J’ai souvent traité d’Éric Zemmour et de sujets clivants sur ce site. On m’interroge régulièrement, directement ou non, sur mes convictions. Je trouve légitime, en tant que producteur de contenu, d’être transparent. Voici donc, cartes sur table, d’où je parle.
Ni militant, ni partisan
J’ai à plusieurs reprises traité d’Éric Zemmour sur Metapolitique.fr. Suis-je pour autant un partisan ? Pas vraiment. Je ne suis ni militant, ni affilié de près ou de loin à son parti Reconquête. De manière générale, je ne suis pas et n’ai jamais été engagé politiquement au sens partisan du terme. Je me considère comme un électron libre. Un libre penseur.
Je n’ai d’ailleurs jamais voté avant la dernière élection présidentielle à laquelle Zemmour s’est présenté. Si je me suis déplacé cette fois-là, c’est uniquement pour le premier tour : sa candidature soulevait pour la première fois des questions et des thèmes qui m’ont suffisamment interpellé pour justifier ce vote. Rappelons simplement que Zemmour a obtenu plus de 7 % des voix au premier tour en 2022, soit environ 2,5 millions d’électeurs, terminant 4e derrière Macron, Le Pen et Mélenchon.
Une construction à droite, par défaut
Je me suis toujours considéré comme étant de droite, depuis que je réfléchis à la question. Les idées de gauche m’ont, de manière générale, toujours semblé peu cohérentes ou difficilement applicables. Je ne me suis jamais reconnu dans ces orientations, ni projeté dans une société construite sur ces bases.
Dès la fin de l’adolescence, les idées communes que j’entendais autour de moi — à l’école, à la télé, sur Canal+, les Guignols, chez les comiques — ne me semblaient pas coller à la réalité, et mes lectures me confortaient dans l’idée que la gauche n’était pas pour moi. Je me suis construit plutôt en opposition à un milieu culturel très peu politisé, et quand il l’était, c’était le gauchisme ambiant politiquement correct. Étudiant, puis jeune actif, je n’étais absolument pas politisé, mais toujours le seul à polémiquer avec une position libérale économiquement, contre l’immigration massive, contre l’État nounou, dans les discussions entre amis, à l’apéro ou sur des forums en ligne.
Pour autant, je ne me suis jamais rapproché d’un quelconque mouvement, je n’ai jamais été politiquement actif. Il faut dire que j’étais dans un milieu ingénieur où personne ne l’était. Au niveau des loisirs, j’étais musicien et dans le milieu Metal, qui est peu politisé — ou plutôt à gauche quand il l’est —, même s’il y a quelques branches hyper minoritaires comme dans le Black Metal qui ont une connotation d’extrême droite. Ce n’est pas un courant qui m’intéressait musicalement.
Libéral dans l’âme
J’étais profondément de droite mais plutôt anarchiste dans l’âme, libéral économiquement, contre l’étatisme — mes deux parents sont fonctionnaires pourtant ! Dans les catégorisations américaines, on dirait libertarien, mais il n’y a jamais eu aucune offre politique de ce type en France.
Pour être plus précis, je me suis toujours senti libéral, mais dans un sens qui relève davantage d’une philosophie de mode d’action. Libéral dans le sens où, face à un problème donné, je trouve souvent qu’une solution parmi les plus libérales possibles a toutes les chances d’être la meilleure — celle qui fera le moins de torts au maximum de monde, ce qui ne veut pas dire procurer le plus de bénéfices à la majorité. D’un côté, c’est une sorte de conservatisme : parfois la meilleure solution est de ne rien faire plutôt que de se précipiter à vouloir absolument que le pouvoir intervienne. Les risques d’effets indésirables de toute politique sont la plupart du temps négligés par des politiques pressés de donner l’impression d’agir.
Je ne suis pas libertarien pour autant, car bien sûr il faut plus qu’un minimum d’État. Je ne risque pas d’être fasciste, car c’est un niveau d’État inacceptable pour moi. Le monarchiste, lui, a l’avantage de tellement concentrer les pouvoirs qu’il en perd les moyens de trop faire. La démocratie, évidemment, amène toujours à moins de libéralisme. Mon idéologie, si je devais la résumer, serait le laissez-faire. Tant que ce que fait quelqu’un ne nuit pas directement à autrui, laissez faire.
Ma famille a habité plusieurs années aux États-Unis pendant mes années primaire-collège, puis nous sommes rentrés en France. Je parlais donc déjà bien anglais à l’époque, j’étais capable de lire des livres en anglais. Je ne sais pas si cela a eu une influence directe ; je lisais surtout des romans, mais la lecture de blogs anglophones par la suite m’a bien sûr marqué.
Mon rapport au Front National et au Rassemblement National
Je ne me suis jamais rapproché du Front National, ni plus tard du Rassemblement National. Cela dit, si je devais me situer, je dirais qu’au regard de la situation actuelle de la France, j’aurais plutôt été en phase avec ce qu’était le Front National à l’époque de Jean-Marie Le Pen que le RN d’aujourd’hui.
La transformation en Rassemblement National s’est accompagnée, à mes yeux, d’un affadissement de la ligne initiale, avec une orientation plus consensuelle, voire parfois teintée de logiques que je qualifierais de populistes, si ce n’est socialistes. Cela se traduit notamment par une politique économique que je peine à considérer comme cohérente ou adaptée à la situation actuelle. Sous Jean-Marie Le Pen, le FN était plutôt libéral sur le plan économique, critique de l’État pléthorique, opposé aux 35 heures par exemple. Sous Marine Le Pen, le RN a opéré un virage vers un protectionnisme social — priorité nationale aux prestations, retraite à 60 ans pour les cotisants, ligne plus interventionniste. Un ensemble d’idées hétérogènes, visant avant tout à agréger un électorat large, mais pas une vision cohérente de l’action politique pour soutenir l’économie.
Ce positionnement n’est pas nécessairement inefficace d’un point de vue électoral — il pourrait même s’avérer payant. Aux européennes de 2024, le RN a obtenu 32 % des voix et est arrivé en tête dans 93 % des communes de France. Mais il pose une difficulté de fond : soit le parti accède au pouvoir et applique un programme dont certaines orientations économiques me paraissent néfastes, soit il est élu sur cette base et devra ensuite réajuster sa ligne pour revenir à des principes économiques plus structurés et plus lisibles.
L’extrême droite : une étiquette, quelle réalité ?
Concernant la qualification « d’extrême droite », ce n’est pas une étiquette qui me gêne en tant que telle. Elle est devenue tellement courante dans le débat public qu’elle en perd totalement de sa précision. Pour autant, je ne me considère absolument pas comme relevant de l’extrême droite, notamment si l’on se réfère à ce que ce courant a représenté historiquement.
Mon point de vue ne repose pas uniquement sur une position personnelle, mais aussi sur une expérience concrète du contexte français. J’ai grandi en France dans les années 1990, puis vécu à Paris dans les années 2000. À cette époque, l’extrême droite telle qu’on la décrivait — structurée, militante, potentiellement violente — ne correspondait pas à une réalité que j’observais autour de moi. Je suis sûrement arrivé un peu trop tard, mais je n’ai jamais croisé un skin nervi d’extrême droite de ma vie. Quant à me faire emmerder dans la rue, le profil était systématiquement tout autre — je pense que je n’ai même pas besoin de le décrire tant il est évident.
Les skins d’extrême droite étaient apparemment présents et violents dans les années 80, surtout à Paris. Ils s’étaient manifestement déjà largement essoufflés à la fin des années 90. Les spécialistes estimaient le nombre de radicaux prêts à la violence à seulement quelques centaines sur tout le territoire au pic des années 80 — ça a toujours été microscopique. Dans mon quotidien à Paris, je n’en ai jamais vu. En revanche, les agressions de rue étaient bien réelles, mais elles venaient d’un tout autre profil, déjà répandu dans les grandes villes à cette époque et encore plus présent aujourd’hui. Pas besoin de préciser, tout le monde aura compris.
Plus largement, dans mon entourage comme dans mes expériences sociales, je n’ai jamais connu ni même identifié de personnes correspondant à un profil d’extrême droite. L’existence de telles idées n’est évidemment pas à exclure, mais elles ne se traduisaient pas, à mes yeux, par une dynamique collective significative ou visible. Pour être honnête, j’ai croisé quelques hurluberlus collectionneurs de paraphernalia nazi dans le milieu gothique, mais c’était plus esthétique que politique.
Le souvenir de 2002
Je me souviens notamment du second tour de l’élection présidentielle de 2002 opposant Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen, qui avait suscité une mobilisation importante entre les deux tours. Le Pen avait obtenu dans les 17 % au premier tour et accédé au second tour contre Chirac, qui n’atteignait même pas 20 %. C’était le fameux « séisme » du 21 avril. Et cette année-là, la division des voix à droite avait été particulièrement absurde : au final, avec seize candidats et un émiettement général, personne n’avait réussi à faire un score vraiment solide.
De manière assez anecdotique, j’y ai moi-même été indirectement associé : mon groupe de rock avait été invité à jouer lors d’une manifestation. À l’époque, nous étions avant tout des étudiants intéressés par l’opportunité de jouer devant un large public, sans engagement politique particulier. On avait sauté sur l’occasion de pouvoir jouer sur une grande scène en plein air.
Ce qui m’avait frappé, déjà, c’était le décalage entre l’intensité de la mobilisation et la réalité perçue. Le Pen avait certes atteint le second tour, mais cela ne correspondait en rien à l’image d’un mouvement de masse structuré, capable d’exercer une pression concrète dans la rue ou sur les institutions. Zéro milice, aucun groupe néonazi visible, ni même une quelconque présence organisée de ce type.
Aujourd’hui encore, après plus de quinze ans passés à l’étranger, mes retours ponctuels en France ne me donnent pas le sentiment d’une résurgence de ce type de phénomène. Mon observation — nécessairement partielle — est plutôt celle d’une société fragmentée, traversée par d’autres dynamiques sociales et culturelles, sans manifestation évidente d’un mouvement fasciste structuré dans l’espace public. Cela ne signifie pas que ces courants n’existent pas, mais simplement qu’ils ne correspondent pas à une réalité tangible dans mon expérience directe, ni passée ni actuelle.
Un paradoxe dans le débat public
Il y a, selon moi, un paradoxe dans la manière dont l’« extrême droite » est traitée dans le débat public français. Le terme est largement utilisé, souvent de manière extensive, alors même que la réalité sociologique de cet électorat est beaucoup plus ordinaire que ce que cette étiquette suggère.
Quand on observe les résultats électoraux du Rassemblement National, on parle d’un socle qui peut représenter 30 à 40 % des votants. Or, cet électorat est majoritairement composé de profils classiques : classes populaires, indépendants, artisans, habitants de zones rurales ou périurbaines — des catégories souvent peu visibles dans les centres urbains et médiatiques. Aux législatives de 2024, le RN domine dans les communes de moins de 10 000 habitants. Près de 70 % de ses voix viennent de zones rurales ou périurbaines. La progression chez les retraités est également forte : de 12 % en 2022 à 31 % en 2024.
La question centrale est alors la suivante : parmi ces millions d’électeurs, combien correspondent réellement à l’image caricaturale associée à l’extrême droite — celle de militants radicalisés, structurés idéologiquement, ou engagés dans des formes de violence politique ? À mon sens, cela reste marginal.
C’est pourquoi je considère que qualifier le Rassemblement National de parti d’extrême droite est discutable si l’on se réfère aux critères historiques du terme. Contrairement aux mouvements fascistes du XXe siècle, qui reposaient sur des milices armées, une mobilisation de rue totale et un projet révolutionnaire anti-démocratique, le RN participe aux élections depuis cinquante ans et respecte le cadre démocratique. La situation actuelle n’a, à mes yeux, rien de comparable avec des phénomènes historiques comme le boulangisme, ni avec les courants fascistes européens des années 1920-1930. On est aujourd’hui face à un vote qui relève davantage d’un choix par défaut que d’une adhésion idéologique structurée.
La droite traditionnelle en déshérence
Beaucoup d’électeurs du RN ne votent pas tant pour un projet précis que parce qu’ils estiment ne pas avoir d’alternative crédible dans le paysage politique actuel. C’est une situation dans laquelle je me reconnais en partie.
Les partis de droite traditionnels — issus de l’UMP, elle-même héritière du RPR et de l’UDF, et aujourd’hui regroupés sous Les Républicains — ont perdu en cohérence et en lisibilité. On l’a vu de manière criante avec Nicolas Sarkozy : en 2007, il avait fait une campagne très à droite, sur les thèmes de l’identité nationale, de l’autorité et du « travailler plus pour gagner plus ». Le kärcher… Pourtant, une fois au pouvoir, sa présidence n’a rien eu à voir avec cette campagne. Il a immédiatement choisi une politique d’ouverture en intégrant des ministres de gauche. Pour beaucoup, ce fut une trahison des promesses faites aux électeurs de droite, représentative de l’opportunisme de ces politiciens plus intéressés par leur carrière et leur enrichissement personnel que par la France. Leur affaiblissement laisse aujourd’hui un espace politique partiellement vacant.
Zemmour, Reconquête et les figures de demain
Dans ce contexte, Éric Zemmour et son parti Reconquête apparaissent comme les seuls à proposer une ligne qui correspond, au moins partiellement, à mes convictions — notamment sur les questions identitaires et certaines orientations économiques de droite libérale.
Mon appréciation de Zemmour reste toutefois nuancée. C’est une personnalité que je suis depuis longtemps, dont je reconnais la capacité à aborder des sujets peu traités dans le débat public. J’ai lu plusieurs de ses livres, j’appréciais ses interventions télévisées. Mais il me semble davantage relever du profil d’essayiste ou de journaliste que de celui d’un chef d’État. La fonction présidentielle suppose un ensemble de qualités — posture, expérience, incarnation — qu’il ne possède pas nécessairement. C’est même physique : il n’a pas le physique de l’emploi. Un Dominique de Villepin, s’il n’était pas aussi détestable au niveau des idées, représenterait mieux le caractère français — mais on devra faire avec ce qu’on aura.
Des figures plus récentes comme Sarah Knafo peuvent susciter un certain intérêt, mais leur jeunesse pose la question de leur crédibilité à court terme dans une fonction exécutive de premier plan. Sa campagne pour Paris a été excellente, elle excelle à l’oral — c’est une bonne élève de Zemmour, en plus douce. Il reste toutefois compliqué de l’envisager candidate aux présidentielles. Et si Jordan Bardella se présentait pour le RN en cas d’inéligibilité de Marine Le Pen, ce ne ferait qu’un autre candidat dans la trentaine.
Pragmatisme électoral
Dans les faits, mon approche relève du pragmatisme. Au premier tour, je m’orienterai probablement vers Reconquête, sauf émergence d’une offre politique plus cohérente à mes yeux — par exemple un candidat capable de rassembler à droite. Mais qui ? Au second tour, mon vote se fera en fonction d’une logique d’opposition : contre tout candidat de gauche ou issu de la majorité macroniste, s’il y a un candidat de droite en face.
Aujourd’hui, en avril 2026, j’aurais tendance à penser qu’il vaut mieux assurer le coup aux prochaines élections. La meilleure option serait la réunion de toutes les forces de droite. C’est d’ailleurs le vœu de Zemmour et Knafo, il me semble. Le RN pourrait leur proposer une alliance, même avant le second tour. Avec les LR rebelles de Ciotti, cela formerait un ensemble cohérent qui, personnellement, me convient. Au moins Zemmour droitiserait un peu l’ensemble.
J’espère par ailleurs que Marine Le Pen ne sera pas éligible et que Bardella se présentera. Marié à une princesse, il suffirait qu’il se fasse nommer Jourdain Bourdelle de Bourbon, et ça aura de la gueule. Marine Le Pen a été une catastrophe à chaque fois en tant que candidate, et le nom de Le Pen est trop entaché. Il faut qu’elle se mette en retrait.
Avec Reconquête dans l’alliance, le RN deviendrait le parti des homos et des juifs — ce serait assez cocasse et un pied de nez énorme. Et concrètement, je pense que ces électorats voteraient aujourd’hui pour cette union.
Je ne demande à personne de me suivre ou d’adopter mon point de vue. Je le présente comme un apport potentiel dans le débat. Une vision — même pas une vision définitive. Je ne suis pas doctrinaire.
Discussion membre
Discussion et réponses
Connectez-vous pour lire la discussion membre et participer à la conversation autour de ce contenu.
Conversation réservée aux membres
La discussion autour de ce contenu est réservée aux membres connectés. Utilisez l'accès par e-mail sans mot de passe pour lire le fil et publier votre réponse.
Se connecter pour participer