L’annulation de la pièce de théâtre Passeport par le maire Rassemblement National (RN) de Castres a immédiatement déclenché le ballet habituel des indignations sélectives. Sur les réseaux sociaux, Clémentine Autain a fustigé une attaque de « l’extrême droite » contre « notre humanité commune ». Pour l’observateur superficiel, l’affaire se résume à un énième épisode de censure idéologique. C’était en fait le rejet sain d’une propagande hors-sol, déconnectée de la réalité française et grassement subventionnée par l’argent public.
Pour le libéral réaliste, cet événement révèle une fracture bien plus profonde : celle d’une droite libérale, parfois initialement progressiste, qui refuse désormais le dogmatisme naïf et réalise que la neutralité culturelle de l’État est un mythe suicidaire. Ce cas concret n’est que le symptôme d’un basculement doctrinal bien plus vaste en Europe : l’émergence d’un « libéralisme à géométrie variable ».
Le cas concret : l’asymétrie de la guerre culturelle
La pièce d’Alexis Michalik raconte l’histoire classique du « sauveur migrant » au théâtre : un Érythréen abandonné dans la jungle de Calais perd la mémoire et se bat pour obtenir des papiers de séjour. Ce récit s’avère émotionnellement manipulateur, centré exclusivement sur la souffrance de l’étranger, occultant délibérément les échecs d’intégration, les coûts financiers et sécuritaires, ainsi que le point de vue de la société d’accueil.
Face à l’indignation de la gauche, l’argument de la droite libérale-conservatrice est implacable : les théâtres municipaux, les festivals et les subventions culturelles sont financés par le contribuable. Les choix de programmation sont donc intrinsèquement politiques.
Les maires de gauche ont longtemps exercé cette même discrétion pour annuler des pièces conservatrices controversées ou prioriser des programmations « décoloniales » ou ouvertement militantes. L’asymétrie vient simplement du fait que la droite, une fois au pouvoir, accepte désormais d’en faire autant, après des décennies de passivité et de défaite dans la bataille culturelle.
La tension doctrinaire : libéralisme classique vs réalisme appliqué
Le libéralisme classique et le libertarianisme pur privilégient théoriquement quatre piliers intangibles :
- La liberté d’expression et la liberté artistique absolue.
- Un gouvernement limité, refusant toute direction étatique de la culture.
- Les droits individuels stricts plutôt que l’identité collective.
- Les marchés ouverts et une profonde méfiance vis-à-vis des contrôles migratoires.
Transposée dans le monde réel des États-nations modernes, cette pureté doctrinale est devenue suicidaire. Un ordre libéral a besoin d’un demos culturellement cohérent pour fonctionner, et non d’un agrégat aléatoire d’individus. C’est pourquoi de nombreux libéraux acceptent désormais de moduler ces principes dans trois domaines existentiels :
1. La culture comme bien public
La culture découle du peuple qui la crée et la porte. Subventionner un art qui sape activement la cohésion, l’identité ou la volonté de défense de la population hôte n’est pas neutre : c’est de l’auto-sabotage. Financer indéfiniment le narratif du « noble outsider » pendant que le patrimoine français est dépriorisé érode le soft power et la confiance sociale nécessaires à une société libre. La subvention publique implique nécessairement une curation. Prétendre le contraire est d’une naïveté confondante.
2. La sécurité et la tragédie des biens communs
Les libertariens aiment les solutions privées. Cependant, quand l’immigration massive s’accompagne de zones de non-droit, de criminalité et de séparatisme culturel — des réalités documentées de la France à la Suède —, l’État doit impérativement protéger les libertés négatives (sécurité, propriété) de ses citoyens. Des outils plus fermes (police renforcée, expulsions prioritaires, profilage) deviennent nécessaires lorsque l’assimilation volontaire a échoué.
3. L’immigration face à l’État-providence
Comme le soulignait Milton Friedman : « Vous ne pouvez pas avoir à la fois une immigration libre et un État-providence. » L’afflux massif de populations issues de sociétés culturellement éloignées modifie l’électorat, le contrat social et les valeurs partagées. L’expérience des banlieues françaises ou de Calais montre que la transformation démographique illimitée dissout le « nous » nécessaire au consentement à un gouvernement limité.
En l’absence de démantèlement de l’État-providence, les contrôles migratoires sont un moindre mal. Un peuple doit être capable de maintenir l’ordre libéral qui le protège ; une immigration sélective, à faible volume et hautement qualifiée le permet, les flux massifs indifférenciés le détruisent.
De Popper à Miller : la caution intellectuelle du réalisme
Cette tension entre universalisme abstrait et réalisme appliqué traverse de part en part l’histoire des idées. Karl Popper, dans La Société ouverte et ses ennemis (1945), incarnait le libéralisme cosmopolite pur. Féroce critique du nationalisme qu’il qualifiait de « tribalisme irrationnel », il défendait une citoyenneté purement politique et universelle. Mais Popper pensait dans le contexte de l’après-guerre, bien avant les défis de l’immigration de peuplement moderne et de la déconstruction culturelle.
Pour corriger ce logiciel libéral déconnecté du réel, une lignée de théoriciens de premier plan a dû réintroduire une vérité fondamentale : la liberté politique et économique n’est pas une abstraction suspendue dans le vide ; elle exige des préconditions culturelles et anthropologiques précises.
- Tocqueville, Hayek et le primat des mœurs : Les pères spirituels du libéralisme classique savaient que les institutions ne sont rien sans la culture qui les porte. Alexis de Tocqueville avait parfaitement compris que la démocratie libérale s’effondre sans les « habitudes du cœur » — ces mœurs partagées et ces valeurs communes qui auto-disciplinent les citoyens. Plus près de nous, Friedrich Hayek, dans ses réflexions tardives, a porté un coup fatal au constructivisme des libertariens naïfs. Hayek démontre que l’ordre spontané du marché et l’État de droit reposent entièrement sur une matrice culturelle héritée (traditions, tabous, repères moraux). Un ordre libéral a besoin d’un demos cohérent, et non d’un agrégat aléatoire d’individus. Une mutation démographique et culturelle illimitée dissout le « nous » psychologique indispensable pour consentir à un gouvernement limité.
- John Rawls et la responsabilité du territoire : Même la figure tutélaire du libéralisme égalitaire refuse le cosmopolitisme radical. Dans The Law of Peoples (1999), Rawls défend le droit légitime de chaque peuple bien ordonné de limiter l’immigration. Son argument est pragmatique : pour maintenir sa culture politique et ses principes constitutionnels, un peuple doit pouvoir assumer la responsabilité exclusive de son territoire et de ses ressources sur le long terme.
- David Miller et le nationalisme libéral : Dans son ouvrage de référence On Nationality (1995), Miller démontre que l’identité nationale est une source légitime d’obligations spéciales envers nos compatriotes. Pour lui, un État libéral a le droit — et le devoir — de contrôler ses frontières et sa culture pour préserver la confiance mutuelle indispensable à la justice sociale. Le maître (Popper) défendait l’idéal ouvert sans compromis ; l’élève (Miller) accepte que la réalité impose des ajustements régaliens pour sauver le cœur libéral.
- Will Kymlicka et la fin de la neutralité étatique : Dans Citoyenneté multiculturelle (1995), Kymlicka reconnaît que la neutralité culturelle de l’État est un mythe : tout État soutient implicitement une culture majoritaire par sa langue, ses institutions et son calendrier. Il est donc légitime pour cette culture majoritaire de se protéger contre les pressions externes en accordant des « protections externes », notamment par la régulation des flux migratoires.
Le cas de l’exception japonaise : Plus frappant encore, le chantre des frontières ouvertes, Joseph Carens, est obligé de théoriser une exception pour le Japon. Il admet que des restrictions fortes y sont légitimes pour préserver un mode de vie et une culture hautement homogènes. Cette pirouette met en lumière l’hypocrisie d’un universalisme à deux vitesses (two-tiered universalism) : ce qui est jugé sain à Tokyo devient suspect de « xénophobie » dès qu’il est réclamé par une nation européenne.
Le pivot libertarien : la propriété privée contre les frontières ouvertes
Cette nécessité de moduler l’ouverture se retrouve chez les libertariens les plus radicaux. Longtemps partisans d’une liberté de circulation absolue, les économistes autrichiens ont capitulé face à la réalité de l’État-providence. Milton Friedman avait résumé l’impasse : « Vous ne pouvez pas avoir à la fois une immigration libre et un État-providence. »
Murray Rothbard est allé encore plus loin dans ses écrits tardifs. Dans son texte de référence Nations by Consent (1994), le père de l’anarcho-capitalisme opère un virage paléo-libertarien radical. Il y démontre que l’immigration de masse corrélée au welfare state équivaut à une « destruction culturelle » orchestrée par l’État. Rothbard applique alors la logique de la propriété privée intégrale : dans une société authentiquement libérale, les frontières seraient aussi fermées que les propriétaires privés le souhaitent. L’ouverture totale imposée par l’État n’est pas de la liberté, c’est une agression contre les communautés locales.
L’enracinement français : la fin de l’utopie post-nationale
En France, cette prise de conscience n’est pas le fait de militants marginaux, mais d’intellectuels de premier plan qui ancrent le libéralisme dans la tradition républicaine et le réalisme historique, refusant le dogme sans-frontiériste.
Le philosophe politique Pierre Manent (La Raison des nations, 2006) rappelle sans cesse que la nation demeure la seule forme politique capable de concilier la liberté individuelle et la vie démocratique concrète. En postulant une Europe post-nationale sans frontières, le libéralisme dogmatique se dissout dans l’abstraction globaliste et détruit le demos seul capable de consentir aux lois.
De son côté, Alain Finkielkraut (L’Identité malheureuse, 2013) décrit le coût culturel de cette abdication libérale. L’immigration de masse non assimilée, conjuguée à la déconstruction programmée de notre patrimoine à l’école et dans les institutions culturelles subventionnées, crée une crise sans précédent de la transmission. Être français n’est pas une simple « composante de la diversité » au sein d’une auberge espagnole mondiale ; c’est s’incorporer intimement à une histoire, une langue et des mœurs singulières qu’il est légitime de vouloir défendre.
Le front culturel: sauvegarde du patrimoine national
Subventionner des productions qui déconstruisent ou ignorent délibérément l’identité historique française relève certes de l’auto-sabotage, mais ce n’est même pas le cœur du problème. L’essentiel est que la création artistique relève du marché et du public. Un auteur peut parfaitement écrire une pièce idéologiquement affirmée, provocatrice ou militante : c’est son droit le plus absolu. Il peut la produire, la jouer et la défendre dans la sphère privée ou avec des financements privés. En revanche, il n’a aucun droit de demander aux contribuables de la financer.
Dans le cadre d’un libéralisme à géométrie variable, le rôle de l’État en matière culturelle doit être strictement circonscrit à une mission de ce que les anglophones appellent du stewardship culturel (une gestion responsable des biens communs). L’État n’a pas vocation à être un mécène de l’expérimentation contemporaine ni un promoteur de la « diversité » thématique.
L’État doit donc concentrer l’essentiel de ses moyens culturels sur la sauvegarde et la transmission du patrimoine national : tout ce qui est historiquement et culturellement rattaché au peuple français et à son histoire pluriséculaire — littérature, théâtre classique, arts visuels, monuments, traditions et répertoire national. Aucune action et d’autant plus subvention publique ne doit aller à des formes culturelles nouvelles, militantes, expérimentales ou étrangères, sauf dans le cas très précis de la préservation et de l’entretien de collections artistiques et scientifiques existantes déjà présentes sur le territoire.
Cette position n’est ni une censure ni un dirigisme esthétique. Elle repose sur un principe simple : La culture n’est pas un marché neutre. Lorsqu’elle est financée par le contribuable, elle devient un bien public dont la gestion relève d’une responsabilité politique.
Cette logique suppose des institutions publiques (académies, conservatoires, bibliothèques nationales, centres d’archives) chargées de classer, préserver et mettre en valeur le patrimoine passé. Leur mission consiste à faire émerger les œuvres les plus significatives selon des critères légitimes. Cette curation publique légitime ne dépend pas du caprice d’un bureaucrate ou d’un élu, mais de deux filtres de validation objectifs :
- Le plébiscite populaire durable : Les œuvres qui rencontrent un véritable succès public organique, mesuré par l’adhésion historique et non par la perfusion financière étatique.
- L’épreuve du temps : L’appréciation posthume éclairée par les pairs, les académies et les historiens de l’art, qui sédimentent ce qui fait culture commune.
C’est ainsi que l’on préserve le grand répertoire français : non parce qu’un bureaucrate ou un élu les trouve intéressantes, mais parce qu’ils ont traversé le temps et continuent de parler au public français.
Pierre Manent et Alain Finkielkraut convergent sur ce point. Le premier rappelle que la nation est le cadre irremplaçable de la transmission culturelle. Le second dénonce avec force la transformation de la France en « auberge espagnole » où l’on finance indifféremment des narratifs militants pendant que le répertoire classique et l’école républicaine sont délaissés.
La liberté artistique demeure entière dans la sphère privée. Quiconque souhaite produire ou financer une pièce contemporaine, une performance décoloniale ou une création étrangère peut le faire avec des fonds privés. Mais le contribuable français n’a pas à payer pour sa propre dissolution symbolique.
Cette approche redéfinit clairement la géométrie du libéralisme en matière culturelle : maximale liberté dans le privé, stricte préservation du bien commun national dans le public.
Le front spirituel : habiter le vide pour ne pas être colonisé
La neutralité religieuse de l’État est un mythe moderne qui se fracasse sur le réel. En se sécularisant, l’Occident a épuisé ses « idéologies zombies » (le patriotisme républicain ou le socialisme jacobin) pour basculer dans un vide métaphysique où l’individu atomisé, prisonnier du nihilisme, remplace la communauté. Si l’État-providence gère efficacement la logistique matérielle, il a totalement abandonné la fonction de sens. Or, l’histoire humaine a horreur du vide : si la nation d’accueil refuse de remplir l’espace symbolique, d’autres forces s’en chargeront.
Pour une analyse exhaustive de cette crise anthropologique, de l’effondrement des structures rituelles traditionnelles et des impasses des spiritualités profanes de substitution, reportez-vous à notre article dédié : Le vertige de l’après-religion
Le traitement régalien des cultes importés : de la religion à la secte
En France, le « sacré collectif » ne profite plus au christianisme déclinant (dont la pratique dominicale stagne sous les 3 %), mais à l’islam. Chez les moins de 25 ans, la réislamisation est spectaculaire et rigoriste (67 % prient quotidiennement, 40 % fréquentent la mosquée le vendredi). Face à un dogme exogène en expansion qui entretient des rapports hostiles avec nos libertés individuelles, la passivité laïque est une capitulation.
Pour un libéral attaché à la liberté d’association, confier un pouvoir de tri à l’État est un vertige. Mais le libéralisme ne saurait être un pacte de suicide collectif. L’État doit exercer un contrôle policier et juridique strict sur les religions étrangères, en les traitant rigoureusement sous le régime des dérives sectaires :
- Verrouillage financier : Contrôle absolu des fonds étrangers, traçabilité bancaire obligatoire et suppression des avantages fiscaux. Interdiction formelle aux élus locaux de négocier des accommodements ou de pratiquer le clientélisme municipal.
- Coupure doctrinale : Interdiction totale de l’accès au territoire pour les prédicateurs étrangers. Les dérives ou discours séparatistes des structures existantes doivent être criminalisés sous le motif d’abus de faiblesse et de manipulation mentale.
- Intégrité physique : Interdiction absolue, sans aucune exception religieuse, de la circoncision non thérapeutique des mineurs, assimilée à une mutilation sexuelle.
La foi comme idéologie vs la religion comme patrimoine
Cette fermeté à l’égard des dogmes importés exige, à l’inverse, d’assumer notre propre matrice historique. Il ne s’agit pas de financer le clergé ou d’imposer le catéchisme, mais de protéger un patrimoine civilisationnel enraciné depuis quinze siècles.
La Constitution ou la loi doit inscrire le catholicisme comme la religion traditionnelle de la France, au même titre que la langue. Si la République valide l’exception du régime concordataire en Alsace-Moselle (où l’État rémunère les ministres du culte), elle peut a fortiori assumer une reconnaissance purement symbolique à l’échelle nationale.
Dès lors, l’action des municipalités doit être encadrée. Soutenir les crèches de Noël, Pâques, la Chandeleur ou les carnavals traditionnels n’est pas un caprice d’élu, mais un devoir de transmission nationale. La symétrie est totale : l’élu local a l’interdiction de promouvoir un culte importé, mais il a l’obligation de faire vivre le calendrier et le folklore qui structurent le temps collectif et brisent l’isolement moderne.
Le front démographique : de l’arrêt des flux à la rémigration
Si le vide spirituel dissout la société de l’intérieur, l’immigration de masse non assimilée la fragmente de l’extérieur. Les théologiens des « frontières ouvertes » oublient qu’une nation n’est pas un hôtel. Le contrat social et la redistribution fiscale exigent ce que Carl Schmitt appelait une substantielle égalité, c’est-à-dire une cohésion culturelle minimale permettant la confiance mutuelle (la High Trust Society).
Lorsque l’immigration massive dépasse le seuil anthropologique de la capacité d’absorption (illustré par la constante de Dunbar), l’assimilation échoue mécaniquement. On voit alors apparaître l’anarcho-tyrannie : un État impuissant face à la criminalité des clans et aux enclaves ethniques (anarchie), mais de plus en plus policier et bureaucratique envers les citoyens ordinaires pour maintenir un ordre artificiel (tyrannie). Face à ce péril, le libéralisme réaliste assume le passage d’une posture défensive (l’immigration zéro) à une stratégie offensive : l’inversion des flux.
Le programme opérationnel de la rémigration
Théorisée par des figures de la Nouvelle Droite européenne comme Martin Sellner et Jean-Yves Le Gallou, la rémigration sort de l’incantation pour devenir un véritable projet d’ingénierie juridique et administrative. L’objectif affiché n’est plus d’endiguer passivement les flux, mais d’orchestrer une inversion active et légale des soldes migratoires.
Ce programme opérationnel de rupture s’articule principalement autour de quatre leviers structurels :
- Le durcissement de l’accès à la nationalité : Remplacement du droit du sol par le seul droit du sang et mise en place d’un Contrat d’Assimilation rendant la citoyenneté conditionnelle et révocable ex post en cas d’hostilité avérée envers la société d’accueil.
- Le principe de loyauté exclusive : Abolition de la double nationalité pour forcer les binationaux mal assimilés à choisir une seule allégeance politique et culturelle.
- L’externalisation de l’asile et de la clandestinité : Création de zones économiques et de villes modèles externalisées (le projet de Musterstadt porté par l’ICE Save Europe Act en 2026) pour y transférer les flux illégaux et tarir l’attractivité des filières clandestines.
- La souveraineté juridique absolue : La mise en œuvre d’un JUGEXIT visant à soustraire la politique migratoire nationale au contrôle des juges non élus (CEDH, Conseil constitutionnel) en réhabilitant la notion d’actes de gouvernement.
Pour une analyse des rouages logistiques, de la classification des populations cibles et des fondements anthropologiques de cette doctrine, consultez notre article détaillé : Démographie et Identité : Les Six Piliers Doctrinaux de la « Rémigration ».
Vision philosophique
Il est essentiel de souligner que le terme de « rémigration » est une construction politique très récente, issue des cercles de la Nouvelle Droite européenne, et qu’il ne figure nullement dans les œuvres des philosophes cités en amont de cet article. Si les travaux de John Rawls, David Miller ou Will Kymlicka offrent des outils pour justifier le contrôle des frontières ou la protection d’une culture majoritaire, leurs théories s’inscrivent dans une recherche de stabilité et de justice au sein du cadre libéral classique. Rawls, par exemple, insiste sur le fait que les « peuples bien ordonnés » doivent offrir des conditions de respect mutuel et de non-agressivité. Même la pensée tardive de Murray Rothbard, bien que radicale dans sa défense de l’exclusion par le droit de propriété, se concentre sur la « nation par consentement » et la privatisation totale plutôt que sur un plan d’ingénierie étatique d’inversion des flux. Il convient donc de distinguer rigoureusement les fondations conceptuelles posées par ces auteurs de ce projet opérationnel contemporain qui leur est, par nature, étranger.
Les conflits ethnoculturels intra-étatiques, souvent exacerbés par des flux migratoires importants, sont aujourd’hui devenus une préoccupation majeure de la philosophie politique contemporaine, car ils remettent en cause la stabilité des démocraties libérales.
Voici comment les auteurs analysent ces tensions
- Pour David Miller, la solidarité nécessaire au fonctionnement d’un État-providence et d’une démocratie redistributive repose sur un sentiment de nationalité partagée. Il souligne que lorsque des populations sont « entremêlées » sans identité commune, la politique risque de dégénérer en une lutte de pouvoir ou une simple négociation entre groupes d’intérêts divergents, détruisant la confiance mutuelle indispensable.
- Pour les liberaux classiques, on ne peut avoir simultanément une immigration libre et un État-providence, c’est le constat de Milton Friedman. Murray Rothbard radicalise ce point en affirmant que l’immigration subventionnée par le welfare state conduit à une « destruction culturelle » orchestrée, car elle impose une ouverture des espaces publics (rues, quartiers) contre la volonté des propriétaires et des communautés locales.
- John Rawls reconnaît que l’immigration peut être causée par l’oppression ou la famine, mais il défend le droit d’un peuple à limiter ces flux pour protéger sa culture politique et ses principes constitutionnels. Il compare le territoire à un bien dont le peuple doit être le responsable (« l’agent ») ; sans cette responsabilité de gestion (incluant le contrôle de la taille de la population), le territoire et l’intégrité environnementale risquent de se détériorer.
- Will Kymlicka lui souligne les limites de l’intégraion: il note que depuis la fin de la Guerre froide, ces conflits sont la source la plus fréquente de violence politique. Il distingue les « minorités nationales » (autochtones) des « groupes ethniques » (immigrants). Si pour lui les « droits polyethniques » visent à favoriser l’intégration, il admet que l’idée d’une neutralité de l’État est un mythe, puisque les institutions soutiennent toujours une culture majoritaire, ce qui crée des tensions avec les nouveaux arrivants.
En résumé, si les auteurs libéraux comme Rawls ou Miller cherchent des moyens d’accommoder la diversité, ils s’accordent sur le fait qu’un afflux massif et non régulé peut dissoudre le « nous » collectif nécessaire au consentement démocratique et à la justice sociale.
Quand on constate l’émergence d’une « anarcho-tyrannie » dans certaines zones de non-droit liées à une immigration massive, où l’État semble impuissant face aux clans mais policier envers les citoyens ordinaires, des mesures autoritaires deviennent nécessaires, le basculement est doctrinal car une cohésion culturelle minimale est une précondition anthropologique à la liberté politique.
De même , si Miller ou Kymlicka admettent que l’État peut soutenir une culture (et donc une religion historique) pour maintenir la cohésion, ils restent attachés à la liberté de conscience et de culte comme principes fondamentaux du libéralisme. Le traitement régalien strict que je propose pour les religions étrangères (régime des dérives sectaires) relève davantage d’une politique d’exception que de la théorie libérale classique de ces auteurs.
Conclusion : la prudence contre la capitulation
La frustration grandissante des peuples européens, marquée en ce mois de juin 2026 par la poussée historique des partis nationaux-conservateurs, ne procède pas d’un autoritarisme abstrait ou d’un penchant fascisant. C’est le réflexe de légitime défense d’un électorat qui supporte quotidiennement les coûts du globalisme aux frontières ouvertes et du gauchisme culturel (insécurité, pression sur le logement, dépaysement culturel), tandis que les élites subventionnent leur propre reproduction idéologique via des institutions hors-sol.
Les libéraux dogmatiques qui rejettent la fermeture des frontières, le contrôle régalien des cultes ou la curation mémorielle sous prétexte de refuser le « statisme » commettent une erreur d’analyse fatale. En interdisant à l’État d’agir aujourd’hui avec discernement et proportionnalité, ils préparent un autoritarisme bien pire pour demain : soit la soumission totale aux codes de censure progressistes et théocratiques, soit une réaction populiste d’une violence incontrôlable.
Le garde-fou libéral : Ce sursaut régalien ne doit cependant pas se transformer en un chèque en blanc accordé à la puissance publique. Le défi du libéralisme à géométrie variable consiste à exercer ces prérogatives exceptionnelles de manière étroite et ciblée. Cela exige l’inscription systématique de clauses de temporisation et un contrôle démocratique strict de l’action publique. L’objectif n’est pas de reproduire à droite la capture institutionnelle totale que la gauche a opérée pendant quarante ans, mais de dresser des digues d’urgence.
Tenir une position athée, libérale et patriote exige d’accepter la condition adulte que les Lumières nous ont prescrite : penser, juger, transmettre et tenir debout sans béquilles. Pour endiguer la désintégration du collectif, la passivité n’est plus une option. La véritable prudence exige parfois des moyens illibéraux pour préserver des fins libérales. Sur les questions existentielles de peuple et de continuité historique, la neutralité n’est pas de la tolérance : c’est une reddition.
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