général pour la rédaction.

Il décrivait l’IA générative comme produisant un langage « déraciné » qui pollue l’espace informationnel, aplatit l’expression et rend impossible les vraies critiques. Il allait jusqu’à défendre l’ad hominem comme légitime en politique et voyait l’usage de l’IA comme une « dissimulation », une « lâcheté dialectique » ou une « guerre perfide du langage » plutôt qu’un combat honorable.

Son commentaire est long, très littéraire et presque précieux. Il m’a fait penser aux courtisans du film Ridicule de Patrice Leconte qui se passe à la cour du roi Louis XVI : beaucoup de belles phrases, d’effets de manche et de métalangage, mais très peu (voire rien) sur le fond de mes arguments sur le fascisme historique.

Je ne délègue pas ma pensée

Ma réponse est simple : je n’ai pas délégué ma pensée.

J’ai rédigé moi-même le texte initial de cette vidéo. L’IA m’a servi ensuite à clarifier, reformuler, structurer et fluidifier le propos. Dire que c’est « déléguer sa pensée » reviendrait à affirmer que :

  • Utiliser Word, c’est déléguer l’écriture.
  • Utiliser Google, c’est déléguer la recherche.

Les idées, les lectures (y compris d’auteurs plutôt à gauche), les choix et la ligne éditoriale restent entièrement les miens. L’IA est un outil qui me permet d’être plus clair, plus structuré et surtout beaucoup plus rapide.

Cette chaîne est un hobby. J’ai un travail et une entreprise avec une quarantaine d’employés. Sans l’IA, je ne pourrais pas sortir du contenu de qualité à un rythme raisonnable. Écrire, enregistrer, traiter l’audio et monter une vidéo prend énormément de temps.

Le commentateur est bien sûr libre de me répondre point par point sur le fond ou de publier son propre article. Pour l’instant, il n’a contesté aucun argument précis.

L’IA dans la vie politique : l’exemple de Sarah Knafo

Ce genre d’attaque moralisatrice n’est pas isolé. Dès qu’un politique ou un créateur assume l’usage de l’IA, les mêmes reproches ressurgissent.

Un exemple récent : la campagne de Sarah Knafo pour les municipales à Paris. Elle a utilisé des images et vidéos générées par IA sur son site et ses réseaux pour illustrer des scènes d’insécurité (bouchons parisiens, agressions nocturnes, etc.). Ses adversaires et certains médias l’ont violemment accusée de « fabriquer un Paris fictif » et de manquer de transparence.

Pourtant, elle assume pleinement cette approche : c’est un moyen moderne et impactant de montrer des problèmes réels de manière visuelle, sans prétendre que chaque image est une photo authentique. Pendant que l’on débattait de la forme (l’outil IA), on évitait souvent de discuter du fond : son programme sécuritaire, la vidéosurveillance, ou sa vision d’une « ville heureuse ».

L’IA comme sparring partner intellectuel : l’exemple de Curtis Yarvin

Ironiquement, l’IA peut aussi être un outil redoutable pour tester et pousser les idées jusqu’à leurs conclusions logiques, sans filtre politiquement correct.

L’exemple le plus frappant est celui de Curtis Yarvin (penseur néoréactionnaire américain, figure de la Dark Enlightenment). En janvier 2026, il a publié sur son blog une longue conversation avec Claude (le modèle d’Anthropic). Par un dialogue socratique patient, il fait évoluer le modèle du terme « woke » vers « progressiste », puis « communiste », jusqu’à lui faire admettre que les États-Unis fonctionnent aujourd’hui comme un régime communiste hégélien : contrôle institutionnel des universités, médias, administration, police du langage, etc.

Yarvin n’a pas « triché ». Il a utilisé l’IA comme un partenaire intellectuel infatigable, capable d’explorer de longues chaînes logiques sans se fatiguer ni s’énerver. Résultat : il a littéralement « redpillé » le modèle sur des points que celui-ci refusait initialement d’admettre clairement.

Ceux qui craignent que l’IA « pollue » le débat sont souvent les premiers à redouter qu’elle soit utilisée pour démonter leur propre cadre idéologique.

Synthèse et médiation : est-ce de la lâcheté ?

Critiquer l’usage de l’IA revient parfois à critiquer le simple fait de lire des synthèses ou des commentaires d’œuvres.

Je suis actuellement en train de lire L’Anarchie positive – Du bon usage de Proudhon de Michel Onfray. Ce pavé de plus de 500 pages rend la pensée de Pierre-Joseph Proudhon (philosophe anarchiste français du XIXe siècle) bien plus accessible que ses œuvres originales, souvent très longues et écrites dans un style du XIXe siècle parfois pénible. Pourtant, personne ne dénoncerait sérieusement la lecture d’Onfray comme une « lâcheté intellectuelle ». C’est simplement une médiation utile pour aller à l’essentiel.

D’une certaine manière peut aider à assimiler et résumer une oeuvre complexe, et c’est ce que j’essaye de faire dans la partie « Livres » de ce site. La technologie est là, l’IA s’améliore sans cesse, ce serait idiot de ne pas utiliser les outils à notre disposition.

Je ne délègue pas ma pensée à l’IA : je délègue le travail répétitif (reformulation, correction, structuration), comme on délègue une relecture à un correcteur compétent.

Ma méthode de travail

Concrètement, voici comment je procède :

  • Je lis (souvent sur téléphone au format EPUB) et prends des notes dans l’application Obsidian (idées, passages copiés, enregistrements vocaux de réflexions transcrites).
  • Ces notes deviennent des brouillons.
  • J’utilise régulièrement ChatGPT, Claude, Grok et Gemini (je paye les quatre pour mon travail) pour proposer un plan à partir de notes éparses, puis je rédige les parties.
  • Enfin, je repasse le texte entier dans l’IA pour corriger les maladresses et améliorer la fluidité.

Les lectures, les choix importants, les angles et la ligne éditoriale restent les miens. L’IA est un assistant ultra-efficace qui me permet d’aller plus vite et d’être plus clair, sans perdre le contrôle du fond.

C’est exactement la même logique que de lire Onfray sur Proudhon plutôt que les milliers de pages originales.

Conclusion

L’IA n’est ni une triche ni une lâcheté lorsqu’elle est utilisée comme outil au service de la pensée humaine. Elle amplifie nos capacités : clarté, vitesse, structuration.

Le vrai débat ne doit pas porter sur l’outil, mais sur les idées qu’il aide à exprimer. Attaquer la forme pour éviter le fond est une vieille tactique… qui devient de plus en plus visible à l’ère de l’IA.

Et vous, où en êtes-vous avec l’IA ? L’utilisez-vous pour écrire, réfléchir ou créer ? Est-ce un allié ou une menace pour l’authenticité ?

Deux robots dans un couloir futuriste
Les 2 robots emblématiques de Star Wars, R2-D2 et C-3PO.

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